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Guerre en Ukraine : les expatriés manifestent leur soutien aux ukrainiens à Malaga

Par Laure Linot | Publié le 13/03/2022 à 23:49 | Mis à jour le 14/03/2022 à 12:58
Photo : Manifestation en soutien à l’Ukraine à Malaga (Laure Linot)
Manifestations pro-Ukraine Malaga

Au 18e jour de guerre en Ukraine, alors que les combats s’intensifient, environ 300 personnes se sont rassemblées ce dimanche 13 mars Place de la Marine à Malaga. Issus d’une dizaine de nationalités différentes, les manifestants sont venus montrer leur soutien au peuple ukrainien face à l’invasion russe de Vladimir Poutine.

Les mines sont graves. Les oreilles attentives. Face aux ukrainiens qui se succèdent pour scander leur discours dans le haut-parleur, les manifestants se dressent côte à côte, parfois main dans la main. Formant un cercle, ils semblent faire corps. Place de la marine, aux côtés du jaune et bleu prédominants du drapeau ukrainien, de multiples couleurs se détachent rapidement du regard. Allemands, Russes, Canadiens, Anglais, Américains, Ecossais, Italiens, Polonais, Norvégiens, Honduriens et Français : tous sont venus clamer leur opposition à la guerre qui sévit en Ukraine.  Avec comme seule arme, un drapeau à la main.

 

Des francophones parmi les manifestants

Au milieu de cette ronde de drapeaux, les bandes blanches et noires d’un étendard Breton se dessinent.

Chantal Louhou
Chantal et son mari

Pour Chantal Louhou, il était impensable de ne pas venir manifester à Malaga. Née à Concarneau, mariée avec un espagnol, cette bretonne vit depuis 20 ans sur la Costa del Sol. «Je vois les images de cette guerre à la télévision et c’est horrible ce qu’il se passe.  Cette guerre nous concerne tous, c’est un événement mondial.

Aujourd’hui, je porte le drapeau breton car je voulais montrer que la France aussi, est solidaire de l’Ukraine. » Chaque soir, après son travail, cette professeure d’anglais et son époux Manuel se rendent dans les centres de collecte de la ville pour donner un coup de main à l’association d’ukrainiens de la Costa del Sol, maydAn malaga.

On ne peut pas rester ici les bras croisés, sans rien faire

Ils trient les vivres et les vêtements récoltés avant leu renvoi en Ukraine. « C’est fondamental de suivre ce que te dicte ta conscience », explique son époux, Manuel.

“Soy ruso, no a la guerra, fuera Putler”, “stop war”, Polands suport Ukraine”. En face du Muelle uno, les pancartes aussi, reflètent toutes les langues. A quelques pas de Chantal, une autre francophone est venue soutenir le peuple ukrainien. Paula Melbourne, une canadienne, a épinglé sur son pull un ruban bleu et jaune fabriqué par sa mère.

Paula Melbourne
Paula Melbourne, Place de la Marine à Malaga (Laure Linot)

Agée de 75 ans, sa mère Gillian n’a pas pu se rendre à la manifestation depuis Torrox, ville où elle réside, mais elle a tenu à coudre une dizaine de rubans pour montrer sa solidarité  avec l‘Ukraine. « Je suis une citoyenne du monde », explique Paula Melbourne. « J’ai de la famille aux quatre coins du globe : je vis en Espagne avec ma mère, mes deux sœurs sont au Canada et ma grand-mère habite en Angleterre. Cette guerre en Ukraine, c’est un vrai désastre. Pour moi, cette manifestation, c’est un cri international : tous ensemble, quelques soient nos nationalités, nous voulons montrer que nous sommes beaucoup plus forts et que nous pouvons isoler Poutine ! »

Les expatriés se mobilisent à Malaga

Cette mobilisation internationale, c’est en partie à Mickael Soffe qu’on la doit. Ce britannique -

Mickael Soffe
Mickael Soffe

qui se définit « avant tout comme un européen » - a créé en 2014 la page Facebook « Expat in malaga city » : elle compte aujourd’hui plus de 8000 personnes et 60 nationalités.

Il y a 2 semaines, au début de l’invasion de Russie en Ukraine, Mickael Soffe s’est ému de la faible participation lors des rassemblements au centre ville de Malaga. Il a donc décidé d’unir ses forces avec l’association d’ukrainiens maydAn malaga et de mobiliser les expatriés sur les réseaux sociaux. Pour lui, cela représente plus qu’un simple appel à la solidarité. La détresse du peuple ukrainien, il l’a lui-même vécue.

J’ai été un réfugié, je sais ce que cela représente de devoir fuir un pays à cause de la guerre

Il témoigne : «Je suis né au Nigéria, et quand la guerre avec le Biafra a éclaté dans les années 60, les bombardements frappaient juste à côté de ma maison. J’ai été évacué en Côte d’ivoire par un hélicoptère français, avant de rejoindre l’Angleterre. »

Les premiers réfugiés sont arrivés à Malaga

Les Ukrainiens forment une importante communauté à Malaga. Ils sont plus de 11 000 à vivre et travailler dans cette province de la Costa del Sol. Depuis l’invasion russe en Ukraine le 24 février, les premiers réfugiés ukrainiens commencent à arriver. « Ils sont environ 200 à avoir fait le trajet jusqu’à Malaga depuis le conflit », explique  Maryana, la secrétaire de l’association d’ukrainiens de la Costa del Sol, maydAn malaga. Mais ces chiffres ne sont pas définitifs, car beaucoup sont venus rejoindre leur famille par leurs propres moyens, sans s’être enregistrés ».

A côté d’une pancarte « Putin stop ! », c’est l’émotion de Celia Sicsu qui est perceptible.

Celia Sicsu Sarah Malaga Plaza de la Marina
Celia Sicsu serrant Sarah dans ses bras (Laure Linot)

En sanglots, elle serre dans ses bras une jeune femme blonde. Cette espagnole vient de recueillir Sarah, une ukrainienne de 38 ans, et son fils de 10 ans. Elle ne parle pas ukrainien, mais elle se considère déjà comme faisant partie de la famille de Sarah. « Mon mari dit que nous sommes leur abuela  et abuelo », explique-t-elle, les larmes aux yeux. 

 

On ne peut pas laisser faire ce qui est en train de se passer en Ukraine, c’est impensable !

Pour Celia Sicsu, devenir famille d’accueil était une évidence. « On a de la chance car toutes les procédés administratifs ont été facilités par le gouvernement espagnol. Les démarches sont simplifiées, et normalement le fils de Sacha pourra bientôt intégrer une école de Cartama. A son arrivée au village, les enfants ont accueilli le petit garçon en l’applaudissant, avant de jouer au foot avec lui. Il était très heureux ! » Comme Celia Sicsu, plus de 270 familles se sont portées volontaires pour accueillir des Ukrainiens dans la province de Malaga.

La province de Malaga reste très mobilisée

Malaga ne veut pas baisser les bras. Maryana Kasiv, Secrétaire de l’association maydAn malaga, explique que les manifestations contre Poutine et la guerre en Ukraine vont continuer chaque week-end à 12h Place de la Marine, pour que la pression ne se relâche pas. Mais les rassemblements de 17h du lundi au vendredi, eux, prennent fin : « Nous avons un cruel besoin de bénévoles dans nos points de collecte », explique Maryana Kasiv. « Plutôt que d’organiser des rassemblements en semaine, on essaye désormais d’inviter les personnes volontaires à nous aider dans nos points situés en face de Leroy Merlin ou à la base de Santa Cruz. » Avant d’ajouter : « Nos besoins sont tellement grands, que nous venons d’ouvrir une nouvelle option de contribution financière : les gens peuvent désormais faire une donation sur notre page Facebook afin d’acheter des médicaments ou des garrots, que nous devons commander par milliers. »

 

La mobilisation de l’Union des Français de l’Etranger se poursuit également. A Benalmadena, du mardi au jeudi, des points de collecte sont organisés en collaboration avec l’association maydAn malaga. Pour la présidente de l’UFE Andalousie, Isabelle Betton, l’entraide continue.

 

Laure Linot

Laure Linot

Journaliste web pour l’édition LePetitJournal.com/Andalousie, spécialiste des Médias et de l’Education, passionnée par la culture franco-espagnole. Entre France et Espagne, suite à une carrière de 17 ans comme journaliste et reporter à France Télévisions.
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