8 heures par jour, 6 jours par semaine, 280 $ par mois

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 20/02/2022 à 02:01 | Mis à jour le 20/02/2022 à 02:01
Photo : Photo fournie
Im Sopheal

De la pauvreté agricole à la grisaille urbaine du travail en usine, Im Sopheap ne pouvait plus tolérer les mauvais traitements infligés aux travailleurs des usines de confection du Cambodge. Elle a entrepris de se syndiquer pour obtenir  un meilleur avenir.

 

Im Sopheap, 33 ans, est née dans une famille d'agriculteurs de la province de Kampong Cham. En 2005, cette famille de sept personnes a réalisé que l'agriculture seule ne pouvait plus les faire vivre. C'est alors que Sopheap a décidé de s'installer à Phnom Penh à la recherche d'opportunités professionnelles.

 

Au cours des 16 dernières années, elle a travaillé dans une usine de confection pour contribuer aux revenu de sa famille.

 

Travaillant huit heures par jour, six jours par semaine - et parfois aussi le dimanche - Sopheap ne gagne que 280 dollars par mois. Si les temps ont toujours été durs pour elle, 2013 s’est distinguée comme la pire année dont elle se souvienne.

 

2013 la pire année dont elle se souvient

 

Selon Sopheap, les propriétaires d'usines obligeaient les travailleurs à faire des heures supplémentaires, de nombreux employés étaient licenciés et les avantages sociaux étaient supprimés, notamment pour les femmes enceintes qui étaient remplacées par des contractuels à court terme ne bénéficiant d'aucune protection juridique.

Par-dessus tout, la plupart des travailleurs avaient peur de perdre leur emploi et ont choisi de garder le silence malgré tous les mauvais traitements et les abus.

 

Se syndiquer pour défendre les droits des travailleurs

 

Témoin d'une telle injustice pendant plus de dix ans, Sopheap s'est sentie frustrée et anxieuse. Elle  a voulu faire quelque chose pour aider les travailleurs. En 2017, elle a participé à la formation d'un syndicat au sein de l'usine où elle travaillait avec la Coalition of Cambodian Apparel Workers Democratic Union (CCAWDU). À l'époque, elle a été nommée au poste de secrétaire général.  Aujourd'hui, elle est leader du syndicat.

La jeune femme de 33 ans a déclaré qu'en tant que membre de la CCAWDU, le syndicat mène diverses activités visant à sensibiliser les travailleurs à leurs droits et à les responsabiliser.

"Nous informons  nos membres sur le droit syndical et le droit du travail par le biais de formations et de partage de connaissances", a-t-elle déclaré.

 

Im Sopheal leader syndicale dans une usine de textile
photo fournie

 

Le syndicat vise à renforcer l'autonomie des employés et à améliorer leurs conditions de travail.De plus en plus de travailleurs l'ont rejoint. Le syndicat ne cesse de s'agrandir - à présent, presque tous les travailleurs de l'usine en sont membres, cela représente près de 600 personnes.

Elle explique :

Il a été difficile de lutter pour une meilleure protection sociale et de négocier pour améliorer les droits et les avantages des travailleurs par le biais de conventions collectives. Mais ce n'est que de cette manière que nous pouvons tous avoir de meilleures conditions de travail et améliorer notre vie.

 

Les travailleurs ont obtenu quelques avancées sociales

 

Malgré les difficultés, Sopheap est satisfaite des fruits de son travail et du pouvoir de négociation collective dont dispose désormais le syndicat.

L'usine offre aux travailleuses de meilleurs droits et avantages en matière de maternité que ceux prévus par le droit du travail. Ils comprennent huit jours de congé de maternité supplémentaires en plus des 90 jours légaux et une prime de 20 dollars pour l'allaitement et la garde des enfants jusqu'à ce qu'ils aient 18 mois.

En outre, tous les travailleurs reçoivent une allocation alimentaire complémentaire pendant les heures supplémentaires et ont accès aux régimes de protection sociale par le biais du Fonds national de sécurité sociale (NSSF).

 

En tant que dirigeant syndical, M. Sopheap a déclaré que la pratique de la protection sociale pouvait encore être améliorée.

Nos travailleurs signalent que lorsqu'ils font appel au NSSF pour un bilan de santé ou un traitement médical, le processus est souvent lent et les travailleurs ne sont pas prioritaires.

 

 

Elle a exhorté le gouvernement et les parties prenantes concernées à améliorer la qualité des services médicaux, à rendre les procédures d'assurance sociale plus efficaces avec un service client plus convivial, et à mettre en place un régime de retraite dès que possible. 

 

propos recueillis par Tan Visal, coordinateur de la protection sociale à Oxfam Cambodge

Lepetitjournal.com remercie Cambodianess de lui avoir permi de traduire cet article et ainsi de l'offir à au lectorat franophone?

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Raphael Ferry

Rédacteur en chef de l'édition Cambodge.

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