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Arrestation de Chen Zhi : coup d’éclat ou véritable tournant contre les arnaques ?

L’arrestation et l’extradition de Chen Zhi suscitent le scepticisme des analystes, qui y voient un geste symbolique. Sans poursuites ciblant les élites et saisies, la répression reste incertaine.

Arrestation de Chen Zhi - coup d’éclat ou véritable tournant contre les arnaques ? Arrestation de Chen Zhi - coup d’éclat ou véritable tournant contre les arnaques ?
Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 9 janvier 2026

Pour plusieurs analystes, l’arrestation de Chen Zhi, figure centrale du Prince Group, relèverait davantage d’une « concession tactique » que d’un véritable tournant répressif. En l’absence de poursuites contre des oligarques politiquement connectés, de fermetures durables des complexes d’arnaque et de saisies financières, l’opération pourrait rester essentiellement symbolique.

Arrêté le 7 janvier au soir, Chen Zhi a été extradé vers la Chine à la demande des autorités chinoises. Deux autres ressortissants chinois, Xu Ji Liang et Shao Ji Hui, ont été expulsés simultanément. Le ministère de l’Intérieur a présenté ces interpellations comme une action contre la criminalité transnationale.

Des doutes sur l’ampleur réelle de la répression

Pour Jacob Sims, chercheur associé invité au Centre asiatique de l’université Harvard, cette arrestation isolée ne devrait pas modifier l’impunité structurelle dont bénéficient les réseaux d’escroquerie. Selon lui, l’expérience passée montre que l’application de la loi tend à ralentir lorsque la pression internationale retombe.

« Cela a de fortes chances de se poursuivre tant que les gouvernements concernés n’intensifieront pas la pression sur le régime », estime-t-il, soulignant l’absence de mise en cause des acteurs protégés politiquement.

Même analyse du côté de Seng Vanly, pour qui les opérations pourraient se dérouler par vagues, devenant plus sélectives à mesure que l’attention médiatique décroît. « Les raids peuvent continuer, mais le vrai test sera de savoir si les autorités s’attaquent aux propriétaires et financiers, ou surtout aux exécutants de bas niveau », avance-t-il.

La version des autorités : une action de long terme

Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Touch Sokhak, affirme que les descentes contre les réseaux d’arnaque ont débuté dès le sixième mandat de l’ancien Premier ministre Hun Sen, avec la création d’un comité d’enquête dédié. Sous le septième mandat, le Premier ministre Hun Manet a transformé cette structure en Commission de lutte contre les escroqueries en ligne (CCOS).

Selon lui, les autorités poursuivent les dossiers malgré le fait que les cerveaux opèrent souvent depuis l’étranger, en s’appuyant sur des gestionnaires locaux. « Nous travaillons depuis des années, pas seulement depuis que Chen Zhi a été sanctionné », insiste-t-il, évoquant une coopération accrue avec la Corée du Sud, les États-Unis, la Chine, l’Inde et les pays de l’ASEAN.

« Notre ambition est de montrer que le Cambodge n’est pas un environnement accueillant pour les arnaques », ajoute-t-il.

Quelles conditions pour un engagement crédible ?

Pour Jacob Sims, une volonté réelle impliquerait la fermeture de nombreux complexes, des poursuites contre des élites puissantes protégeant ces réseaux, ainsi qu’une réforme du système controversé de citoyenneté par investissement. Il souligne aussi la nécessité de desserrer la répression qui entrave le travail des médias indépendants et de la société civile.

Seng Vanly anticipe, dans les trois à six prochains mois, des arrestations visant des figures de haut niveau, y compris des propriétaires et financiers, ainsi que des responsables locaux soupçonnés de protection. « Une simple déportation rapide ne suffira pas », prévient-t-il, appelant à des saisies immobilières, des gels d’avoirs, des poursuites pour blanchiment et une transparence accrue du suivi judiciaire.

Conséquences financières et sanctions internationales

À la suite de l’arrestation, Prince Bank a vu ses activités suspendues par la National Bank of Cambodia, notamment l’ouverture de nouveaux services, les dépôts et l’octroi de prêts.

En octobre 2025, le US Treasury et le UK Foreign Office avaient sanctionné Prince Group, qualifiant ces mesures de plus vaste action jamais menée contre un réseau de cyberfraude en Asie du Sud-Est. Washington accusait Chen Zhi d’avoir bâti un empire criminel à partir d’escroqueries en ligne, ciblant notamment des citoyens américains, et d’avoir blanchi les fonds via un réseau complexe de plus de cent sociétés écrans à travers le monde.

 

Teng Yalirozy

Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.

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