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Classement Forbes 2026 : les entreprises à la meilleure réputation en Espagne

Banques, cabinets de conseil, industriels, marques du quotidien… Le classement Forbes Best Reputation 2026 dessine une cartographie très concrète du pouvoir économique en Espagne. Derrière les résultats financiers, il révèle surtout quelles entreprises inspirent confiance, attirent les talents et imposent leur récit dans un pays en pleine transformation.

Barcelona - Torres La CaixaBarcelona - Torres La Caixa
@Zarateman, CC0, via Wikimedia Commons.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 12 janvier 2026

« Esse est percipi » : être, c’est être perçu. En lançant son nouveau palmarès Forbes Best Reputation 2026, Forbes Espagne remet au goût du jour la formule du philosophe George Berkeley… et rappelle surtout une chose : en 2026, la réputation n’est plus un vernis. C’est un capital. 

 

CaixaBank, entreprise à la meilleure réputation en Espagne en 2026

CaixaBank s’impose en tête du classement, sacrée entreprise à la meilleure réputation d’Espagne en 2026. Forbes salue une recette bien rodée : des résultats solides, un leadership lisible, une gouvernance sans coups d’éclat, et une course assumée à l’IA et à la digitalisation. Le tout enveloppé d’un discours devenu incontournable sur l’« utilité sociale » : formation, ancrage territorial, culture, mécénat.

Traduction : une banque qui avance sans brusquer, promet de tenir la barre quand le vent tourne et revendique une modernisation sous contrôle. Dans un paysage politique et réglementaire mouvant, cette sobriété stratégique fait mouche : elle rassure les uns, séduit les autres, et installe CaixaBank dans un rôle de valeur refuge.

 

CaixaBank élue meilleure banque pour les particuliers en Europe et en Espagne

 

L’étude Forbes est réalisée par Enigmia et se concentre non pas sur la visibilité brute, mais sur la qualité réputationnelle des mentions médiatiques : seules les informations avec un contenu réellement “réputationnel” sont retenues (leadership, gouvernance, innovation, performance, durabilité…), grâce à des modèles d’IA et d’analyse sémantique. Cinq critères sont ensuite pondérés (efficacité réputationnelle, leadership sectoriel, pertinence relative à l’exposition habituelle du secteur, qualité du message, volume résiduel). L’objectif : comparer des entreprises de secteurs très différents sur une base équitable.

 

Banque, conseil, industrie : les secteurs qui dominent la réputation 

À la lecture du palmarès, une évidence se dégage : en Espagne, la réputation « haut de gamme » reste l’apanage de grands acteurs systémiques, capables de tenir un récit lisible. 

La banque occupe le terrain en force — CaixaBank, Abanca, Bankinter, BBVA, Santander, Sabadell. Une surreprésentation qui confirme la tendance pointée par Economía 3 : le leadership réputationnel se déplace vers des institutions à fort ancrage national, dont le discours s’articule autour de la stabilité, de la prudence et d’une influence sociale assumée. Après les secousses de la décennie passée, la banque se refait une image patiemment, presque méthodiquement.

Viennent ensuite le conseil et les services professionnels — Accenture, Deloitte, EY, KPMG, PwC. Leur force ? Incarn­er la transformation permanente : numérique, organisationnelle, désormais cognitive avec l’IA « responsable ». Ces marques prospèrent sur une promesse simple — aider les autres à changer — qui nourrit mécaniquement leur propre capital réputationnel.

Enfin, l’industrie et les infrastructures reprennent de l’épaisseur — Airbus, Abertis, Acciona, Cosentino, Indra. Défense, souveraineté technologique, transition énergétique, sécurité des chaînes de valeur… Autant de thèmes qui redonnent à l’industrie un rôle central dans l’imaginaire économique, loin de l’image poussiéreuse qui lui collait encore à la peau il y a quelques années.

 

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Au fond, le classement raconte moins une hiérarchie figée qu’un rapport de force : celui d’entreprises devenues, par leur taille et leur récit, des repères dans une économie sous tension.

 

Marques du quotidien : exposées, mais incontournables

Le classement met aussi en lumière des entreprises de consommation courante et de distribution : celles dont la réputation se fabrique dans la vie de tous les jours : prix, service, accessibilité, cohérence des engagements. 

Ainsi, on retrouve dans la liste des noms familiers : Mercadona, Carrefour, Coca-Cola, Danone, Leroy Merlin, McDonald’s, Amazon… Ce sont souvent des marques plus “exposées”, mais aussi davantage capables d’installer une image durable… à condition de rester cohérentes.

 

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Emploi, influence, attractivité : les entreprises qui comptent en Espagne

Ce palmarès se lit aussi comme un outil de décodage très concret. D’abord parce que la réputation compte dans la guerre des talents. Une entreprise « bien perçue » s’offre un crédit de confiance au moment précis où elle demande le plus : s’adapter, bouger, se former, accepter l’IA et ses bouleversements. La bonne image ne remplace pas les conditions de travail, mais elle facilite l’adhésion quand les transformations s’accélèrent.

Ensuite parce que cette réputation agit comme un “lubrifiant” institutionnel. Elle pèse dans les relations avec les pouvoirs publics, rassure les investisseurs, crédibilise les projets sur les territoires. 

Enfin, ce classement raconte aussi quelque chose de la France en Espagne. On y croise des groupes solidement installés dans le paysage économique local : Carrefour, Danone, Veolia, Capgemini, Airbus, L’Oréal, LVMH. Autant de noms qui, pour les expatriés, ne sont pas seulement des marques globales, mais des employeurs, des partenaires, parfois des repères dans le quotidien professionnel espagnol.

 

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La notoriété, ce qui tient quand tout vacille

Le message de fond est limpide : la réputation n’est plus un simple exercice de communication. Elle agit  comme une infrastructure invisible, celle qui amortit les chocs en période de crise, fluidifie l’accès aux talents, rend l’innovation crédible et offre un peu de marge quand l’économie se crispe.

Et de fait, ce que Forbes récompense tient en une équation assez sobre : des entreprises capables de tenir un récit sans se contredire, de l’étayer par des faits — résultats, innovation, capacité d’exécution — et de l’ancrer dans une forme d’utilité. Pas seulement pour leurs actionnaires, mais pour un territoire, une société, un écosystème. Une réputation moins spectaculaire que structurante, et c’est précisément ce qui fait toute sa valeur aujourd’hui.

 

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