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Manifestation "Non à la guerre en Ukraine" : témoignages depuis Valence

Par Lepetitjournal Valence | Publié le 02/03/2022 à 10:35 | Mis à jour le 02/03/2022 à 12:56
Photo : Manifestation contre la guerre en Ukraine à Valencia / Olivier Bénier
Un drapeau bleu et jaune dans les mains d'une personne

Depuis le 24 février, alors que les combats s’intensifient en Ukraine, des milliers de personnes se sont mobilisées en Espagne pour soutenir le peuple ukrainien. Parmi les manifestants, des Espagnols et des Ukrainiens, bien sûr, mais aussi de nombreux étrangers venus témoigner leur soutien et dire non à la guerre. La peur se lisait sur les visages. La colère et la détermination aussi. Nous avons recueilli quelques témoignages bouleversants ce samedi, Plaza de la Virgen à Valence. 

 

Inquiétude et détermination à lutter pour la démocratie

L’inquiétude est palpable ce samedi, Plaza de la Virgen. Vita, une jeune Ukrainienne vivant à Valence, est très préoccupée pour sa famille qui est à Kiev : "Je suis en contact permanent avec ma famille, malheureusement, ils ne sont pas tous ensemble et ne peuvent pas quitter le pays", explique la jeune femme. "J’ai envoyé une vidéo de la manifestation à ma mère qui est en ce moment même barricadée dans son appartement", nous confie-t-elle.

Des manifestants rassemblés sur une place
Photo : Manifestation Plaza de la Virgen, à Valencia / Olivier Bénier

Originaire de Kiev elle aussi, Yulia nous raconte que des voisins de sa famille ont aménagé un parking pour cacher leurs enfants. L’une de ses amies dort dans sa voiture et sort pour prendre l'air "entre deux bombardements". "Nous prions pour un miracle, mais ce qui est sûr, c’est que personne ne veut se rendre", assure-t-elle. 

Le fils d’Oksana, une Ukrainienne "protégée par l’Etat espagnol", a 20 ans et vit à Ternopil, une ville à l’ouest de l’Ukraine. Il se prépare à défendre son pays envahi, nous apprend sa mère. "Moi aussi, je suis fière d’être Ukrainienne et je veux aller en Ukraine pour me battre. Nous vaincrons !", affirme-t-elle. Même souhait mêlé d’angoisse pour une autre Yulia : "Je n’ai pas de nouvelles de ma famille. Personne ne veut la guerre, mais il n’y a qu’un seul avenir pour l’Ukraine et il est libre et démocratique. Nous sommes prêts à prendre les armes pour défendre cet idéal".

une femme debout le poing levé
Photo : Une manifestante contre la guerre en Ukraine / Olivier Bénier

 

Sidération et colère face à la guerre

Née en Crimée, "là où tout a commencé", Yulia a dû fuir un "État policier" où régnait la terreur et a pu trouver refuge en Espagne. Il y a quelques jours, les souvenirs de la guerre sont revenus la hanter. Elle s’est réveillée en plein cauchemar quand elle a vu les chars d’assaut russes franchir la frontière : "C’était comme si l’ombre de Poutine était toujours là et me poursuivait".

Il n’y a qu’un seul avenir pour l’Ukraine et il est libre et démocratique.

"Je crois que nous savions qu’il existait cette probabilité, mais nous ne voulions pas voir la réalité en face", confesse Monica, une Valencienne venue soutenir "la démocratie et l’Ukraine". "J’espère que le conflit ne va pas se répandre dans toute l’Europe comme une traînée de poudre… De toute façon, je suis certaine qu’il y aura des conséquences économiques, sociales, alimentaires et énergétiques pour tout le monde"

Une inquiétude aussi partagée par Liliya. Pour cette adolescente d’origine ukrainienne qui a grandi à Valence, il y avait des rumeurs concernant une possible invasion mais "cela paraissait invraisemblable". Ses amis européens qui vivent en Ukraine n’y croyaient pas non plus. Les ambassades leur avaient dit de quitter le pays mais eux ne voulaient rien entendre. Aujourd’hui, ils fuient l'Ukraine et sont injoignables. "On a tous peur, car si les Russes entrent dans les pays baltes, c’est la guerre totale", s'exclame-t-elle, les larmes aux yeux.

Des personnes avec un drapeau bleu et jaune
Photo : Le drapeau ukrainien Plaza de la Virgen, à Valencia / Olivier Bénier

 

Une tragédie pour l’Ukraine et la Russie

Aleksey est russe et sa femme Elena, ukrainienne. Le couple vit à Valence. Depuis 2011, Aleksey fait partie d’un mouvement anti-Poutine et est aujourd'hui en état de choc. Il y a quelques jours encore, tout était calme. Ses beaux-parents devaient lui rendre visite. Maintenant, on vient de lui annoncer que les tanks sont entrés à Mikhailovka, là où ils vivent. "La Russie fait verser le sang d’un peuple frère et s’est mis à dos le monde entier", ajoute-t-il, ne pouvant contenir sa colère.

"Je suis Russe et aujourd’hui j’ai honte de le dire !", renchérit Sergei. "Contrairement à ce que prétend la propagande d’État, les Russes ne soutiennent pas Poutine majoritairement. Ils ont juste peur de protester et ne veulent pas finir en prison", se lamente-t-il. Quant aux va-t-en-guerre, ils existent, concède Sergei : "Ils sont complètement endoctrinés par les médias et pensent vraiment que la Russie est en train de sauver l'Ukraine"

Sergei constate que le pouvoir est devenu totalement paranoïaque. Il nous donne l’exemple récent de cet adolescent de 16 ans condamné à cinq ans de prison, parce qu’il a fait exploser un bâtiment du FSB sur le jeu vidéo Minecraft. "Aujourd’hui, il est grand temps de se réveiller ! De jeunes Russes et Ukrainiens meurent pour une guerre qu’ils n’ont pas choisie"

Emily, une étudiante polonaise, est impressionnée par le comportement de Zelensky, l’actuel président de l’Ukraine, qui a été "si souvent moqué mais qui se comporte en homme courageux et digne". Soutenir l'Ukraine était une évidence pour elle. Tout comme Yulia, cette jeune Ukrainienne installée à Valence dont la grand-mère de 82 ans s’est réfugiée dans une cave pour se mettre à l’abri des bombardements : "Avant le 24 février, notre pays était beau. Il y avait des problèmes mais nous pouvions les résoudre seuls. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est du fascisme".

Deux manifestants avec des affiches
Photo : Des manifestants protestant contre l'invasion en Ukraine / Olivier Bénier

 

Un futur incertain 

Carmen, une Valencienne engagée dans les luttes sociales, n’en est pas à sa première manifestation. Elle est venue partager sa ferveur militante et crier haut et fort ce qu’elle pense de cette invasion : "La Russie devrait être la Russie de Dostoïevski ! Pas celle d’un tyran ! En Espagne, il y a énormément d’Ukrainiens et nous les considérons comme nos frères. Nous les recevrons à bras ouverts".

Il n’y a pas un seul endroit d'Europe où l’on est à l’abri. Ce soir, mon coeur pleure de tristesse pour le peuple ukrainien.

Pour Volodymyr, un Ukrainien vivant à Londres qui était de passage à Valence : "Les personnes qui défendent l'Ukraine ne défendent pas seulement un pays, mais aussi les principes démocratiques européens. Le futur de l'Ukraine est le futur de l’Europe". C’est également ce qu’estime Vlado, né en Tchécoslovaquie et dont la famille est d’origine gréco-hongroise : "Nous avons vécu le même scénario dans mon pays le 21 août 1968 (NdlR : Invasion de la Tchécoslovaquie par le Pacte de Varsovie). Trente ans avant, c’était l'Allemagne nazie. Il n’y a pas un seul endroit d'Europe où l’on est à l’abri. Ce soir, mon coeur pleure de tristesse pour le peuple ukrainien".

Une femme en train de manifester avec deux pancartes bleues et jaunes
Photo : Une manifestante valencienne / Olivier Bénier

Des larmes coulaient sur beaucoup de visages pendant la manifestation. Mais sur des visages qui ne baissaient pas les yeux, bien déterminés à rester libres et à choisir leur destin.

 

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