Édition internationale

L’association des médecins cambodgiens au chevet des déplacés

Fondée en 1977 par les premiers médecins et étudiants cambodgiens arrivés en France, l’Association des médecins cambodgiens de France (AMC) est régie par la loi de 1901. Née dans un contexte de rupture brutale entre le Cambodge et le reste du monde, il s’agissait avant tout de s’entraider, de permettre à de jeunes exilés de poursuivre leurs études de médecine dans un pays devenu terre d’accueil.

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photo fournie
Écrit par Raphaël FERRY
Publié le 3 février 2026

« À cette époque, la France était coupée du Cambodge. Les étudiants se retrouvaient seuls. Il fallait s’organiser pour continuer les études et simplement tenir. » nous confie le Dr LOK Bun Iv, biologiste retraité installé à Évreux.

Près de cinquante ans plus tard, l’association existe toujours. Elle rassemble aujourd’hui entre 100 et 200 médecins, internes et professionnels de santé d’origine cambodgienne, rejoints également par des adhérents français. Depuis mai 2025, elle est présidée par le Dr Yem Bunddeth, médecin généraliste et urgentiste en région parisienne.

Son objectif est clair : redonner un souffle à un réseau vieillissant, accompagner les jeunes générations et maintenir un lien actif avec le Cambodge.
« Nous voulons faire revenir les jeunes, soutenir les internes et inscrire notre engagement au Cambodge dans la durée. »

Une solidarité médicale concrète

Chaque année, un contingent d’internes cambodgiens vient effectuer des stages hospitaliers en France. L’AMC a relancé un dispositif d’accompagnement destiné à faciliter leur arrivée, leur installation et leur intégration professionnelle.
« Cette année, ils étaient près de soixante-dix. Ils sont répartis dans toute la France. Nous sommes là pour les aider, aussi bien sur le plan professionnel que personnel. »

En parallèle, l’association conserve une tradition d’actions humanitaires au Cambodge : consultations dans des centres de santé, interventions dans des pagodes, distribution de fournitures scolaires ou de matériel médical. Mais la mission menée récemment dans les camps de déplacés à la frontière cambodgienne-thaïlandaise marque un tournant.

« Nous ne pouvions pas rester à distance »

Lorsque les combats ont éclaté et que des milliers de familles ont été déplacées, la question s’est posée avec urgence.
« Beaucoup de Cambodgiens vivant en France ressentaient une solidarité immense, sans savoir comment l’exprimer. »

Pour l’AMC, rester à distance n’était pas une option.
Plutôt que de se limiter à des dons, l’association a choisi de rejoindre une mission déjà structurée sur le terrain, menée par Mona Tep et le Dr Thierry Chhuy.
« Nous sommes médecins. Ce que nous pouvons apporter, ce sont des soins, une présence, une écoute. »

La décision s’est appuyée sur un critère essentiel.
« La transparence dans l’utilisation des fonds est une condition non négociable. »

 

L’association des médecins cambodgiens au chevet des déplacés

L'équipe venue de France avec Mona Tep et le Dr Chhuy

Une équipe à l’image de l’AMC

La délégation rassemblait plusieurs générations : les docteurs NAY Pharada et Nay Narathib, le biologiste retraité LOK Bun Iv, le Dr YEM Bunddeth, ainsi qu’une jeune interne de médecine d’urgence, KHUN Monny, venue quelques jours prêter main-forte. En plus des médecins, l’équipe comprenait également Mme KHIEV Saya, aide-soignante âgée de 62 ans, Mme SAIDNATTAR Ryanna, doctorante de 28 ans, engagée comme volontaire en qualité de traductrice trilingue, ainsi que Mme SAIDNATTAR Indra-Vati, 25 ans, responsable de la communication et également traductrice trilingue.

« L’équipe reflète exactement ce qu’est l’AMC aujourd’hui : une association intergénérationnelle, réunissant des externes et des internes dès la vingtaine jusqu’à des médecins de plus de 70 ans, avec des sympathisants non médecins pleinement engagés également. »

La présence de cette interne, venue volontairement malgré des contraintes professionnelles fortes, a marqué les esprits.
« Cela montre que les jeunes n’ont pas oublié le pays. Ils sont prêts à s’engager. »

Le choc des camps

Pour le Dr Nay Pharada, la mission a été vécue comme un choc.« Nous sommes entrés dans un camp où tout le monde avait tout perdu. La dimension psychologique était écrasante. »

Les consultations ne ressemblent plus à celles menées habituellement dans des dispensaires. « Nous, avec notre stéthoscope, nous sommes démunis. Nous ne savons pas quoi faire face à cette détresse. »

Femmes épuisées, enfants anxieux, familles entassées sous des tentes, poussière omniprésente : les pathologies observées sont souvent banales en apparence, mais profondément liées aux conditions de vie.
« Elles nous disent : “Nous sommes fatiguées.” Quand nous posons des questions, nous comprenons qu’elles ne dorment plus, qu’elles pensent sans cesse à ce qu’elles ont perdu. »
« Une veuve, avec une enfant de dix ans. Elle a laissé sa maison, ses animaux. Elle n’a plus rien. Face à cela, nous ne pouvons que donner un peu de réconfort. »

 

L’association des médecins cambodgiens au chevet des déplacés

Dans le camps les auscultations s'enchainent

Les médecins constatent des infections respiratoires, des maladies de peau, des troubles liés à l’hygiène et à la malnutrition. « Si l’hygiène s’améliore, beaucoup de problèmes disparaissent. »

Mais au-delà des soins, la présence même des médecins est perçue comme un signe d’espoir. « Quand ils voient un médecin, ils savent qu’ils ne sont pas abandonnés. »

Les consultations s’enchaînent à un rythme intense, près de mille patients en une journée et demie. « Nous mangions à tour de rôle pour qu’il y ait toujours des médecins disponibles. »

Une aide financière en complément

En parallèle de l’activité médicale, l’AMC a mené une action de soutien financier auprès de blessés militaires hospitalisés à l’hôpital provincial et à l’hôpital militaire de Siem Reap : visites au chevet, échanges d’encouragement avec les patients et leurs familles, souvent présentes auprès du malade dans des conditions précaires. Des aides financières ont été remises à l’ensemble des soldats rencontrés ou, à défaut, à leurs familles, soit 124 dons distribués au total.

 

L’association des médecins cambodgiens au chevet des déplacés

Pour cette action, les docteurs SENG Sok Hun (ancien président de l’AMC) et SEAN Mary, ainsi que leurs épouses Sarasvati et Mara, nous ont rejoints depuis Phnom Penh (conduits par M. PEN Sitha) afin de renforcer les équipes.
« Tout a été géré directement par l’association, avec une attention particulière à la traçabilité. »

Un soutien matériel pour l’hôpital provincial de Battambang

L’AMC a également acheminé trois valises de matériel médical de première nécessité (compresses, pansements, kits de perfusion et de suture), généreusement données par l’association LAFETT-MH de Lyon. Ce don a permis un échange avec le Dr HAN Oudam, chirurgien urologue et directeur de l’hôpital, ainsi qu’avec M. YORK Sottha, coordinateur des soins infirmiers, autour des besoins de l’établissement et des perspectives de collaboration future.

« Les hôpitaux provinciaux sont souvent moins bien dotés que ceux de la capitale, ce qui rend l’appui des organisations internationales particulièrement précieux. »

Poursuivre l’engagement

L’association reste mobilisée, que ce soit en temps de crise ou en période plus calme.« Même en temps de paix, nous venons au Cambodge pour soigner, former, aider. »

Les professionnels de santé souhaitant s’engager peuvent prendre contact avec l’AMC, qui se charge de les orienter.« Ce que nous faisons, nous le faisons pour que personne ne se sente oublié. »

« Nous sommes des médecins français, d’origine cambodgienne. Nous n’oublions jamais ce que la France nous a apporté. Mais notre pays, c’est aussi le Cambodge. »

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