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Vague de départs au Phnom Penh Post : un journaliste témoigne

Par Leïla PELLETIER | Publié le 10/05/2018 à 19:30 | Mis à jour le 11/05/2018 à 05:45
Photo : Le rédacteur en chef du Phnom Penh Post explique son licenciement à l'équipe du journal © Alessandro Marazzi-Sassoon
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Le Phnom Penh Post connait un nouveau tournant, depuis le week-end dernier, à la suite de la vente du journal à un investisseur malais. Le magnat des mines australien Bill Clough se retire pour laisser place à Sivakumar S. Ganapathy, effaçant ainsi la dette fiscale de 3,9 millions de dollars du journal. Dans un article publié dimanche, les deux journalistes Brendan O’Byrne and Ananth Baliga faisaient état de son passé et révélaient que l'entreprise qu'il dirige, Asia PR, comptait le premier ministre Hun Sen parmi ses clients. Asia PR a également été propriétaire du Cambodia Times et de l'Eastern Times News, des journaux pro-gouvernementaux respectivement cambodgien et malaisien.

Sivakumar S. Ganapathy a immédiatement réagi, déclarant que le travail effectué pour le Premier ministre Hun Sen date d’il y a 25 ans. Après la publication de cet article intitulé « Phnom Penh Post sold to Malaysian investor », le nouveau propriétaire a exigé son retrait du site. Le rédacteur en chef du Post, Kay Kimsong, a été licencié lundi après avoir refusé de retirer cet article. Stuart White, directeur de publication, Jodie DeJonge, directrice de la publication numérique, Jenni Reid, rédactrice web, Brendan O'Byrne, rédacteurs au service des affaires et Ananth Baliga, journaliste, ont tous refusé de se conformer et ont donné leur démission. 

Un autre journaliste démissionnaire du Post, Alessandro Marazzi-Sassoon, témoigne de la situation actuelle au sein de la rédaction : « Tous ces événements se sont produits lundi. Mardi matin, je me suis rendu au bureau comme d’habitude. Après avoir discuté avec la nouvelle direction et mes collègues, j’ai décidé de remettre ma démission immédiate en raison des circonstances et changements importants sur le lieu du travail. » 

Le jeune homme décrit la journée de lundi comme imprévisible, dramatique et émouvante pour l’ensemble de l’équipe. Des rumeurs circulaient depuis plusieurs mois mais aucune information sur la vente n’a été officiellement communiquée au personnel jusqu’à samedi soir.

Certains décident de partir et d’autres continuent : « Nous avons tous beaucoup de respect pour ceux qui choisissent de rester. Nous réalisons que s’en aller n’est pas quelque chose de facile à faire, ceux d’entre nous qui le font ont le cœur lourd. »

Plusieurs commentateurs de la vie politique cambodgienne s'interrogent sur l’avenir de la presse au Cambodge compte tenu des relations que le repreneur du Post entretiendrait avec le gouvernement, et de la fermeture de l'autre grand quotidien anglophone Cambodia Daily en septembre dernier. « Je ne peux pas affirmer que cet événement unique signifie la fin de la liberté de la presse et ne suis pas qualifié pour proposer une solution aux défis auxquels la presse libre doit faire face ici et partout dans le monde », explique Alessandro. 

« La seule chose que je souhaite ajouter est que travailler pour le Post, parmi des journalistes aussi talentueux et motivés, a été un moment marquant de ma vie. Je n’ai que de l’amour et du respect pour mes collègues qui restent au journal et je sais qu’ils continueront à essayer de rendre compte de l'actualité avec dignité », conclut-il.

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