JO 2022: quelle position pour l’Allemagne et la France face au boycott diplomatique ?

Par Ludovic Tölg | Publié le 10/02/2022 à 12:15 | Mis à jour le 10/02/2022 à 14:27
Photo : © Vytautas Dranginis - Unsplash
Discothèque le pacha à Barcelone

Les JO d’hiver 2022 ont débuté vendredi dernier à Pékin. Dans un contexte politique tendu, Paris et Berlin devaient se prononcer sur leur participation au boycott diplomatique de l’évènement.

 

Des Jeux pointés du doigt

Fin 2021, plusieurs pays dont les Etats-Unis, le Japon, l’Australie ou encore le Royaume-Uni ont annoncé un boycott diplomatique des Jeux Olympiques d’hiver 2022. Aucun représentant officiel ne sera envoyé à Pékin, mais les sportifs pourront tout de même participer aux différentes compétitions.

 

Lors de la cérémonie d’ouverture vendredi dernier, l’allemand Thomas Bach, président du Comité International Olympique, a tout de même rappelé l’importance des évènements sportifs, en réaction à ce boycott :

 

J’en appelle à toutes les autorités politiques du monde entier à respecter la trêve olympique. Donnez une chance à la paix.

Ce boycott diplomatique fait suite aux violations des droits humains par la Chine et la menace qu’elle fait peser sur ses voisins. L’Etat chinois est accusé d’exploiter et d’emprisonner plusieurs milliers de Ouïgours, minorité musulmane dans le sud-ouest du pays. La France vient d’ailleurs de reconnaître le "génocide" des Ouïgours par la Chine.

Il est aussi reproché au président chinois Xin Jinping d’avoir réprimé puis interdit les manifestations pro-démocraties à Hong-Kong. Enfin, la menace d’une invasion chinoise à Taiwan est un argument supplémentaire avancé par les Etats qui participent au boycott diplomatique.

 

D’autres voix se sont aussi levées contre l’impact négatif que ces JO ont sur l’environnement. Dans une région où il ne neige pas en février, de la neige artificielle a été déployée grâce à des systèmes de canon et de générateurs de neige sur les pistes de ski. Ces systèmes demandent beaucoup d’eau mais aussi l’usage de produits chimiques pour éviter que la neige ne fonde. Pour la géographe Carmen de Jong, "organiser des JO dans cette région est une aberration". Elle poursuit : "Nous sommes dans une région déjà en pénurie d’eau, c’est le problème principal. Selon des calculs très conservateurs, sur les dix sites de compétition de neige, à raison de 10.000 m³ de neige par hectare, il faudrait à peu près deux millions de m³ d’eau".

 

 

L’échec d’une réponse européenne

En décembre dernier, la ministre des Affaires étrangères allemande Annalena Baerbock estimait que les JO ne devaient pas être l’occasion de "faire de la politique" et qu’il s’agissait uniquement d’une compétition sportive. Quelques semaines après cette déclaration, la ministre allemande est revenue sur sa position : l’UE doit apporter une réponse définitive à la question du boycott diplomatique, en concertation avec les Etats membres. Côté français, Emmanuel Macron affirmait que le boycott diplomatique était "une mesure toute petite et symbolique".

 

Lors d’une conférence de presse avec le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian le 9 décembre 2021, Annalena Baerbock a également rappelé le cas de Peng Shuai, la joueuse de tennis chinoise disparue en novembre dernier après avoir accusé un ancien dirigeant communiste d’agression sexuelle. Pour la ministre allemande, l’UE devait tenir compte de cette affaire pour se prononcer.

 

Finalement, aucune réponse européenne commune n’a été trouvée quant à la question d’un éventuel boycott diplomatique. De leur côté, la France et l’Allemagne ont donc décidé de leur refuser le boycott.

 

Mais pourquoi ce refus, puisque les gouvernements allemands et français, mais aussi les partis d’opposition, dénoncent depuis plusieurs mois maintenant les agissements chinois ? La dépendance de l’UE vis à vis de la Chine, en terme d’échanges commerciaux, pourrait expliquer ce non-alignement.

 

Il faut dire que l’UE (et l’Allemagne en particulier), dépendent très fortement de la Chine en matière commerciale. Berlin et Paris sont conscients qu’un éventuel boycott aurait eu un impact direct sur les relations commerciales entre l’UE et la Chine. Les industriels allemands craignaient d’ailleurs cette idée.

La Chine est en effet le premier partenaire du "made in Germany" depuis plusieurs années maintenant. L’Allemagne bénéfice des très nombreuses importations chinoises de voitures, matériel chimique ou de capitaux technologiques. A la tête de la fédération patronale de l’industrie (BDI), Siegried Russwurm déclarait : "Notre politique a toujours été de voir deux dimensions : bien sûr, une discussion sur les valeurs, mais la deuxième dimension, ce sont nos intérêts économiques. Les deux dimensions existent, elles ne sont pas totalement indépendantes l'une de l'autre. Nos attentes envers le nouveau gouvernement est qu'il prenne en compte ces deux aspects."

Même si les enjeux commerciaux importants n’expliquent pas entièrement le non-alignement de la France et de l’Allemagne, c’est un élément qui participe de ce renoncement au boycott diplomatique.

 

 

Malgré tout, des déplacements officiels annulés

La France et l’Allemagne ont donc refusé le boycott. Cependant, Annalena Baerbock ne se déplacera pas à Pékin pour ces Jeux. Il s’agit selon elle d’une décision personnelle et non politique. De son côté, la ministre chargée des sports en France, Roxana Maracineanu, avait prévu de se rendre à Pékin du 11 au 15 février prochain. Mardi dernier, elle a été testée positive au COVID-19. Elle ne fera donc pas le voyage en Chine.

 

 

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Ludovic Tölg

Etudiant de Strasbourg et en Erasmus à Berlin, Ludovic a rejoint la rédaction de Berlin en février 2022. Il joue du violon et est passionné de sport.
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Emma Granier

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