Fin avril 2026, une femme de 58 ans décédait à la suite de l’attaque d’un ours brun, dans une zone forestière rarement fréquentée par l’homme, dans la région des Basses-Carpates, au sud-est de la Pologne. Dans le pays, on compte environ 120 ours bruns, mais une histoire particulière unit les polonais à cet animal.


De Miś Uszatek, à Colargol, nés dans les studios de Łódz, qui ont bercé des générations d’enfants, en passant par Wojyek, le célèbre soldat à la fourrure brune, héros de l’armée polonaise et Baśka Murmanska, explorons un mythe qui terrifie autant qu’il réconforte.
État des lieux des attaques d’ours en Pologne
La dernière attaque d’ours en Pologne remonte au jeudi 23 avril 2026. Une femme de 58 ans est décédée à la suite d’une agression proche du village de Płonna, dans la région des Basses-Carpates, au sud-est de la Pologne.
Aux environs de 8h, la victime et son fils se sont rendus en forêt dans l’objectif de ramasser des bois de cerf. Les deux se sont ensuite séparés, avant que la femme ne se retrouve seule lors de la rencontre avec l’animal.
Le printemps est marqué par la forte activité des ours bruns, récemment sortis de leur période d’hibernation, qui s’étend d’octobre-novembre à mars-avril.
La victime est décédée à la suite de graves blessures à la tête, notamment des fractures crâniennes, des lacérations, et un arrachement partiel du cuir chevelu.
Selon les autorités locales, cette attaque pourrait s’expliquer par des conditions météorologiques venteuses, susceptibles d’avoir perturbé l’odorat et l’ouïe de l’animal, le rendant désorienté face à l’humain, comme l’a évoqué le Regionalny Konserwator Przyrody w Rzeszowie.
Une enquête a été ouverte par la Prokuratora Rejonowa w Sanoku, qui, après autopsie, à établi les blessures comme compatibles avec une attaque animale.
Avant ces événements, la dernière agression mortelle par un ours en Pologne remontait à 2014. Le corps d’un homme de 61 ans avait été retrouvé dans les forêts près d’Olszanica, à seulement 40 km de Płonna.
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Une présence limitée de l’ours brun en Pologne
L’ours brun est une espèce native d’Europe, mais il n’occupe dans le pays qu’une zone très limitée, principalement au sud-est.
Sa présence est concentrée dans l’arc des Karpaty (Carpathes), qui constitue l’un des principaux refuges de l’espèce en Europe et qui s’étend également vers les Balkans.
En Pologne, la population d’ours bruns est estimée à 120, selon la WWF Polska. En comparaison, on en compte environ 1.200 en Slovaquie. Quant à la Roumanie, elle compte 13.000 ours en 2025, le nombre le plus important d’Europe. Autant dire qu’il vaut mieux être prudent lorsqu’on part aux champignons…
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Côté fiction, Miś Uszatek et Colargol : les ours qui ont bercé des générations d’enfants
L’image de l’ours est une figure symbolique importée depuis la Russie, où elle occupe une place centrale dans les représentations culturelles et politiques. Plus récemment, par exemple, la célèbre mascotte « Misha », emblème des Jeux olympiques de Moscou en 1980, qui a contribué à populariser cette image du pays à l’échelle mondiale. Vladimir Poutine s’est également emparé de ce symbole. En se mettant en scène avec l’animal, il le transforme en un attribut de son pouvoir personnel, incarnant ainsi une Russie indomptable.
La Pologne elle-même possède plusieurs figures populaires d’ours ayant marqué des générations. Parmi elles, Miś Uszatek et sa fameuse oreille tombante, qui lui donne un air à croquer. Créé par l’écrivain Czesław Janczarski et l’illustrateur Zbigniew Rychlicki, il n’est au départ qu’un personnage de livre pour les petits. Puis, grâce au célèbre studio d’animation Se-ma-for, de Łódź, Miś Uszatek a pénétré chaque foyer polonais, véritable rituel du soir.
💡Pourquoi Miś Uszatek ?
Le mot polonais miś correspond en français à « petit ourson », une appellation affectueuse que les polonais utilisent notamment sous la forme misiu, lorsqu’ils s’adressent à queulqu’un de proche. Quant à Uszatek, c'est un dérivé du polonais Uszy « oreilles », faisant référence aux grandes oreilles tombantes du personnages.
À ne pas confondre avec uszka, désignant les petits pierogis polonais servis dans le barszcz.
Le nom Miś Uszatek peut ainsi signifier « le petit ourson aux oreilles tombantes. »
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Diffusé entre 1975 et 1987, ce dessin animé culte de marionnettes s’inscrit dans la période du PRL (Polska Rzeczpospolita Ludowa) marquée par une faible diversité médiatique et un contrôle étatique des contenus, ce qui a son renforcé l’importance et son empreinte dans la culture polonaise.
Son succès s’est exporté à travers le monde, allant du Portugal à la Macédoine, en passant même par le Japon.
Une autre dobranocka (équivalent de Bonne nuit les petits à la télévision française) incontournable de cette époque, est dédiée à l'ourson Colargol. Olga Pouchine aurait créé ce personnage dans les années 1950, au départ pour son enfant, à qui elle racontait des histoires. Colargol a ensuite été développé en livres-disques. Portées par les musiques de Mireille et les paroles de Victor Villien, ses aventures ont été animés en Pologne dans les années 1960, et prennent vie, comme Miś Uszatek, au studio de Łódź, mais lui, sous la direction de Tadeusz Wilkosz. Son image et sa mélodie connus de tous, ont marqué la culture polonaise, en s’imposant comme un souvenir d’enfance partagé par plusieurs générations.
La version polonaise originale
La version française
Le caporal Wojtek, l’ours soldat, héros polonais
Parfois la réalité dépasse la fiction, l’histoire de l’ours Wojtek pourrait être née dans un roman…
L’ursidé Wojtek naît en Iran au début des années 1940. Alors orphelin, il est adopté par l’armée polonaise du général Anders avant d’être officiellement intégré à la 22e compagnie de ravitaillement d’artillerie du 2e corps d’armée polonais (Armia Andersa). Élevé par les soldats polonais, il devient un véritable compagnon d’armes et apporte un “coup de patte” précieux au quotidien. Promu au rang de caporal, il participe à la bataille de Monte Cassino en 1944, notamment en transportant des munitions.
Au fil des déplacements de l’armée polonaise à travers l’Italie, l’Irak, la Syrie, la Palestine ou l’Égypte, entre autres, Wojtek suit ses compagnons et devient un symbole vivant de leur parcours, rompant les clichés liés aux ours, notamment par son goût pour la bière. Rappelons que cette histoire se déroule en 1940…
Lorsque sa compagnie est transférée en Écosse, il est placé au zoo d’Édimbourg et est régulièrement visité par ses anciens compagnons d’armes. Il y mourut le 2 décembre 1963, après 22 ans de loyaux services.
Aujourd’hui, il est possible de lui rendre hommage dans la capitale écossaise, où se trouve un monument commémoratif, mais aussi en Pologne, notamment à Cracovie dans le parc Jordan ainsi qu’à Wrocław, où des statues lui sont dédiées.
De nombreuses œuvres lui ont aussi été consacrées, notamment le court-métrage d’animation écosso-polonais A Beast named Wojtek pensé par le scénariste Wojciech Lepianka en 2023, ou encore le film documentaire Wojtek : The Bear That Went To War réalisé par Will Hood et Adam Lavis en 2011.
💡 Baśka Murmańska, le destin tragique de l'oursonne polaire capturée en Russie
Moins connue que Wojtek, Baśka Murmańska est l’héroïne des Murmańczycy, ces soldats polonais basés en Russie du Nord en 1918. Achetée par un soldat polonais, elle devient la mascotte officielle du bataillon, puis reçoit une formation militaire : elle apprend notamment à défiler au pas et à saluer comme un vrai soldat.
Son destin s’arrête brutalement à la forteresse de Modlin durant l'hiver suivant. Échappée de son enclos et traversant la Vistule gelée, elle est prise pour un prédateur sauvage par des paysans locaux qui la tuent à coups de fourche. Naturalisée, sa dépouille disparaîtra mystérieusement durant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, une statue à Modlin rend hommage à sa fourrure blanche, symbole de la loyauté animale dans le tumulte de l'indépendance polonaise.
L’ours polaire est devenu en 2026 l’emblème de la fragilité climatique.
Espèce vulnérable et strictement protégée, elle fait l'objet d'un nouvel accord international renforcé, signé en janvier 2026 par les pays circumpolaires pour intensifier sa sauvegarde jusqu'en 2028.
Cette protection juridique souligne qu'au-delà le mythe de Baśka, la survie de ces géants blancs est désormais un impératif écologique mondial.
PM
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