Arrêté au Cambodge puis extradé vers la Chine, Chen Zhi, fondateur du conglomérat Prince Group, est au cœur d’accusations majeures de cyberfraude et de travail forcé. Une affaire aux ramifications judiciaires, politiques et internationales.


Une extradition présentée comme un signal contre la criminalité transnationale
Les autorités cambodgiennes ont confirmé l’arrestation puis l’extradition vers la Chine de Chen Zhi, fondateur et président du Prince Group. L’opération, menée le 6 janvier 2026, s’inscrit « dans le cadre de la coopération en matière de lutte contre la criminalité transnationale », selon un communiqué du Ministère de l’Intérieur du Cambodge publié le 7 janvier.
Deux autres ressortissants chinois, Xu Ji Liang et Shao Ji Hui, ont également été arrêtés puis remis aux autorités de la République populaire de Chine. Phnom Penh précise que cette opération est l’aboutissement de plusieurs mois d’enquête conjointe entre les autorités cambodgiennes et chinoises.
Nationalité retirée et contexte diplomatique sensible
Le ministère de l’Intérieur indique que la nationalité cambodgienne de Chen Zhi avait été révoquée par décret royal en décembre 2025, conformément à la loi sur la nationalité. Cette décision est intervenue dans un climat de pressions internationales accrues, après l’imposition de sanctions par les États-Unis et le Royaume-Uni en octobre dernier.
À la suite de ces sanctions, les autorités cambodgiennes avaient affirmé leur volonté de coopérer avec leurs partenaires occidentaux sur la base du droit et d’éléments probants, tout en rappelant que les investisseurs étrangers opérant au Cambodge sont soumis aux mêmes obligations légales.
Accusations de camps de travail forcé et de cyberfraude massive
Selon le U.S. Treasury et le US Department of Justice, Chen Zhi aurait supervisé un vaste réseau de centres d’escroquerie en ligne au Cambodge, assimilés à des camps de travail forcé. Des centaines de personnes, victimes de trafic humain, y auraient été contraintes de mener des fraudes numériques sous la menace de violences, dans des complexes entourés de murs et de barbelés.
Les autorités américaines estiment que ces opérations ciblaient des victimes dans le monde entier, causant des pertes se chiffrant en milliards de dollars. Washington affirme avoir saisi environ 127 000 bitcoins, pour une valeur estimée à près de 15 milliards de dollars, présentée comme la plus importante saisie judiciaire de l’histoire des États-Unis.
« Cette mise en accusation représente l’un des coups les plus importants jamais portés contre le fléau mondial du trafic d’êtres humains et de la fraude financière facilitée par le numérique », a déclaré la procureure générale américaine, Pam Bondi, citée par l'AFP.
Prince Group et soupçons de blanchiment
Fondé en 2015, Prince Group est devenu l’un des principaux conglomérats opérant au Cambodge, avec des activités déclarées dans l’immobilier, les services financiers et la consommation, et une présence revendiquée dans plus de 30 pays. Selon les autorités américaines, le groupe aurait servi de paravent à « l’une des plus grandes organisations criminelles transnationales d’Asie », notamment pour le blanchiment de fonds issus d’activités illégales.
En novembre, Prince Group a rejeté l’ensemble de ces accusations, les qualifiant d’infondées, diffamatoires et politiquement motivées, estimant qu’elles visaient à justifier la saisie d’actifs évalués à plusieurs milliards de dollars.
Des liens politiques scrutés de près
L’affaire revêt également une dimension politique. Chen Zhi a été conseiller du Premier ministre Hun Manet ainsi que de son père, l’ancien dirigeant Hun Sen.
L’expert en criminalité transnationale Jacob Sims estime que Chen Zhi était « profondément infiltré au sein de l’État cambodgien », son influence s’étendant à de nombreux échelons du pouvoir. Des propos que Prince Group a également qualifiés d’allégations diffamatoires.
Un phénomène régional massif
Selon certains experts, le Cambodge, la Birmanie et d’autres pays de la région abriteraient des dizaines de centres d’escroquerie employant des dizaines de milliers de personnes, certaines agissant volontairement, d’autres victimes de trafic humain. Ce secteur clandestin pèserait plusieurs milliards de dollars et constitue désormais un enjeu majeur de sécurité régionale et internationale.
L’extradition de Chen Zhi marque une étape importante dans ce dossier, sans pour autant clore une affaire appelée à se poursuivre sur les plans judiciaire et diplomatique.
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