Malgré le cessez-le-feu à la frontière, des milliers de déplacés vivent toujours dans des camps précaires. À Siem Reap et Banteay Chhmar, Mona Tep et Thierry Chhuy des médecins bénévoles poursuivent leurs missions d’urgence.


Alors que le cessez-le-feu est désormais en place à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande, la situation humanitaire demeure critique. Dans plusieurs camps de déplacés, installés parfois depuis plus d’un mois, des milliers de familles vivent toujours dans des conditions précaires. C’est dans ce contexte que Mona Tep, directrice de la Pharmacie de la Gare et du cabinet médical AEMC à Phnom Penh, et le Dr Thierry Chhuy, du cabinet médical AEMC, sont repartis sur le terrain avec une équipe médicale bénévole pour une nouvelle mission d’urgence.
Du 16 au 18 janvier, médecins, infirmiers, pharmaciens, traducteurs et logisticiens sont intervenus dans plusieurs zones proches de Siem Reap, jusqu’à Banteay Chhmar, afin de soigner des populations désormais installées dans ce qui ressemble de moins en moins à des camps provisoires.
Une nouvelle formule pour toucher davantage de patients
Cette mission marque un tournant dans l’organisation des interventions, par rapport aux six missions précédentes.« Nous avons mis en place une formule sur un jour et demi, que nous avions déjà expérimentée, avec une première journée complète dans une zone plus éloignée, puis une demi-journée le lendemain. Cela nous permet de toucher plus de monde », explique Mona Tep.

Mona Tep veille à l'édification du parcours de soins
Grâce à l’arrivée de plusieurs médecins supplémentaires et à l’ajout d’un nouveau partenaire médical, l’AMC (Association des Médecins Cambodgiens de France), la capacité d’accueil a fortement augmenté.« Avec dix médecins, on peut raisonnablement soigner près de mille personnes. En dessous, ce n’est plus viable. Cette fois-ci, nous avons pu accueillir 996 patients », précise-t-elle.
Comme lors des missions précédentes, une clinique itinérante est montée en quelques heures : accueil, tri infirmier, consultations médicales, délivrance de médicaments, suivi des femmes enceintes et soins de base pour les nouveau-nés. Un dispositif éprouvé, mais soumis à une pression constante.
Des camps appelés à durer
Sur le terrain, le constat est sans appel. Les déplacés ne sont plus installés sous de simples bâches de fortune. Le provisoire se pérennise.« Nous ne sommes plus dans le temporaire. Les tentes sont désormais montées sur des sols avec du contreplaqué ou en nattes. Comme personne ne sait combien de temps cela va durer, les gens s’installent », observe le Dr Thierry Chhuy.

Plusieurs facteurs empêchent les retours : zones encore minées ou polluées par des obus non explosés, habitations détruites ou inaccessibles, mais aussi une réalité économique brutale.« Même lorsque le village est accessible, il faut payer pour rentrer. Trois à cinq dollars par personne. Beaucoup n’ont tout simplement pas cet argent ».
Selon le Dr Thierry Chhuy, la situation pourrait se prolonger encore plusieurs mois.« À mon sens, on est partis pour quatre à six mois de présence dans ces camps ».
Une souffrance silencieuse, surtout chez les femmes et les enfants
Si la situation n’a rien d’une famine, la détresse psychologique est palpable.« Ce sont surtout les femmes avec leurs enfants qui craquent. Dès qu’on pose une question, les larmes montent. Cela fait plus d’un mois qu’elles sont là, sans perspective ».

Le Dr Thierry Chhuy ausculte une patiente
La poussière omniprésente, l’absence d’infrastructures adaptées et la promiscuité aggravent les pathologies observées : infections respiratoires, grippes, maladies de peau, diabète, hypertension.« Ce ne sont pas des conditions de vie pour des enfants ni pour des personnes âgées », résume Mona Tep.
Une mobilisation internationale, mais fragile
Face à une telle situation, les équipes qui se sont constituées autour de Mona Tep et du Dr Thierry Chhuy ont évolué au fil des missions.« Nous sommes devenus une véritable mission internationale », soulignent-ils.
Un noyau dur assure la continuité, malgré un renouvellement partiel des équipes. Aux côtés de médecins cambodgiens se côtoient désormais des bénévoles français, sri-lankais, indiens, espagnols, britanniques ou cubains. L’équipe a gagné en expérience.« Si je ne devais pas être là, la mission fonctionnerait quand même. C’est essentiel », insiste le Dr Thierry Chhuy.

Dons : entre solidarité et contraintes logistiques
Chaque mission représente un budget conséquent, compris entre 6 000 et 9 000 dollars, incluant médicaments, matériel et logistique.« Une mission de cette ampleur ne peut plus reposer uniquement sur des dons en nature », explique Mona Tep.
Le risque est que la mobilisation locale s’essouffle à mesure que le conflit disparaît des écrans.« Quand il y avait les bombardements, beaucoup venaient. Aujourd’hui, avec le cessez-le-feu, ces gens sont déjà oubliés ».
Certaines contributions ont toutefois permis de maintenir l’effort, notamment celles d’associations médicales, d’entreprises locales et de particuliers.

« Il n’y a pas de petit don. Même 200 dollars permettent de couvrir une partie des frais essentiels ».
« Les équipes peuvent également compter sur des volontaires réguliers qui offrent leurs services, tels que Hamariya pour la logistique et l’équipement médical, Cambodian Children’s Fund, CIA First International School ou encore le Centre éducatif de Kep et Pancam ltd. Deux grands nouveaux sponsors, RMA Cambodia et All Dreams Cambodia , viennent également d’annoncer leur soutien et de garantir les deux prochaines missions. Une aide précieuse, accueillie avec soulagement et encouragement.»
Tenir jusqu’à la saison des pluies
L’inquiétude principale reste l’arrivée prochaine de la mousson. « J’espère vraiment que la situation se dénouera avant la saison des pluies. Les camps, dans ces conditions, deviendraient invivables », confie Mona Tep.
D’ici là, les équipes comptent poursuivre leurs interventions, au rythme d’une mission tous les deux ou trois mois, selon les moyens disponibles.
Discrètement mais fermement, un appel à la solidarité reste donc lancé, afin de permettre la continuité de ces actions médicales auprès de populations encore largement invisibles.
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