De l’art ancestral des manuscrits sur ôles au Cambodge

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 29/06/2022 à 02:00 | Mis à jour le 29/06/2022 à 15:22
Photo : Thmey Thmey 25
De l’art ancestral des manuscrits sur ôles au Cambodge 3

Les sleuk rith, ou manuscrits sur ôles (écrits sur feuilles de palmier), sont utilisés depuis des siècles au Cambodge pour conserver des documents et ainsi préserver le savoir et transmettre la sagesse. Une seule espèce de palmier est utilisé pour les sleuk rith, le Traeng, également appelé palmier talipot (corypha umbraculifera).

 

Seule la partie supérieure de la feuille peut être utilisée pour écrire. Chaque feuille de sleuk rith subit un processus rigoureux de séchage, de chauffage et de reliure de pouvoir être utilisée. Dans le Cambodge des siècles passés, un manuscrit de poèmes, de littérature, de contes populaires ou de connaissances spécialisées écrit sur ces feuilles était appelé "sastra sleuk rith", quel qu’en soit son contenu.  

 

Trouver la matière première devient difficile

Les pages de sleuk rith sont faites de feuilles de traeng. L'arbre lui-même ne se distingue pas du palmier classique  cambodgien avec lequel il partage toutes les mêmes caractéristiques.  Aujourd'hui, on peut voir des traengs pousser en grand nombre dans les provinces de Kratie et de Preah Vihear. Les traengs sont connu pour leur longévité, ils peuvent vivre des centaines d’années. C’est peut être une des raisons  pour lesquelles les feuilles de traeng ont été choisies pour recevoir des manuscrits.

 

Loat Leung, qui pratique l'art d'écrire des manuscrits de sleuk rith, vit dans la province de Siem Reap, dans le village de Samraong. Il explique, qu’il est très difficile de trouver des feuilles de traeng pour fabriquer des pages de sleuk rith  car il n'y a presque plus de traeng dans la province de Siem Reap. Chaque année, Leung doit prendre une semaine pour se rendre dans la province de Preah Vihear afin d'acheter les feuilles qu'il transformera en manuscrits au cours des mois suivants.

 

ឡោត ឡឹង
Long Ton / Cambodianess

 

L’art minutieux de l’écritures des sleuk rith

Les feuilles achetées, leur transformation pour obtenir la qualité des pages de sleuk rith que Leung utilise prend un temps considérable. Tout d'abord, Leung chauffe les feuilles, les lie ensemble puis les redresse. Ensuite, les feuilles doivent être mises de côté pendant deux à trois mois, voire plus, avant de pouvoir être utilisées pour les manuscrits.

 

Mais le plus difficile réside dans  le processus d'inscription qui doit être réalisé selon les techniques traditionnelles. Lorsqu'il recopie un document écrit sur sleuk rith sur un nouveau sleuk rith, le transcripteur doit copier scrupuleusement le texte mot à mot et dans la même taille de police que le texte original.

 

De l’art ancestral des manuscrits sur ôles au Cambodge
Thmey Thmey 25

 

Ensuite le scribe se lance dans la phase d'encrage. Pour les scribes, il s’agit alors de remplir de résine les empreintes calligraphiques, qui ont été réalisées avec des outils d'impression tranchants, afin que les lettres soient clairement visibles. En quelque sorte, la résine est comparable à l'encre d'imprimerie que nous utilisons dans la vie quotidienne.

 

Cette résine n'est pas noire. Il s'agit d'un liquide clair de consistance homogène extrait d'un type d'arbre à résine appelé chher teal (Dipterocarpus alatus)  Pour obtenir l'encre noire et foncée, Loat Leung doit mélanger ce liquide clair avec de la suie pour faire apparaître les lettres.

 

Après l'encrage de la feuille, le nettoyage doit être effectué immédiatement en utilisant du sable fin ou du son pour essuyer l'excès d'encre. Les scribes débutants doivent demander à leurs professeurs de vérifier les erreurs après le processus de nettoyage. Si des erreurs sont trouvées, les scribes doivent refaire cette page avant de réarranger l'ordre des pages sleuk rith et finalement les relier ensemble.

 

De l’art ancestral des manuscrits sur ôles au Cambodge
Thmey Thmey 25

 

 

 

 

 

Une technique qui survit grâce à des mécènes.

Loat Leung remarque que, même si son enseignement est ouvert au public, peu d'étudiants y assistent, car le sastra sleuk rith n'est pas un commerce par lequel on peut s'enrichir. Par conséquent, certains n'étudient que pendant une courte période, tandis que d'autres se tournent vers d'autres occupations. 

 

Bien que cette occupation lui permette seulement de faire face à ses dépenses immédiates, Loat Leung est déterminé à continuer à sauvegarder cette tradition comme il le fait depuis près de 20 ans. Heureusement, son travail de sastra sleuk rith a été reconnu et soutenu par les moines et des fidèles bouddhistes. En outre, des personnes fortunées désireuses de préserver le patrimoine cambodgien manifestent également leur soutien à Loat Leung. Ils achètent généralement des sastra sleuk rith pour décorer leur maison ou les montrer à leurs enfants. 

 

Si cette tendance se poursuit, grâce à ce soutien et ces encouragements, la tradition du sastra sleuk rith sera maintenue et préservée pour l'avenir. 

 

Cependant, le sort du sastra sleuk rith est encore précaire comme le dit ce scribe passionné. qui reste préoccupé par la rareté des feuilles de traeng et par le maintien de l'art traditionnel du sastra sleuk rith dans les années à venir.

 

 

Long Ton

Long Ton est un Cambodgien passionné par Angkor et son époque. Diplômé d'université et parlant plusieurs langues, il a dirigé des visites à Angkor.

Article a été traduit avec l’aimable autorisation de Cambodianess pour permettre au lectorat francophone d’y avoir accès.

 

 

Vous pouvez retrouver Loat Leung dans cette video réalisée par ThmeyTmey 25

 

 

Sur le même sujet
0 Commentaire (s) Réagir

Soutenez la rédaction Cambodge !

En contribuant, vous participez à garantir sa qualité et son indépendance.

Je soutiens !

Merci !

Raphael Ferry

Rédacteur en chef de l'édition Cambodge.

À lire sur votre édition locale
À lire sur votre édition internationale