La réélection d’Emmanuel Macron vue par la presse allemande

Par Emma Voglimacci Stephanopoli | Publié le 03/05/2022 à 10:53 | Mis à jour le 03/05/2022 à 11:23
Photo : © France Diplomatie - MEAE
Emmanuel Macron au Parlement Européen

Ce n’est pas une surprise, la presse allemande a réagi avec soulagement à la réélection d’Emmanuel Macron. En revanche, la montée de l’extrême droite génère un certain malaise.

 

Le rassurant européiste Emmanuel Macron

« Un dernier gros Ouf » titre Die Welt face aux résultats du second tour des élections où Emmanuel Macron décroche à nouveau la présidence avec 58,54 % des suffrages contre 41,46 % de Marine Le Pen. L’Allemagne souffle de soulagement. Celle qui s’oppose encore fermement à l’extrême droite, contrairement à la majorité des pays européens où cette dernière monte dans les urnes, est soulagée. « Si Le Pen avait gagné, cela aurait été la plus grande victoire de Poutine sans effusion de sang. L'UE serait à bout, l'Allemagne sans son partenaire le plus important, les armes nucléaires entre les mains d'un poutiniste et nationaliste » écrit le Spiegel.
Emmanuel Macron apparaît comme le sauveur de l’Union, lui qui est qualifié par le même journal comme le « leader incontesté de l’Union Européenne » ou par le Tagesspiegel comme « l’ami de l’Europe ». Dans le contexte de la guerre ukrainienne, les Allemands sont d’autant plus rassurés par la présence d’un chef d’état qui compte maintenir la ligne d’action européenne.

 

Toutefois, la presse a conscience que c’est le dernier mandat d’Emmanuel Macron et qu’en 2027, le Rassemblement National pourrait accéder au pouvoir. « Tout s'est bien passé? Non, Le Pen a encore augmenté de manière significative » résume Cristophe Von Marshal dans le Tagesspiegel.
Le Frankfurter Allgemeine Zeitung enfonce le clou, en qualifiant Marin Le Pen d’une « perdante radieuse ». En bref, le score de plus de 40 % de Marine Le Pen au second tour laisse les Allemands la bouche grande ouverte et les yeux cernés d’inquiétude. Les Français sont-ils maintenant d’extrême droite ?

 

Anti-macronisme ou adhésion aux idées d’extrême droite ?

Le Süddeutsche Zeitung se demande si un candidat d'extrême droite au second tour des élections fait désormais « partie du folklore politique français », « tout comme l'incendie de voitures et les grèves des cheminots » écrit Nadia Pantel. Tandis que le Zeit demande des comptes, « le grand succès de Le Pen doit amener à se demander comment la France se voit en termes d'appartenance et de racisme. »

 

D’autres ont toutefois rappelé avec justesse que la progression de Marine Le Pen est aussi teintée d’anti-macronisme et d'abstentionnisme. La victoire de Macron a tout de même été permise par un front républicain certes éprouvé par la colère et l’abstention, mais néanmoins victorieux. « Macron gagne, mais n'a pas grand-chose à célébrer.[...] Des millions de Français ont voté pour Le Pen ou sont restés à l'écart parce qu'ils ne veulent absolument pas de Macron, même s'ils ne sont pas de droite » écrit le tabloïd Bild. Le Tagesspiegel résume l’idée en reprenant le terme critique de Jean-Luc Mélenchon, « La « monarchie présidentielle » de Macron n'a survécu que faute d'alternatives. »

 

L’attente des législatives

Maintenant, le cap des médias allemands est tourné vers les législatives. Le Tagesspiegel rappelle de façon amusante, qu’en France «  la règle suivante s'applique : après l'élection, c'est avant l'élection. » La presse observe avec inquiétude la possibilité que le Rassemblement Nationale obtienne une majorité au parlement, et regarde avec interrogation la tentative d’union de gauche autour de l’Union Populaire de Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier souhaite gagner les élections pour mettre en place une cohabitation qui l’élirait premier ministre. Il reste à voir si Emmanuel Macron réussira à convaincre les Français que son second mandat sera celui d’un renouveau politique, bien qu’il n'ait encore donné que très peu d’informations sur la question, entretenant un flou. Affaire à suivre.

 

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Emma Voglimacci Stephanopoli

Étudiante à Sciences Po Lille, elle rejoint l'équipe du Petit Journal de Berlin en février 2022, prête à découvrir la ville, ses habitants et sa communauté d'expatriés francophones !
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Emma Granier

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