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HÉLÈNE ROOS - "Développer nos réseaux et faire preuve d’inventivité"

Par Grégory Rateau | Publié le 01/09/2020 à 00:00 | Mis à jour le 01/09/2020 à 11:08
Photo : Hélène Roos, crédit de la Mure /MEAE
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Pour cette rentrée du mois de septembre et dans ce contexte difficile de pandémie, nous avons souhaité donner la parole à la directrice de l'Institut Français de Roumanie, Madame Hélène Roos. Elle revient sur cette période de confinement, nous présente les futurs projets de l'Institut et nous invite à une plus grande solidarité pour avancer ensemble.

 

Grégory Rateau: Tout d'abord, parlez-nous un peu de cette expérience pénible du confinement. Comment l'Institut s'est-il adapté à cette crise sanitaire? Je pense essentiellement aux cours en ligne, aux professeurs de langues de l'Institut.

Hélène Roos: Comme tout le monde, nous avons dû nous adapter. Mon équipe a été particulièrement réactive, les professeurs qui collaborent avec l’Institut l’ont été aussi. Il y a eu quelques jours de réflexion nécessaires pour voir comment nous pouvions continuer notre activité et la retranscrire en ligne.  Nous avons très vite réalisé qu’il fallait proposer une nouvelle offre. Nous avons mis en place des cours en ligne pour les adultes et ensuite pour les enfants et les adolescents pour avoir des formats qui soient viables, interactifs et donc possibles sur le plan numérique. Des cours par Zoom, des ateliers de conversation, une plateforme d’apprentissage avec un parcours individualisé en ligne, accessible 24h/24 et un rendez-vous hebdomadaire avec nos professeurs. Nous avons ensuite développé les centres de vacances en ligne qui ont bien fonctionné et nous continuons, pour cette rentrée, à réfléchir à de nouvelles offres pour maintenir cette dynamique.

 

Votre public a-t-il évolué quelque peu suite à ces nouvelles offres?

Oui. Ce qui est intéressant c’est que nous avons dû répondre aux attentes du public qui était déjà le nôtre mais aussi prendre en compte le fait qu’à la  suite du confinement, il était nécessaire d’aller vers d’autres publics. Rétrospectivement, c’est très positif.

 

Le cinéma Elvire Popesco propose depuis quelques semaines des projections en plein air. Pensez-vous que le secteur culturel va devoir se montrer plus inventif à l'avenir pour ne pas sombrer?

Absolument. Avec le cinéma nous avons voulu faire des projections dès la fin du confinement, je crois que nous étions les premiers à le faire à Bucarest. Les conditions étaient certes limitées car il fallait prendre en compte les contraintes sanitaires mais nous y sommes parvenus. C’est l’un des exemples de la nécessité d’une adaptation du milieu culturel en cette période de pandémie. Ce milieu culturel a accompagné tout le monde pendant le confinement, il y a eu une « consommation » importante de produits culturels que ce soit les concerts, les films en ligne, … Il faut aujourd’hui que l’on soit dans cette urgence des alliances, qu'appellent de leurs vœux de grands acteurs comme le journal Télérama et Emmanuel Demarcy-Mota, le directeur du Théâtre de la Ville à Paris. Travaillons ensemble. Il est important de renforcer la solidarité et cela passe surtout par des partenariats solides. Un travail auquel nous nous employons ici : nous essayons de développer nos réseaux et de faire preuve d’inventivité comme vous l’avez si justement souligné.

 

Votre résidence dédiée aux auteurs avance je crois. Pouvez-vous nous en parler? Quels en seront les enjeux pour la Roumanie?

Cette résidence est l’illustration même de ce que l’on essaie de mettre en place pour renforcer nos partenariats. La saison France-Roumanie a permis un certain nombre d’échanges avec nos différents partenaires. « La résidence de poche » sera consacrée aux différentes formes d’écriture et elle va, à mon sens, incarner les échanges possibles entre artistes en les personnalisant davantage. L’idée est d’accueillir un artiste à la fois et pour une durée de quelques semaines. La rotation sera assez rapide pour permettre à des artistes français et roumains de pouvoir profiter de ce lieu en plein cœur de Bucarest et des réseaux que l’Institut pourra leur apporter. Des conditions de travail idéales pour qui veut s’isoler pour écrire, pour créer. L’isolement ne doit pas être total, le contact avec les milieux culturels sera largement encouragé sur place mais aussi avec nos différentes antennes un peu partout dans le pays. Nous soutenons déjà au travers de nos partenariats des résidences, par exemple début septembre nous nous associons à une résidence qui s’appelle « PUSTNIK », et une jeune scénariste française sera l’une des bénéficiaires pour finaliser son premier film. Nous finançons aussi l’intervention d’un expert français qui sera l’un des tuteurs de cette résidence. Par ailleurs deux commissaires d’exposition roumaines de Timisoara et Bucarest participeront cet automne à un « focus arts visuels » dans le cadre de la biennale Manifesta à Marseille. L’Institut français permet chaque année à des décideurs de se rendre en France pour enrichir leur programmation, élargir leurs réseaux et bien sûr montrer leur travail. L’appel que je lance, c’est que les différentes résidences artistiques puissent œuvrer ensemble à renforcer leurs réseaux et venir ainsi défendre et promouvoir la culture européenne et sa diversité, particulièrement maintenant, en cette période de crise.

 

Je me souviens qu'à votre arrivée vous nous aviez parlé de votre intention de coordination entre les différentes antennes en province mais aussi entre vos différentes équipes. Etes-vous satisfaite du travail en commun que vous avez effectué ensemble ?

Je suis extrêmement fière du travail effectué par nos équipes. Depuis le début, nous échangeons des idées, l’objectif étant de travailler main dans la main, de s’entre-aider. Le confinement a montré qu’il est plus que nécessaire de mettre en avant nos complémentarités. Nous avons eu beaucoup d’échanges en ligne durant cette période, des réunions régulières entre nos différentes antennes sur les questions culturelles mais aussi sur l’organisation des cours et la programmation cinéma. Nous allons continuer à valoriser notre réseau qui est notre force. Cela est possible car nous avons des équipes formidables qui ont su se réadapter. Je reprends l’exemple des cours. Le numérique nécessite une harmonisation des différentes offres entre nos antennes. Cela a constitué un gros travail qui a été mené par les différents responsables des cours en juin-juillet, un travail intense pour permettre d’être prêts en cette rentrée avec l’offre la plus moderne et la plus accessible possible.

 

Que proposez-vous pour cette rentrée?

Le programme est riche et varié malgré les contraintes sanitaires. Nous souhaitons mettre l’accent sur nos partenariats. Dès le mois d’août, nous avons mis en avant notre soutien au prestigieux concours Enescu qui vient de débuter avec une édition un peu particulière : une phase en ligne pour les épreuves de présélection, puis, nous l’espérons, une phase présentielle en mai. Nous allons aussi recevoir une mission d’une équipe de Radio Nova qui, pendant le confinement, avait déjà accueilli sur ses ondes quelques heures Radio Guerrilla. Cette équipe viendra en Roumanie pour développer ses contacts. Nous sommes également partenaires de Romanian Design Week, nous souhaitons passer des accords-cadres pour renforcer notre coopération avec la bibliothèque nationale de Roumanie ou encore avec le Théâtre de la Ville de Paris avec qui nous avions initié en février dernier un programme de promotion des initiatives de jeunes. Nous allons  soutenir les grands festivals de cinéma de la rentrée : « Le festival One World România » qui a commencé il y a quelques jours, nous  accueillerons et soutiendrons, comme chaque année « Les films de Cannes à Bucarest » organisés par Cristian Mungiu. Nous allons également devoir nous réinventer pour « Le festival du Film Français » qui débutera finalement le 23 septembre, avec un programme notamment en plein air, une édition inédite qui continuera à associer de nombreuses villes en Roumanie. D’autres évènements pour les enfants et les adolescents sont prévus à Timisoara, par exemple, avec « La maison des lutins ». « La journée européenne des langues » valorisera le travail fait en commun avec nos partenaires du cluster EUNIC - le réseau des instituts européens en Roumanie, dont nous assurons cette année la présidence avec le Goethe-Institut. « L’Atrium artistique », cette scène ouverte pour laquelle nous avions fait un appel d’offre au printemps et que l’on avait dû repousser à cause du confinement verra le jour. Pour finir, il y aura le prolongement de ce très beau concours de chansons francophones « FrenchMania », parrainé par des artistes  comme Cali, Keo et Alexandra Ungureanu et la production d’un clip vidéo dans lequel participeront les gagnants.- nous avions dû transposer ce concours en ligne au printemps et cela nous a permis de toucher d’autres publics, avec pas moins de 300 000 vues sur internet. Nous maintiendrons notre effort en matière de coopérations éducative et universitaire avec nos programmes à destination des écoles bilingues et des filières francophones. La solidarité est également au cœur de nos préoccupations : nous avons choisi de soutenir 14 ONG qui jouent chacune un rôle déterminant pour l’insertion sociale, et en temps de crise, leur rôle est crucial pour de nombreuses personnes.

 

 

 

Au programme:

La 24ème édition du Festival du Film Français aura lieu entre le 23 septembre et le 4 octobre 2020 et présentera au public roumain 18 films français inédits dans 8 villes du pays (Bucarest, Cluj-Napoca, Iasi, Timisoara, Arad, Brasov, Braila, Suceava). Elle se déroulera sous la devise «Le film français au féminin», mettant en valeur des cinéastes françaises de la jeune génération ou plus connues, des comédiennes françaises de toutes les générations et surtout sur les films qui parlent des femmes en ce début de 21ème siècle.
 

L’Institut Français de Roumanie fait une rentrée spectaculaire, avec un mois de septembre très riche, malgré les contraintes sanitaires. Au programme : le Festival du Film Français, la mise en œuvre du projet Atrium artistique qui transformera le cœur de l’Institut Français en scène ouverte pour les plasticiens, les photographes, les danseurs et les musiciens, l’inauguration de la Résidence d’écriture, la Résidence de poche, véritable pôle d’échange entre les artistes français et roumains. Les antennes de l’Institut joueront aussi la carte de la proximité avec le public en proposant une série d’expositions dans notre « Cave » à Cluj (photographies d’Ovidiu Komlod ou de l’association Stea, des rencontres de poésie urbaine « Au fil des Mots » à  Iasi (20 – 25 septembre) ou encore le festival « La Maison des lutins » à Timisoara du 19 au 20 septembre. L’IFR ouvre également les inscriptions (au 21 septembre) pour les cours annuels enfants et adolescents 2020-2021 et poursuit les cours intensifs ainsi que les Ateliers de conversation pour les adultes et pour les ados.
 
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Grégory Rateau

Rédacteur en chef et directeur du média LePetitJournal.com/Bucarest, ancien chroniqueur à RRI, poète et écrivain
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