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L’Espagne sans clichés: le caractère espagnol, tellement humain !

Par Analena Maury | Publié le 03/11/2018 à 18:21 | Mis à jour le 03/11/2018 à 18:30
Photo : CC0 Creative Commons
don quijote

Analena Maury propose une série de 5 analyses pour découvrir des grands traits -mais également des aspects moins évidents- du caractère espagnol, de la vie quotidienne et des codes du monde du travail et des affaires. Deuxième épisode : "Le caractère espagnol, tellement humain !"

 

Cinquante ans après la fin de la dictature de Franco, plus de trente ans après l’incorporation de l’Espagne à la Communauté Européenne et à l’heure d’une globalisation galopante à échelle mondiale, on se demande s’il est possible de décrire un caractère espagnol, s’il a quelque chose à voir avec les traits socio-culturels hérités de son passé et de son histoire, et surtout, s’il y a lieu de généraliser, ce qui est en soi une forme d’analyse assez peu rigoureuse.

Parler du "caractère" espagnol au XXIe siècle relève donc d’une approximation qui peut être valable pour la généralité mais insuffisante pour les cas particuliers. Il s’agit, après tout, d’un pays où les différences régionales sont telles que même la forme de gouvernement respecte les "communautés autonomes" (au nombre de 17) et où coexistent des générations qui n’ont parfois en commun que le territoire sur lequel elles sont nées.

Une fois ces précautions prises, on pourrait s’aventurer à dire qu’il y a une façon d’être espagnol, de la même manière qu’il y a une façon d’être anglais ou japonais, à gros traits.

Tous les individus acquièrent, parallèlement à leur tempérament et leur personnalité, un caractère collectif issu de la socialisation dans le contexte culturel qui les a vu naître. Les codes, les coutumes, la forme de communication et la manière d’appréhender la vie et le monde sont le résultat d’un "vivre ensemble" qui diffère d’un pays à un autre et, la plupart du temps et en tout lieu, d’une région à l’autre.


Extraverti, sociable, spontané et imprévisible

Il est intéressant, bien que peu scientifique, de demander à des visiteurs étrangers ce qui les marque le plus lors d’un séjour en Espagne, au contact de ses habitants. La subjectivité de ces impressions est d’autant plus grande que chaque "évaluateur" retiendra ce qui, culturellement, diffère le plus des manières de faire et de vivre de son pays d’origine. Les horaires espagnols étonneront moins les Grecs que les Belges. Mais avant de tracer un portrait général plus sociologique, ou anthropologique, il y a sans doute quelque chose à apprendre des lieux communs qui sont superficiels, certes, mais n’en reflètent pas moins des réalités observables.

Une étude menée par HuffingtonPost.com révèle les opinions suivantes :

- Les Américains trouvent que les journées commencent trop tard en raison de la vie nocturne si caractéristique de l’Espagne, et que les choses sont en conséquence trop lentes, même s’ils apprécient la manière de vivre et de s’amuser des Espagnols.

- Les Allemands, dont on dit qu’ils critiquent l’Espagne pour son manque de productivité, n’en envient pas moins la capacité de son peuple de savoir équilibrer le travail et le plaisir, même au prix d’un niveau sonore un peu trop élevé !

- Les Italiens trouvent les Espagnols peu prétentieux et généreux mais sont perplexes quant à la quantité de jours fériés dont ils jouissent.

- Les Français apprécient la bonne ambiance, l’hospitalité et pensent qu’ils ont beaucoup à apprendre de la solidarité et la cohabitation inter-générations de leur voisin, même s’ils sont moins adeptes du bruit et d’un certain laisser-aller.


L’étude en question comprend les avis d’autres nationalités et le portrait qui se dresse, avec ses défauts et ses qualités, est, en résumé, celui d’un peuple extroverti, sociable, spontané et imprévisible.

Entre l’oubli collectif du passé et l’absence de prévision, l’Espagne semble vivre au présent et donne une impression de jeunesse et d’insouciance qui ne sont qu’apparentes car l’inconscient collectif est d’une grande richesse et foisonne de contradictions qui se vivent avec une grande naturalité. Le naturel émotif, actif et primaire est souvent déconcertant malgré son évidente extraversion et s’avère être la pointe d’un iceberg gorgé de nuances.


Solidaires mais peu empathiques

Inconstants, peu méfiants, tolérants, les Espagnols sont sujets à des explosions de joie et d’enthousiasme et des crises de colère et de désarroi aussi intenses que brèves. Individualistes mais grégaires ils se targuent d’être indépendants mais épousent des causes collectives avec plus de cœur que de cerveau. Volubiles, ils aiment leurs illusions et font preuve d’une grande imagination pour construire des visions utopiques sans véritable continuité. La réalité est souvent, en Espagne, une variable très subjective.

Solidaires mais peu empathiques, les Espagnols sont les premiers à venir en aide dans le besoin tout en étant incapables de se mettre à la place des autres. Cela semble aller de pair avec leurs indéniables générosité et hospitalité, doublées d’une forme de jalousie envers le prochain dont les réussites ou succès sont viscéralement difficiles à louer ou même admirer. On se réjouira toutefois si autrui est un proche aimé à qui on souhaite tout le bien du monde, du fond du cœur, comme il est humain de le faire, ou une célébrité dont la renommée peut, de façon complètement illusoire, rejaillir sur l’admirateur. Dans les autres cas de figure, concéder deux qualités à autrui n’est acceptable que s’il y a un moins un défaut à mettre en avant. Et se réjouir d’un triomphe devrait toujours aller de pair avec une tragédie passée, hypothétique ou envisageable. Ce n’est pas que l’on n’aime pas autrui, c’est qu’on ne lui souhaite pas plus de chance qu’à soi-même -bien qu’un récent assujettissement au politiquement correct fasse dire aux gens des choses qu’ils ne pensent pas vraiment.

Autre paradoxe, l’Espagnol est dans l’action même dans la détente. Le besoin de mouvement et "d’animation" est visible dans toutes les manifestations culturelles ou populaires et surtout dans le fait de vivre, communiquer, décider et partager dans la rue. Rester chez soi est valable pour la sieste ou les réunions familiales traditionnelles -dont ils sont, soit dit au passage, de fervents défenseurs- mais s’associe à un processus dépressif ou à un caractère de cochon si l’on refuse une proposition pour sortir, se retrouver, aller au bar, faire la fête. Cette extraversion non seulement de caractère mais aussi de comportement est une source inépuisable d’échange et la solitude a mauvaise presse, même si elle gagne du terrain dans les nouveaux modes de vie, surtout urbains.


La proximité aux autres

Mais cette extraversion reflète surtout une philosophie de vie qui semble être directement responsable du fait que l’Espagne a une des meilleures qualités de vie du monde, doublée de la seconde plus grande longévité après le Japon (1). L’Espagne peut grogner, râler, trimer, affronter des situations économiques parfois défavorables ; elle n’en perdra pas de vue pour autant le plaisir, le divertissement, la détente, la joie de vivre. Et ce n’est pas seulement le soleil ; c’est la proximité aux autres, la communication, l’ingéniosité pour vivre des bons moments que les Espagnols tentent de multiplier à tout-va. Faire contre mauvaise fortune bon cœur est une caractéristique de ce peuple.

Les contradictions multiples et permanentes des Espagnols sont ce qui les rend aussi humains. Ils peuvent se montrer indulgents envers une faute et intolérants face à une vertu, selon que l’une ou l’autre vont dans leur sens ou à leur détriment. Ils se prétendent individualistes tout en se pliant aux normes de conduite et aux convictions du plus grand nombre, donnant ainsi, à tort, l’image d’une société très conformiste, presque docile. L’horreur du ridicule les poussera à tout faire pour sauver la face tout en risquant parfois leur dignité pour un instant d’exhibitionnisme et une étincelle de notoriété.

L’Espagnol est fier et exigeant tout en étant tolérant et facile à convaincre car son âme, passionnelle mais hédoniste, le pousse à comprendre que ce qui arrive à autrui peut aussi être son lot. C’est à ces moments-là qu’il fait preuve de bienveillance et se montre dans toute son Humanité.


(1) La criminalité a un taux très bas, la violence sexiste ou conjugale existe mais à un niveau bien inférieur aux autres pays européens, c’est un pays réputé pour pouvoir voyager seul en sécurité et le taux de suicide est un des plus bas du monde.

analena maury

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Analena Maury

Bilingue français-espagnol, titulaire d’une Maîtrise en Sciences de l’Information et la Communication décernée par la CELSA - Paris Sorbonne – Paris IV, son expérience professionnelle s’étend du marketing et la communication à l’écriture et l'édition.
1 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

PedroCarlo lun 05/11/2018 - 10:36

Merci pour cette très intéressante analyse.

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