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Centres de cyberfraude : des centaines de personnes quittent Sihanoukville

Après l’arrestation de figures clés de la cyberescroquerie, des centaines de personnes fuient des complexes soupçonnés d’abriter des centres de fraude, notamment à Sihanoukville.

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Photo AFP
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 17 janvier 2026

 

Un départ précipité après des arrestations très médiatisées

Valises à la main, des centaines de personnes ont fui ces derniers jours plusieurs complexes soupçonnés d’abriter des centres de cyberescroquerie au Cambodge, emportant qui des ordinateurs, qui leurs animaux domestiques, qui des meubles chargés à la hâte… La scène s’est répétée à Sihanoukville, mais aussi dans d’autres provinces, après l’arrestation et l’expulsion de l’un des chefs présumés les plus recherchés du secteur.
À bord de tuk-tuks, de véhicules de luxe ou de bus touristiques, les départs se sont concentrés autour de l’Amber Casino, dans la ville côtière de Sihanoukville, considérée comme l’un des principaux foyers de cette industrie illégale.
« Le Cambodge est en plein bouleversement. Nulle part il n’est sûr de travailler désormais », a confié à l’AFP un ressortissant chinois.

Une industrie tentaculaire sous pression officielle

Des scènes similaires ont été observées dans plusieurs complexes à travers le pays, alors que les autorités affirment intensifier leur lutte contre une industrie qui génère chaque année des dizaines de milliards de dollars à l’échelle mondiale. Depuis l’Asie du Sud-Est, des réseaux criminels attirent des internautes du monde entier par de fausses relations amoureuses ou de faux investissements en cryptomonnaies.
D’abord tournées vers des victimes sinophones, ces opérations se sont étendues à de nombreuses langues. Les personnes impliquées sont parfois des escrocs volontaires, parfois des ressortissants étrangers victimes de traite, contraints de travailler sous la menace de violences.

Arrestations clés et effets immédiats

Cette vague de départs intervient après l’arrestation de Chen Zhi, présenté comme le chef d’un vaste réseau opérant sous le conglomérat Prince Group, puis son extradition vers la Chine. Avant d’être inculpé par les autorités américaines en 2024, l’homme d’affaires d’origine chinoise exploitait plusieurs hôtels-casinos à Sihanoukville.
Un autre magnat politiquement connecté, Li Kuong, a également été arrêté et inculpé pour fraude, blanchiment d’argent et traite d’êtres humains.
Un rapport publié en 2025 par Amnesty International, 22 sites liés aux escroqueries ont été identifiés à Sihanoukville, sur un total de 53 à l’échelle nationale. L’Office des Nations unies contre la drogue et le crime estime pour sa part que les pertes mondiales liées aux escroqueries en ligne ont atteint jusqu’à 37 milliards de dollars en 2023, avec au moins 100 000 personnes travaillant dans ce secteur au Cambodge.

Départs anticipés et soupçons de mise en scène

Mais sur le terrain, plusieurs témoignages suggèrent que de nombreux travailleurs ont quitté les lieux avant l’arrivée des forces de l’ordre.
« Notre entreprise chinoise nous a dit de partir immédiatement », a expliqué un ressortissant bangladais cité par Camboja News devant l’Amber Casino. « Ce n’est pas grave, il y a beaucoup d’autres offres d’emploi », a-t-il ajouté.
Un chauffeur de tuk-tuk à Sihanoukville affirme que des centaines de personnes ont quitté un complexe plusieurs jours avant l’intervention de la police. « On dirait qu’ils ont été prévenus », a-t-il déclaré.
Mark Taylor, ancien responsable d’une ONG cambodgienne de lutte contre la traite, évoque une stratégie déjà observée : le déplacement anticipé des travailleurs, du matériel et des cadres. Selon lui, il s’agirait « d’un produit apparent de collusion », visant à la fois à renforcer l’image des autorités et à permettre à l’industrie de s’adapter.

Des autorités prudentes, peu de confirmations

La police provinciale de Preah Sihanouk a confirmé le départ de travailleurs étrangers de plusieurs casinos, sans établir de lien officiel avec des activités de cyberescroquerie.
« Nous ne pouvons pas dire que cela soit lié aux escroqueries en ligne, car aucune enquête n’a encore été menée », a déclaré, toujours à Camboja News, le chef de la police provinciale, ajoutant n’avoir reçu « aucun ordre » spécifique.
Des mouvements similaires ont été signalés à Kampot, Kandal, Battambang et Bavet. Dans plusieurs cas, les autorités locales ont refusé de commenter ou indiqué que les enquêtes étaient en cours.

Un discours politique volontariste

Le Premier ministre Hun Manet a récemment promis sur les réseaux sociaux d’« éliminer tous les problèmes liés aux crimes de cyberescroquerie ». Selon la commission nationale anti-arnaques, 118 sites auraient été perquisitionnés et environ 5 000 personnes arrêtées au cours des six derniers mois.
À Sihanoukville, l’AFP a observé plusieurs bus remplis de gens parlant mandarin quittant la ville en direction de Phnom Penh. Beaucoup disaient ignorer leur destination finale.
« Il s’agit désormais de survivre », a résumé l’un d’eux.

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