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Emploi et chômage en Espagne : ce que disent les (bons) chiffres de 2025

Travailleurs étrangers en première ligne, montée en puissance du CDI, emploi féminin à un niveau inédit, mais premiers signes d’essoufflement en fin d’année : au-delà des indicateurs flatteurs, le marché du travail espagnol poursuit sa transformation, entre stabilisation structurelle et fragilités persistantes.

travailleur ouvrier espagnol avec casque orange portant une pipe grisetravailleur ouvrier espagnol avec casque orange portant une pipe grise
@Yury Kim, pexels.
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 6 janvier 2026, mis à jour le 7 janvier 2026

L’année 2025 s’est achevée sur une nouvelle phase de créations d’emplois, confirmant la bonne tenue d’un marché du travail que beaucoup annonçaient en fin de cycle. Près de 506.000 postes ont été créés sur douze mois, pour la quatrième année consécutive, tandis que le nombre de chômeurs est redescendu à 2,4 millions, un seuil inédit depuis 2007-2008, au début de la Grande Récession. Une dynamique qui place l’économie espagnole parmi les plus vigoureuses du continent, même si les derniers mois de l’année laissent entrevoir un léger ralentissement. Analyse. 

 

Travailler en Espagne : le guide complet

 

Un nouveau record d’emplois en Espagne

Selon les chiffres publiés début janvier par les ministères du Travail et de la Sécurité sociale, l’Espagne a terminé l’année 2025 avec 21,84 millions de personnes affiliées, un niveau jamais atteint sur un mois de décembre. À plusieurs reprises, le seuil symbolique des 21,9 millions d’emplois a même été brièvement dépassé au cours du mois.

Sur un an, les effectifs de cotisants ont progressé de 2,4 %, un rythme stable par rapport à 2024. En dehors de l’année 2021, marquée par le rattrapage post-pandémie, le marché du travail espagnol enchaîne ainsi un quatrième exercice consécutif à environ 500 000 créations d’emplois, renouant avec des niveaux qui rappellent ceux du début des années 2000, avant la crise financière.

Pour l’exécutif, cette séquence favorable s’explique par la bonne tenue de l’activité économique, mais aussi par les effets de la réforme du travail entrée pleinement en vigueur au printemps 2022, dans un contexte soutenu par les fonds européens et une inflation restée relativement maîtrisée.

 

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Les secteurs qui recrutent le plus : la création d’emplois en 2025 s’est révélée relativement bien répartie, même si certains secteurs ont joué un rôle moteur : Santé : +76.370 emplois (+3,7 %). Construction : près de +57.000 (+4 %). Transport et logistique : +56.359 (+5,1 %). Éducation : +55 630 (+4 %). Les secteurs qualifiés ont aussi tiré la croissance, notamment l’information et les télécommunications (+4 %) et les activités professionnelles, scientifiques et techniques (+3,7 %). À l’inverse, le commerce et l’hôtellerie-restauration continuent de créer de l’emploi, mais à un rythme nettement plus modéré qu’en 2024.

 

 

Les travailleurs étrangers en première ligne

Autre tendance de fond : les travailleurs étrangers ont largement contribué à la dynamique de l’emploi en 2025, représentant près d’un tiers des nouvelles affiliations à la Sécurité sociale. Leur effectif frôle désormais les 3,1 millions de personnes, soit environ 14 % de l’ensemble des cotisants, un poids devenu structurel dans le fonctionnement du marché du travail espagnol.

 

Une baisse du chômage qui s’ancre dans le paysage

Côté chômage, la tendance reste orientée à la baisse pour la cinquième année consécutive. En 2025, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits a reculé de 152.000 personnes (-6 %), pour s’établir à 2.408.670 chômeurs en fin d’année, un niveau inédit depuis dix-sept ans.

Le chômage des moins de 25 ans poursuit également sa décrue et atteint un plus bas historique, avec 176.852 jeunes inscrits. Le recul s’observe dans l’ensemble des secteurs économiques, avec des baisses particulièrement marquées dans les services, la construction et l’industrie.

Sur le plan territorial, les diminutions les plus nettes en valeur absolue ont été enregistrées en Andalousie et dans la Communauté valencienne, deux régions traditionnellement plus exposées aux fluctuations du marché du travail.

 

La victoire du CDI, sous conditions

La réforme du marché du travail continue de redessiner la physionomie des contrats. En 2025, 37 % des contrats signés étaient à durée indéterminée, contre à peine un sur dix avant l’entrée en vigueur de la réforme. Dans le même temps, la part des contrats temporaires est retombée à 12,3 %, loin des niveaux observés en 2018, où elle dépassait les 30 %.

Cette montée en puissance du CDI mérite toutefois d’être nuancée. Une fraction significative des nouveaux contrats indéterminés reste à temps partiel ou de courte durée, ce qui alimente le débat sur la qualité réelle des emplois créés. À ce stade, les autorités n’ont pas encore rendu publique la durée moyenne des contrats indéfinis, un indicateur clé pour évaluer plus finement les effets structurels de la réforme.

 

Un emploi qui se féminise et se recompose

L’année 2025 se distingue aussi par un niveau inédit d’emploi féminin, avec plus de 10,35 millions de femmes affiliées à la Sécurité sociale. Une progression continue, qui s’inscrit dans une dynamique bien installée, sans pour autant modifier en profondeur l’équilibre global entre femmes et hommes sur le marché du travail.

Dans le même temps, l’emploi public a poursuivi sa croissance à un rythme proche de celui observé en 2024. Il a concentré 17,6 % des créations nettes d’emplois, une proportion conforme à son poids dans l’ensemble du salariat.

Enfin, le nombre de travailleurs indépendants atteint un nouveau point haut, avec 3,4 millions d’affiliés. La progression s’observe principalement dans des activités à plus forte valeur ajoutée, notamment les services professionnels, scientifiques et techniques, confirmant une recomposition progressive du travail indépendant.

 

Décembre 2025, un mois moins dynamique

Seule ombre au tableau : la fin de l’année 2025 a marqué un léger infléchissement. En décembre, la création d’emplois s’est révélée moins soutenue que lors des exercices précédents, avec des replis plus visibles dans des secteurs traditionnellement sensibles à la saisonnalité, comme la construction, l’industrie ou l’hôtellerie-restauration.

Sans remettre en cause la tendance de fond, ce tassement appelle à la prudence. L’attention se porte désormais sur les résultats de l’Enquête de population active (EPA), attendus fin janvier, qui permettront de déterminer si le taux de chômage espagnol est en mesure de franchir, ou non, le seuil symbolique des 10 %.

 

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