Fondée en 1848 par Ferdinand de Lesseps, l’Entraide est le point de départ d’une présence française à Madrid dont l’histoire reste largement à écrire. Dans cet article, l’historien Guillaume Horn plaide pour une véritable enquête historique, à la croisée des archives, des institutions et de l’émigration française.


Madrid, 1848. L’ambassadeur de France, Ferdinand de Lesseps, réunit plusieurs notables français et, avec eux, fonde une association connue aujourd’hui sous le nom de l’Entraide. Depuis, plus de 175 ans se sont écoulés. Au fil des décennies, cette association a participé à la fondation du lycée, de l’Institut français et de l’Alliance française. D’autres structures sont apparues, comme la Chambre de commerce, tandis que certaines se sont développées, à l’image de l’Œuvre de Saint-Louis.
Mais cette histoire a-t-elle déjà été écrite ? Quelques repères chronologiques ont été établis par des travaux isolés et anciens, mais, factuellement, tout reste à rechercher et à documenter.
Madrid, une autre histoire des Français d’Espagne
L’histoire des Français de Madrid s’avère pourtant riche d’intérêt, tant pour le grand public que pour le milieu scientifique. Des premières prospections montrent déjà qu’elle diffère nettement de celle des Français de Barcelone. La communauté française de Madrid se consolide notamment grâce à plusieurs Juifs français, qui marquent durablement son histoire aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, un rôle qui apparaît absent à Barcelone.
On observe aussi une implication plus précoce de l’État français dans les affaires locales. Dès 1919, la France étatise le collège français de Madrid, alors qu’un processus comparable n’intervient qu’en 1940 à Barcelone. Enfin, la puissance de l’Œuvre de Saint-Louis et de ses ramifications contraste avec le développement plus tardif de la paroisse de Barcelone, qui peine à s’implanter avant 1905.
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Une pièce manquante de l’émigration française
Au-delà de ces enjeux locaux, l’histoire des Français de Madrid contribue à une recherche plus globale, elle aussi oubliée, celle de l’émigration française. Longtemps marginalisée parce que la France est d’abord perçue comme un pays d’immigration, cette histoire complète le récit national et éclaire autrement la pluralité française. Dans cette perspective, l’étude des Français de Madrid constitue une brique fondamentale.
Les fonds d’archives sont exceptionnels, par leur volume comme par la richesse des informations qu’ils recèlent. L’histoire de cette histoire ne fait que commencer.
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