"Adhérer à la CCI devrait être le premier réflexe pour tout entrepreneur au Cambodge"

Par Raphaël FERRY | Publié le 08/02/2022 à 18:45 | Mis à jour le 09/02/2022 à 05:03
Photo : Soreasmey KE BIN président sortant de Chambre de commerce et d’industrie France Cambodge
Soreasmey KE BIN président sortant de Chambre de commerce et d’industrie France Cambodge

Le 15 février va se tenir l’assemblée générale de la Chambre de commerce et d’industrie France Cambodge (CCIFC). Elle en profitera pour renouveler son Comité d’administration et son bureau. 

C’est une occasion pour nous de rencontrer son président sortant Soreasmey KE BIN, candidat à sa propre succession et ensemble de faire le point.

 

 

Soreasmey, pouvez-vous avant toute chose, nous rappelez les missions de la CCIFC, les moyens dont elle dispose et quels sont vos liens avec l’Ambassade de France ?

 

La CCI France Cambodge est une association qui rassemble les entreprises françaises du Royaume du Cambodge. Notre principale mission est d'accompagner cette communauté d'affaires dans son développement, et cela passe bien sûr par de l'animation et donc de l'organisation d’évènements : des rencontres régulières, des forums publics, des pavillons collectifs sur des salons professionnels, des visites d'entreprises ou encore des délégations à l'étranger. Tout ceci doit contribuer à une meilleure visibilité de nos membres et d'un point de vue plus général aux relations économiques et développer les échanges commerciaux et industriels entre la France et notre pays hôte : le Royaume du Cambodge. 

 

L'écosystème français au Cambodge est très complet, avec l'ambassade bien sûr et ses multiples services, dont la mission économique, le consulat et les services de coopération, l'Institut français, l'AFD, les Conseillers du Commerce extérieur, la French Tech Phnom Penh, et tous les autres acteurs privés qui contribuent à notre présence économique. Le rôle de la CCIFC est central et nous nous devons de travailler de concert avec tous. Notre relation avec l'ambassade de France est évidemment essentielle pour notre chambre, mais il est important de souligner que la CCI est indépendante dans ses moyens et dans ses prises de décision. Nous travaillons dans un esprit d'équipe, la fameuse #TeamFrance.

 

Il très important de comprendre que la CCI repose sur ses membres et sur les adhésions, et que s'il nous est possible de bénéficier de subventions, c'est dans le cadre de projets précis et limités. Malgré la covid, nous avons gagné plus de membres cette année et ce, malgré plusieurs cessations d'activité ou retrait notamment pour des sociétés très affectées dans le secteur du tourisme.

Nous comptons à ce jour 142 membres à jour de cotisation, si nous comptons ceux en retard nous regroupons près de 155 sociétés, c'est un chiffre important, et je remercie les tous de leurs confiance et soutien - mais je suis convaincu que nous pouvons en attirer plus.

 

Il y a des secteurs dans lesquels nous sommes encore faibles, des entrepreneurs ne comprennent pas forcément l'intérêt pour eux de nous rejoindre - c'est à nous de les convaincre en adaptant notre offre et nos actions, mais je crois surtout qu'adhérer à la CCI devrait être le premier réflexe pour toute personne qui entreprend au Cambodge, un réflexe de solidarité. Avec plus de membres, nous avons plus de poids et plus de moyens, plus de moyens d'action pour le bien commun de notre communauté.

 

Quelles sont les relations que vous entretenez avec Eurocham, la Chambre de Commerce européenne ?

 

La CCI France Cambodge est l'une des chambres fondatrices de la Chambre de Commerce européenne, et nous sommes donc intégrés en son sein aux côtés des autres chambres et clubs d'affaires des autres pays européens, les Allemands, les Scandinaves, nos amis du Benelux ou encore les Italiens.

Il est toutefois évident nous nous distinguons des autres par notre taille - nous représentons près de la moitié des membres d'Eurocham - et aussi par la relation très privilégiée qui unit la France au Royaume du Cambodge. Ceci nous oblige à maintenir notre propre équipe, notre propre budget et agenda . Ce n'est pas toujours compris par nos partenaires européens, mais je me dois de souligner la bonne entente que nous avons aujourd'hui avec les équipes d'Eurocham qui ont réalisé un formidable travail ces derniers mois, dans des conditions difficiles avec l'arrêt des subventions européennes. 

 

Si je devais simplifier je dirais que nous laissons volontiers à Eurocham la relation technique avec les autorités cambodgiennes, notamment via leurs nombreuses commissions sectorielles - de notre côté nous continuons d'animer notre communauté qui regroupe à la fois les Français bien sûr mais aussi les nombreux cambodgiens qui ont un lien fort avec la France - et ils sont nombreux au gouvernement notamment. Nous sommes très conscients de nos moyens, nous avons un seul salarié qui s'appuie administrativement sur les équipes d'Eurocham, nous ne pouvons pas tout faire, mais je pense que nous avons démontré que ce nous faisons nous le faisons bien et nous le faisons pour le bien de tous. 

 

Ces années 2020-2021 a été marquée par la Covid au Cambodge quelles sont les activités que vous avez réussi à maintenir malgré la crise ?

 

Il est effectivement important de souligner que nous avons été élus à la tête de la CCIFC en février 2020, au tout début de la pandémie. A ce moment-là nous n'aurions jamais imaginé les conséquences de cette pandémie - la quasi impossibilité de se déplacer ou un confinement généralisé par exemple - ni sa durée, près de deux ans. Nous avions en tête une refonte totale des évènements de la chambre, avec différents formats afin de pouvoir intéresser plus de personnes et d'entreprises. 

 

Le premier format a été celui du Pop-up mensuel qui regroupe chaque mois les acteurs d'un secteur sur des formats pitch courts et intenses - nous en avons tenu au final 8, avec plus d'une trentaine d'intervenants de qualité sur des sujets aussi différents que le retail (vente au détail), l'agriculture ou encore l'artisanat ou l’énergie.

 

L'autre nouveau format a été le dîner des décideurs qui rassemble nos PDG pour rencontrer les PDG d'une autre communauté d'affaires au cours d'un grand dîner, nous avons ainsi pu créer des liens avec les thaïlandais puis les américains du Cambodge.

 

Sans la Covid et ses interdictions de rassemblement, nous aurions sûrement pu tenir 20 Pop-ups et 6 dîners des décideurs - on se rend ainsi compte de l'impact sur nos activités.  Et je ne parle pas de Siem Reap, notre jusqu'à alors très dynamique section locale a été confrontée aux mêmes problématiques mais à une échelle bien plus grande encore -  je n'ai pas besoin de vous expliquer pourquoi.

J'en profite pour saluer la solidité de Pierre-André Romano, notre vice-président et représentant de la section Siem Reap qui aura su dans ce contexte difficile maintenir le cap avec notamment la très réussie Made in Siem Reap Fair.

 

 

Nous avons bien sûr innové, en organisant plusieurs webinaires dont trois à destination de la communauté française dans son ensemble et portant notamment sur la situation sanitaire, mais aussi près d'une dizaine de formations en ligne de qualité. Dès que les premières restrictions ont été levées, nous avons rapidement organisé des mini-networking avec une jauge à 15 personnes afin de respecter les règles en vigueur - les participants s'en souviennent encore, nous n'étions pas loin de la prohibition, puis nous avons relancé des rencontres sectorielles que nous espérons maintenir à un rythme régulier dans les mois à venir. Enfin chaque fin de restrictions a été marquée par deux très belles soirées de rentrée : les Back to Business party avec plus de 200 participants à chaque fois. 

 

Les regrets que vous inspire cette année exceptionnelle ? 

 

Au niveau regret, si nous avons eu la chance de pouvoir maintenir notre grand cocktail de gala en début d'année précédente avec un Grand Prix des Affaires remis à deux entreprises, nous avons en revanche dû décaler le marché français qui avait rencontré un grand succès l'année précédant la pandémie, nous avions aussi prévu un pavillon français sur plusieurs salons professionnels, celui de la construction et celui de Digital Cambodia en collaboration avec la French Tech. En espérant que ce ne soit que partie remise.

 

Les regrets portent donc sur ce qui n'a pu se faire, mais je pense sans fausse modestie que nous avons su dans cette situation exceptionnelle maintenir une chambre dynamique, nous avons rarement compté autant de membres, notre situation financière est très satisfaisante et au final notre chambre est très représentative de notre communauté. Il faut continuer dans ce sens, j’en profite d’ailleurs pour saluer et remercier l’équipe de ce mandat, nos élus Alain Brun, Pierre-André Romano, Stéphane Gilli, Sylvain Ung, Paul Balmette et Célia Zamparini, et enfin notre directeur Martin Brisson. Nous pouvons être fiers du travail accompli.

 

Comment voyez vous cette année 2023 ? Quels sont les projets que vous aimeriez voir aboutir ?

 

Je suis d’un naturel optimiste, sinon je ne serai pas entrepreneur. Je suis convaincu que le plus dur de la pandémie est dernière nous, la chambre a des bases solides, les projets ne manquent pas. Il reviendra à la nouvelle équipe de décider et d’imprimer sa marque sur le calendrier des évènements, mais pour ma part si je suis réélu à la présidence je souhaiterai pour grande partie continuer sur notre lancée et ce sans restriction : des Pop-ups sectoriels tous les mois, multiplier les dîners avec les autres communautés, un grand marché français, un grand gala par an, et une présence sur tous les salons professionnels d’importance.

 

A cela s’ajoute deux grands évènements qui devraient permettre d’attirer au Cambodge de nouvelles entreprises et investisseurs.

 En mars prochain, la CCI est associé à l’Organisation internationale de la Francophonie et au Ministère cambodgien des affaires étrangères dans l’organisation d’une première mission commerciale et économique francophone qui devrait voir plus de 70 entreprises du monde entier se rassembler au Cambodge pour en explorer les opportunités. 

 

Dans la même lignée, la CCI s’associe aux CCE, à l’OSCI et à la French Tech pour organiser un premier Forum des Affaires France Cambodge les 9 et 10 juin prochain. Nous espérons attirer plus de 200 entreprises françaises qu’elles viennent de France même ou de la région dans un grand rendez-vous qui doit devenir annuel.

 

Le Cambodge est le premier pays de la région à rouvrir, il faut en profiter pour organiser ce type d’évènements et mettre en avant le pays hôte. Ceci est aussi une manière aussi pour nous de remercier les autorités cambodgiennes pour leur excellente gestion de la pandémie, à nous de le faire savoir et ainsi permettre le développement de nouveaux courants d’affaires.

 

 

Enfin je souhaite que la CCIFC sorte de Phnom Penh. Nous avons une section à Siem Reap qui nous attend, nous pouvons aussi envisager des visites groupées à Sihanoukville, à Battambang, voir sortir de nos frontières et aller à la rencontrer des CCI et écosystèmes voisins.

 

Le 15 février le nouveau bureau sera élu. On compte aujourd’hui 24 candidats pour 13 postes à pourvoir, comment expliquez vous un si grand nombre de candidats ?

 

Effectivement je ne me souviens pas avoir vu autant de candidats pour une élection à la CCIFC. Ma propre élection à la présidence avait tout d’une élection soviétique avec autant de candidats que d’élus, c’est une très bonne chose que cette élection soit très ouverte, le caractère est d’autant plus ouvert que le vote se fera en ligne.

 

A mon avis il n’y a pas une seule et même raison. La pandémie a permis de regrouper la communauté, se rencontrer et créer du lien, cela fait d’autant plus sens que nous venons de traverser une période difficile pour tous. Je crois aussi qu’il y a un changement générationnel, quelque part, et avec quelques autres, je fais désormais partie des anciens. Des figures de notre communauté comme Arnaud Darc, Guillaume Massin, tous deux anciens présidents, ne se représentent pas et souhaitent faire place aux jeunes, il faut les en remercier.

Le précédent bureau comptait aussi de nombreux cadres d’entreprises, là où la CCI était habituellement dirigée par les PDG ou les directeurs pays, je pense que cela a aussi aidé à décider des personnes qui n’osaient pas jusqu’à présent à franchir les pays. Et dans les faits je peux vous confirmer que nous avons besoin d’élus qui ont de l’énergie et du temps à consacrer à la chambre, et ce peu importe les fonctions.

 

Enfin, nous avons fait un bon boulot, la chambre se porte bien, il est donc logique qu’elle attire plus de talents. Il y a beaucoup de candidats, il y aura donc des déçus, je souhaite aussi leur rappeler ici que c’est le début d’une aventure, et que ceux qui ne seront pas élus peuvent s’impliquer autrement, et qu’il y aura de toute façon d’autres opportunités d’intégrer les instances dirigeantes de la chambre.

 

Pouvez vous nous expliquer les modalités de ce scrutin ?

 

Les candidats ont jusqu’au jeudi 10 18h pour se déclarer auprès de notre directeur Martin Brisson (Directeur@ccifcambodge.org). Le vote sera ouvert en ligne à partir du même jour 20h. Nos membres auront alors 4 jours, jusqu’au lundi 14 minuit pour voter. Les résultats seront tenus secrets jusqu’à notre assemblée générale qui se tient à l’Institut français le mardi 15 à partir de 17h. Cette AG nous verra présenter les activités passées, voter les états financiers, et enfin déclarer les élus du nouveau Conseil d’Administration de la CCIFC. Nos membres pourront alors profiter d’un cocktail alors que les 14 élus se réuniront pour élire le nouveau bureau, dont le nouveau président. Si cela n’est pas trop long ils auront encore le temps de rejoindre ensuite la soirée et célébrer ainsi leur élection.

 

Je donne en tout cas rendez-vous à nos membres le 15 février, c’est une page importante de la CCIFC qui se tourne, et ce qui arrive s’annonce passionnant. 

Et avant cela, notre équipe vous attend pour notre dernier évènement sous ce mandat, avec notre PopUp  sur le thème de l'éducation ce mercredi soir au Sofitel !

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Raphaël FERRY

Installé au Cambodge en 2010. Je suis tout de suite tombé amoureux du pays et de sa population. Curieux de tout, aimant découvrir l’humain, ses passions, ses motivations, son art de vivre…
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