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A la recherche d’Al-Andalus. La Reconquista

Par Quentin Gallet | Publié le 28/01/2020 à 10:45 | Mis à jour le 28/01/2020 à 17:08
Photo : Remise des clefs de Grenade aux rois catholiques, peinture du XIXe siècle (image tirée du domaine public)
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Al-Andalus. Nom mystérieux qui rappelle des temps reculés mais pas oubliés. Une époque où le croissant dominait une vaste partie du pays que nous connaissons aujourd’hui. L’histoire de l’Espagne musulmane, qui court  de 711 à 1492, a toujours fasciné et divisé. A travers cette série que nous lui consacrons, nous tâcherons de vous faire revivre ces siècles de découvertes, de cohabitations mais aussi de guerres et de paradoxes. 


 

Cette semaine, nous mettons un terme à cette série dédiée à Al-Andalus avec un article sur la Reconquista qui aboutira en 1492 à la prise de Grenade et la fin de l’Espagne musulmane. 
Nous avions vu dans notre dernier article que, si Al-Andalus s’était trouvée tout au long de son histoire confrontée à des troubles plus ou moins intenses,  ceux-ci avaient culminé au XIe siècle avec la partition du califat omeyyade en une multitude de petits royaumes  plus ou moins en guerre entre eux. 

Toutefois, si la division de l’ancien califat d’Abd Al-Rahman eut un impact déterminant dans la chute, le processus capital qui aboutit à la fin d’Al-Andalus en 1492 s’appelle la Reconquista. Il convient de préciser que le terme est parfois contesté car il apporterait une légitimité de l’appétit conquérant des Chrétiens sur les territoires musulmans. Toutefois, il reste pratique dans le sens où il correspond très bien à l’idéologie des royaumes du nord de la Péninsule qui puisait sa force dans la volonté de récupérer les terres de l’Hispania (donc la province romaine devenue chrétienne tout comme le royaume wisigoth qui lui succéda). 


Toute la Péninsule est occupée ? Toute ? 

Toute ? Non. Dès les années qui suivirent la conquête de la péninsule Ibérique par Tariq et ses successeurs, le nord de l’ancien royaume wisigoth résista à l’envahisseur venu de l’autre rive de la Méditerranée. Aidés par des montagnes difficiles d’accès, les Chrétiens des Asturies échappent à la vague et sont même en mesure de lancer quelques expéditions contre les musulmans depuis leurs places fortes et ce dès le milieu du VIIIe siècle. 
C’est ainsi dans les Asturies qu’aurait eu lieu la bataille de Covadonga menée par un certain Pélage ou Pelayo en espagnol. Les archives chrétiennes glorifient cet événement qui aurait vu la défaite des armées musulmanes contre de braves Chrétiens dans les montagnes asturiennes. La résistance de Pélage aurait alors marquée un arrêt des volontés conquérantes des musulmans en direction du nord de la péninsule Ibérique. Cependant, comme tout épisode fondateur à forte dimension symbolique, la bataille de Covadonga est aujourd’hui relativisée par les historiens. Quoi qu’il en soit, le soulèvement de Pélage servira de point de repère pour une Reconquista naissante. D’ailleurs, la grotte de Covadonga est toujours actuellement un haut lieu de dévotion et de fierté patriotique.  

 

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Statue de Pélage (Pelayo) dans les Asturies (image tirée du domaine public)

 

A l’autre bout du territoire, la Catalogne est reprise aux musulmans par Charlemagne dès le début du IXe siècle, à grands peines. Ces territoires amputés d’Al-Andalus forment ce qu’on appelle la marche d’Espagne

Toutefois, en ce début de IXe siècle, Al-Andalus reste d’une puissance considérable dans la Péninsule et il faudra attendre des années 800 pour qu’Alphonse le Grand, roi des Asturies, reprennent l’offensive contre les Cordouans dans un contexte favorable. En effet, comme presque constamment dans son histoire séculaire, l’émirat en est en proie à la division entre les différentes factions qui le composent. 
Il faut préciser qu’en face aussi, la fragmentation politique est une réalité. Ainsi, il serait d’ailleurs faux de penser que, sous prétexte de se battre contre un ennemi commun, les Chrétiens présentent un front uni. La Castille, autour de la place forte de Burgos, s’autonomise peu à peu du royaume des Asturies, pionnier de la Reconquista. Du côté des Pyrénées, la Navarre émerge peu à peu. 


La Reconquista sous le califat

L’élan de la Reconquista est ralenti et même stoppé par une période faste d’Al-Andalus. En effet, dans la seconde moitié du Xe siècle, le succès des musulmans est porté par la mise en place du califat en 929 par Abd al-Rahman III et par ses successeurs qui offriront un âge d’or à l’Espagne musulmane. Il n’est d’ailleurs pas exclu que, conscients de leur infériorité militaire, les royaumes chrétiens du nord aient accepté, bon gré mal gré, une domination de fait du pouvoir de Cordoue. 

Toutefois, la paix est mise à mal. Dans sa version la plus offensive, le califat, en la personne du vizir Al-Mansour, n’est pas décidé à laisser tranquille des rebelles en puissance à son autorité. Engagé dans une guerre religieuse contre la Chrétienté, l’ambitieux vizir n’aura de cesse d’attaquer les positions et symboles chrétiens dans la Péninsule comme en témoigne le sac de Compostelle en 997. 
 

 

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Saint Jacques de Compostelle (image tirée du domaine public)


Divide et impera

Malgré tout, un retournement s’opère dès le siècle suivant. Ainsi, le morcellement d’Al-Andalus en une dizaine de taïfas au milieu du XIe siècle a certainement ressemblé à une aubaine inattendue pour les rois chrétiens. Le califat était un ennemi d’envergure mais est-ce que des royaumes divisés entre eux le seraient tout autant ? 
 

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Ferdinand Ier de Castille, tableau du XIXe siècle (image tirée du domaine public)

 

Les chrétiens ne tardent pas à passer à l’offensive. Ferdinand Ier, roi de Castille et Léon, entame le premier une véritable reconquête des territoires islamisés avec notamment la prise de Coimbra (Portugal actuel) en 1064. Le siège de cette ville musulmane fut, de manière significative, précédé d’un pèlerinage à Compostelle qui met en exergue la dimension religieuse d’une Reconquista qui entend aller au-delà d’un simple expansionnisme territorial.  

Parallèlement, les chefs chrétiens entrent dans les jeux de pouvoirs de la politique andalouse. Du fait du régime éclaté des taïfas, certains chefs musulmans n’ont pas de problème à faire alliance provisoirement avec tel ou tel roi chrétien si cela s’avère utile pour affaiblir le dirigeant de la taïfa voisine. Intervenant dans les conflits internes, les rois du nord réalisent combien la division des musulmans est entamée. Inversement, nous avons le cas d’armées castillanes qui viennent en aide aux musulmans de Saragosse contre les velléités de conquêtes des Aragonais. La compétition est féroce de tous côtés.

Malgré tout, la Castille frappe un grand coup en cette fin de XIe siècle quand Alphonse VI s’empare de Tolède. Il s’agit d’une prise symbolique considérable : ville importante d’Al-Andalus, Tolède est aussi l’ancienne capitale des Wisigoths chrétiens. Le roi de Castille se fait alors proclamer "empereur des deux religions" et développe une politique relativement libérale. Mais, alors qu’il aurait dû constituer un moment d’euphorie pour les chrétiens, l’événement attise les braises d’une vivace rivalité entre Castillans, Asturiens, Navarrais ou Aragonais. Comme pour l’illustrer, c’est à ce moment que le royaume du Portugal se sépare de la Castille. 
 

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Céramique de Talavera représentant la prise de Tolède en 1085, Place d’Espagne, Séville (image tirée du domaine public)


Le retour de la menace musulmane et l’offensive chrétienne

Si la Reconquista semble bien entamée, c’est sans compter avec la capacité de résilience d’Al-Andalus et de son identité musulmane. Le débarquement de nombreuses troupes d’Afrique du Nord donne de l’ardeur aux taïfas qui reprennent la main lors de plusieurs batailles d’envergure.  
 

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Bataille de Las Navas de Tolosa, peinture du XIXe siècle (image tirée du domaine public)

 

Toutefois, les rois chrétiens laissent provisoirement vanités et intérêts personnels de côté et s’unissent. Ainsi ils remportent la bataille de Las Navas de Tolosa, un jour de juillet 1212. Cet événement peut être considéré comme le début de la fin pour Al-Andalus. En effet, à l’issue de cette victoire capitale, les Castillans s’emparent de l’Andalousie à l’exception de Grenade. L’Aragon, quand à elle, s’installe dans les îles Baléares. 


La longue fin de Grenade, dernier vestige d’Al-Andalus

Malgré la débâcle du début du XIIIe siècle, Al-Andalus respire encore. Le royaume musulman de Grenade, dernier souvenir du califat omeyade qui régna sur une immense partie de la Péninsule, continuera d’exister pendant plus de deux cents ans. Pour expliquer un sursis aussi long, il suffit de réaliser que les chrétiens sont retombés dans les marasmes de la division : la guerre "civile" fera rage pendant les XIVe et XVe siècles. 
Il faudra attendre l’union de la Castille et d’Aragon symbolisée par le mariage entre Isabelle la Catholique et Ferdinand II pour voir les chrétiens achever une Reconquista entamée des siècles auparavant. La prise de Grenade en 1492 marque la fin d’Al-Andalus après plus de sept cents ans d’existence.  

 

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Les rois catholiques, Ferdinand et Isabelle, peinture du XVe siècle (image tirée du domaine public)

 

La Reconquista clôt notre série consacrée à Al-Andalus, la fascinante histoire de l’Espagne. Elle n’a pas d’équivalent en Europe occidentale. Cette phase de "reconquête" non plus. La Reconquista suscite d’ailleurs toujours d’intenses débats pour en analyser les causes, les faits et les innombrables conséquences. Origine de l’unité espagnole pour les uns ou prémisse du fanatisme religieux qui verra son aboutissement dans l’Inquisition pour les autres, ce mouvement déchaîne encore les passions, plus de cinq cents ans après sa fin. 

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quentin gallet

Quentin Gallet

Diplômé en histoire et en géopolitique. Après la France, la Finlande et le Luxembourg, il vit désormais à Madrid. Passionné par la politique, les vieilles pierres et la randonnée.
1 Commentaire (s)Réagir
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Hidalgo mer 29/01/2020 - 09:11

Cet article partisan, imprécis et incomplet comme les précédents et conforme à la doxa bien-pensante, glorifie Al-Andalus, mais n'évoque jamais le fanatisme religieux musulman, ni le statut des chrétiens et des juifs pendant l'occupation.

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