L’arrestation de Chen Zhi pourrait marquer un tournant pour le Cambodge, en renforçant la transparence, la gouvernance et la liberté du travail journalistique.


L’arrestation de Chen Zhi, accusé d’être le cerveau de centres d’escroquerie, offre au Cambodge une occasion de transformer son image internationale et d’aligner sa gouvernance sur son statut économique en pleine croissance.
Ma perspective s’appuie sur plusieurs décennies d’expérience journalistique au Royaume-Uni, en Australie, ainsi que dans des publications d’Asie du Sud-Est, dont deux au Cambodge.
Une presse plus libre qu’on ne le croit
La presse cambodgienne est plus libre qu’on ne le dit parfois. Cependant, en échangeant avec de nombreux journalistes locaux au cours de la dernière décennie, j’ai constaté que les entraves à leur travail ne relèvent pas toujours d’une volonté de censurer l’information, mais bien souvent de la frilosité des responsables administratifs et des experts universitaires.
Pour le dire crûment, alors que des soldats affrontent des avions de guerre et de l’artillerie thaïlandais à la frontière, certains fonctionnaires préfèrent se cacher sous leur bureau plutôt que de répondre aux questions d’un journaliste de 25 ans.
Le silence, même sur des sujets non sensibles
Cette attitude concerne même des sujets susceptibles de servir l’image du gouvernement et du pays. Les responsables réagissent immédiatement aux contenus diffusés sur les réseaux sociaux, mais refusent toute coopération dès lors que des journalistes indépendants abordent, de leur propre initiative, des thèmes pourtant consensuels.
Je me souviens notamment d’une affaire impliquant un Australien arrêté au Cambodge, qui s’était plaint de ses conditions de détention. Sa vidéo publiée sur YouTube avait été largement relayée à l’international, y compris par des médias généralistes.
J’avais de sérieux doutes quant à sa version des faits et j’aurais souhaité approfondir cette affaire. Mais tenter d’obtenir la coopération des autorités se serait avéré vain.
Des enjeux majeurs pour le développement du pays
Le Cambodge fait aujourd’hui face à de nombreux défis majeurs à mesure que son développement s’accélère.
Comment gérer l’évolution des transports lorsque la population, plus aisée, privilégie la voiture à la moto ?
Comment préserver le patrimoine architectural face à l’urbanisation rapide des villes ?
Quels sont les garde-fous contre les constructions de mauvaise qualité et les effondrements d’immeubles de type « tofu », qui ont frappé plusieurs villes chinoises ?
Ces questions ne sont en rien controversées. Personne n’est attaqué.
Le rôle entravé des experts
Dans un contexte normal, les journalistes se tourneraient vers le monde universitaire pour éclairer ces enjeux. Or, au Cambodge, de nombreux enseignants-chercheurs craignent leurs supérieurs et refusent de coopérer, même sur des aspects purement techniques.
Quelques universitaires chevronnés acceptent d’écrire sur des thèmes sociaux jugés sans risque. Certains commentateurs s’expriment librement, mais leurs interventions sont souvent limitées à des domaines éloignés de leur expertise réelle.
L’affaire Chen Zhi, une opportunité politique
C’est ici que l’arrestation et l’extradition de Chen Zhi ouvrent une possibilité de changement. Il doit être jugé en Chine, où de nombreuses victimes de ses opérations présumées d’escroquerie se trouvent probablement.
La Chine traite sévèrement ce type de crimes. La peine de mort y est fréquente.
Dans ces conditions, il est plausible que Chen Zhi cherche à alléger sa peine en avouant et en livrant des informations sur ses complices, ainsi que sur d’éventuels responsables cambodgiens de haut rang qui l’auraient protégé.
Transparence et responsabilité
Si la Chine devait transmettre ces informations aux autorités cambodgiennes, une occasion rare se présenterait : traduire en justice d’éventuels responsables, ouvertement et en toute transparence. Le rôle des journalistes serait alors, comme ailleurs, de rendre compte de ce processus.
Le moment est venu de faire preuve de courage politique. Ouvrir grand les portes dans l’affaire Chen Zhi. Laisser les journalistes faire leur travail et exposer ceux qui ont nui au pays pour leur intérêt personnel.
Ce serait un signal fort, à la fois sur la scène internationale et auprès de la population : celui d’un Cambodge qui tourne la page d’un passé contesté et assume pleinement son avenir parmi les nations respectées.
Alan Kirk
Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
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