Science-fiction-éducation : à la recherche des parents franco-polonais parfaits

Par Anna Queinnec | Publié le 26/11/2022 à 00:00 | Mis à jour le 26/11/2022 à 18:29
Photo : Anna Queinnec
Anna Queinnec enfants franco polonais

Il y a diverses difficultés dans la vie - terminer ses études, trouver un bon travail et le garder, trouver des amis, un partenaire, etc. Je les ai toutes vécues, mais je peux dire avec certitude que le plus grand défi de ma vie est d'élever mes enfants. Mon mari et moi avons 2 garçons (4 ans et demi et 3 ans) et nous sommes d'accord là-dessus. Cependant, c’est parfois l’un des seuls points communs lorsqu’il s'agit d'élever nos enfants. Mon mari est français et je suis polonaise - je vous avais d’ailleurs raconté dans un précédent article comment les deux langues cohabitent sous notre toit. Notre parcours de parents m'a amenée à me demander si nos différences résultent uniquement de nos personnalités respectives ou de nos origines culturelles. 

 

« Les parents parfaits n’ont pas d’enfant. » Jane Nelsen

 

La sagesse de l’éducation à la française ?

Il y a quelques années, j'ai lu un livre de Pamela Druckerman : Parlons de bébé : une maman américaine découvre la sagesse de l’éducation à la française. Je n'avais pas d'enfants à cette époque. Je n'avais pas non plus d'idée sur la façon de les élever. J'étais un très bon exemple d’un parent parfait sans enfant.

J'ai trouvé ce livre très intéressant et amusant. Lorsque j'ai voyagé en France avec mon mari et que j'ai rencontré ses jeunes cousins et neveux, il m'a semblé qu'en fait, il y avait quelque chose là-dedans - dans la soi-disant éducation française. J'ai eu l'impression que les enfants français sont effectivement sages et bien élevés. 

Lorsque vous tapez dans Google : éducation française, le style parental français, etc. il y a de nombreux articles qui ressortent.  Mais, existe-t-il vraiment quelque chose de ce genre? Ou est-ce plus universel ?

 

Concrètement, c’est quoi l’éducation à la française ? 

Nous admirons souvent les Françaises pour leur bon goût en matière de mode et d'élégance. Il s'avère que beaucoup de femmes veulent aussi être des mamans comme les Françaises.

Comme je l'ai lu dans le livre de Pamela Druckerman et dans de nombreux articles que j'ai trouvés en préparant ce sujet - il y a quelques règles principales communes dans la parentalité française... 

Exemples

  • Attends - Les enfants apprennent à attendre. Ils attendent leur tour de parole au lieu d'interrompre les adultes. Lorsqu'un enfant appelle son papa ou sa maman, le parent termine d'abord ce qu'il était en train de faire et ne vient qu'ensuite vers l'enfant.
  • Il faut goûter -  Les enfants français sont connus pour manger une grande variété d'aliments dès leur plus jeune âge.
  • Autonomie - Il y a quelques règles principales pour les enfants, mais à part cela, ils jouissent d'une grande autonomie, ce qui les aide à croire en eux-mêmes.
  • Équilibre - il est très important qu'aucune partie de votre vie - que ce soit votre rôle de mère, de travailleuse ou d'épouse - ne prenne le pas sur l'autre…

Je ne peux pas dire avec certitude si tout cela est vrai. Certaines observations peuvent également être dépassées. Le livre a été publié pour la première fois en 2012 - l'année où j'ai rencontré mon mari. Aujourd'hui, il semble que c'était il y a des années.

 

Des nuances à prendre en considération

Certaines peuvent ne s'appliquer qu'aux enfants des grandes villes. J'ai moi-même observé que certaines d'entre elles ne sont pas si vraies. Lorsqu'il s'agit de manger - en France, les enfants reçoivent souvent un repas différent de celui des parents - plus adapté à leur goût. Les sucreries, les boissons gazeuses sucrées et le ketchup sont omniprésents. 

Il est également important de mentionner que certaines différences entre la France et la Pologne, par exemple, résultent du système éducatif. Il est vrai qu'en France, l'allaitement maternel est moins fréquent qu'en Pologne.

Selon CoFAM, en France, seuls 68,1 % de tous les bébés nés chaque année sont allaités à la naissance, tandis qu’en Pologne: pas moins de 96% des femmes interrogées déclarent allaiter ou avoir allaité avant, selon les données officielles publiées sur le site Medycyna praktyczna - Médecine pratique.

Cependant, les femmes françaises ont un congé de maternité beaucoup plus court (15 semaines contre 1 an en Pologne).

De même, le système de garde d'enfants est beaucoup plus développé en France...

En même temps, j'avoue qu'avant d'avoir des enfants, je trouvais le concept d'éducation à la française très attrayant.

 

Comment éduque-t-on les enfants en Pologne ?

Pendant que l'éducation française est assez populaire, je ne pense pas que l'éducation polonaise ait quelque chose de si caractéristique. Toutefois, certaines tendances semblent émerger davantage au cours des dernières années. 

La plupart des médias, des experts et des blogueurs du parenting représentent la tendance du attachment parenting - parentalité par le lien / de proximité entre les parents et l’enfant. Les parents apprennent également à s'adapter aux besoins individuels de leurs enfants, en respectant les différences de développement et de personnalité de chacun.

 

Même si je suis d'accord pour dire que la proximité et l'attachement sont cruciaux pour le développement d'un enfant, cette attitude peut aussi être mal comprise et conduire les parents à se tromper de cible et à devenir ce qu'on appelle des parents hélicoptères, qui ont tendance à surprotéger leurs enfants (vous les visualisez bien les pales qui tournent et font le vide autour d’elles ?), ou même des parents tondeuses, qui coupent l’herbe sous le pied de leur enfant. Drôles d’images, n’est-ce pas que ces parents hélicoptères ou tondeuses ? Pour résumer, cela donne un parent qui fait absolument tout ce qui est en son pouvoir, quitte à ce que ce soit contreproductif, pour que son enfant ne rencontre JAMAIS d’adversité, ou de frustration, ou ne soit JAMAIS en situation d’échec. Alors que nous le savons tous, la frustration, l’échec, font partie de notre apprentissage.

Tous les parents veulent ce qu'il y a de mieux pour leurs enfants, mais les extrêmes ne sont jamais bons - dans un sens comme dans l'autre. En supprimant tous les obstacles, les parents risquent d'élever des adultes qui seront perdus à chaque fois qu'ils rencontreront un problème. 

 

Mais comment trouver le juste milieu ?

Si c'était si facile, les blogues et les livres sur la parentalité ne jouiraient probablement pas d'une telle popularité...

Avant d'avoir mes propres enfants, j'étais convaincue que mon enfant ne regarderait jamais la télévision, qu'il ne connaîtrait pas le goût du sucre avant l'âge de 5 ans minimum, qu'il mangerait des légumes bien sûr, parce que je le lui apprendrais, qu'il jouerait évidemment tout seul, qu'il n'interromprait pas les adultes et qu'il dormirait dans son propre lit... Je regardais les autres parents avec mépris - vous donnez un bonbon à votre enfant pour qu'il monte dans la voiture ? Qu'en est-il de l'éducation sans punitions ni récompenses ? Et puis... j'ai eu mes propres enfants !

 

Nous, en tant que parents parfaits franco-polonais… Plus sincèrement : nos attentes par rapport à la réalité !

J'ai lu beaucoup de livres sur les enfants pendant ma grossesse. Mon mari a décidé de se fier davantage à son intuition (française). À mon avis, cependant, rien ne peut vous préparer à cette expérience. 

Alors comment avons-nous réussi à suivre nos plans ?

- Le sommeil : nos fils (Filip et Maks) ont 4 ans et demi et 3 ans. Ils ne dorment pas encore de manière totalement autonome. Les vagabondages nocturnes de lit en lit sont la norme chez nous.

  • La nourriture : vaut mieux ne pas mentionner (humour). J'ai toujours prêté beaucoup d'attention à une alimentation saine. J'aime manger des légumes et des repas équilibrés. Mes enfants, cependant, ne semblent pas prendre exemple sur moi. Quand il s'agit de légumes, ils mangent des pommes de terre et des tomates... sous forme de ketchup.
  • Le temps : il n'est pas non plus facile de séparer le temps passé avec les enfants et le temps pour les adultes. En réalité, les enfants mettent beaucoup de temps à s'endormir et une fois qu'ils le font, je suis souvent si fatiguée que je m'endors avec eux. L'organisation d'un rendez-vous avec mon mari nécessite une logistique et un budget considérables (maintenant, sortir signifie non seulement, payer un dîner au restaurant, mais aussi une baby-sitter).

Il semble que la réalité n'ait pas grand-chose à voir avec nos attentes. Mais cela signifie-t-il que nous avons échoué dans notre rôle de parent ? Je ne le pense certainement pas.

 

La parentalité : la micro-entreprise qui doit répondre à nos attentes et être performante… aux yeux des autres

Ma mère me dit souvent : «Quand j'ai eu des enfants, c'était beaucoup plus difficile. Pourquoi tu te plains ? »

Je ne peux pas nier que ma mère a vécu des temps difficiles. Elle nous a élevés, ma sœur et moi, à l'époque du communisme, dans la République populaire de Pologne (PRL), où elle devait parfois faire la queue pendant 3 heures pour pouvoir acheter de la nourriture pour la famille. La nourriture et de nombreux autres biens étaient soumis au rationnement. Cela consistait, entre autres, à délivrer des cartes à la population, qui lui permettaient d'acheter des quantités strictement définies de marchandises désignées (principalement des denrées alimentaires). Ma maman n'avait pas non plus de machine à laver, des repas instantanés, des couches et bien d'autres choses qui nous facilitent la vie aujourd'hui. Peut-être qu'à cette époque, les parents n'avaient tout simplement pas le temps de se concentrer sur les styles d'éducation des enfants. Ils devaient concentrer tous leurs efforts pour simplement "survivre".

Cependant, notre époque est confrontée à d'autres difficultés. L'une d'entre elles : les attentes ! De nos jours, les parents font l'objet de très nombreuses attentes. Avant, les gens faisaient aussi des erreurs en tant que parents, mais ils ne les analysaient pas autant, la question ne se posait simplement pas. Quand ma mère me le dit : Nous n'avons pas lu tant de livres sur la parentalité et nous avons réussi à élever des enfants, elle a peut-être plus raison que je ne le pensais.

Je ne peux pas être en désaccord. Entouré de médias sociaux où chacun présente sa famille parfaite, de blogues et d'articles sur l'art d'être parent qui donnent des conseils divers - souvent contraires les uns aux autres…

Florilège : 

  • Allaiter aussi longtemps que vous le pouvez - cela crée un lien entre la mère et l'enfant et c'est le meilleur pour la santé de l'enfant →  MAIS pas trop longtemps ! Allaiter un enfant de 2 ans ? Ce n’est pas normal !
  • Faites beaucoup de câlins à votre bébé - il se sentira en sécurité et protégé → MAIS ne portez pas le bébé trop souvent - il s'y habituera !

Nous concernant, la vérité est que nous n'avons pas fait vraiment de choix qui correspondent à "l'éducation française". Cependant, des détails me viennent à l’esprit (sur lesquels nous nous accordons avec mon mari) :

  • les enfants prennent leurs repas à table, avec nous. (Ils ont aussi commencé à manger tous seuls assez tôt). C'est très important pour nous de passer du temps ensemble à table, même si cela peut être très désordonné et bruyant parfois.

De son côté, ma mère répète tout le temps que les parents devraient donner à manger aux enfants séparément, que ce serait plus facile pour nous, s’ils ne mangeaient pas avec nous.

  • Par ailleurs, après avoir eu mon deuxième enfant (Maks), j'ai repris le travail lorsqu'il avait 9 mois. C'est beaucoup plus tard que la moyenne des mamans françaises, mais ma mère continue de me dire que c'était trop tôt et que j'aurais dû rester plus longtemps avec mon bébé, comme elle l'a fait avec ma sœur et moi (3 ans avec ma sœur et 3 ans avec moi). 

Les exemples ci-dessus sont réels et peuvent vraiment faire plus de mal que de bien.

Essayer constamment d'atteindre des modèles inatteignables peut provoquer une grande détresse et de l'anxiété chez les parents.

 

Après presque 5 ans de parentalité, j'ai fait une sélection minutieuse des blogues que je lis. À tous les parents qui ont des difficultés, je recommande le livre Le parent parfait n’existe pas par Kamil Nowak, l'auteur de BLOG OJCIEC. Comme il l'écrit lui-même : « Il ne s'agit pas d'un manuel prêt à l'emploi qui peut être appliqué à chaque enfant, car chaque enfant est unique, spécial et particulier. »

Par ailleurs, la plupart des problèmes éducatifs sont universels et touchent presque tous les pays et toutes les nationalités.

Faisons-nous rentrer cela une bonne fois pour toutes dans la tête : le parent parfait n'existe pas.

À mon avis, plus tôt nous nous en rendrons compte, meilleurs parents, nous deviendrons.

 

Anna Queinnec

Anna Queinnec

Interprète de conférence et traductrice (EN | FR | DE | PL) avec 10 ans d’expérience dans le commerce international, je facilite la communication en supprimant la barrière de la langue. Je m'intéresse à la psychologie et à la sociologie
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