TEST: 2297

Erasmus en Espagne : l’aventure inoubliable

Par Coralie Lambret | Publié le 29/03/2022 à 15:05 | Mis à jour le 30/03/2022 à 22:35
Photo : Jorge Fernández Salas, Unsplash
une femme sur un mur en train de regarder un bâtiment ancien

On considère bien souvent qu’un Erasmus est l’expérience d’une vie. Quelques mois d’évasion aux âges où tout est, souvent, encore permis. Qui n’en rêve pas ? Tout quitter pour partir vers l’inconnu peut pourtant laisser un goût amer et inattendu de solitude. Partagées entre aventures inoubliables et moments de doute, Margaux et Louise m’ont raconté comment elles ont, vraiment, vécu leur Erasmus en Espagne.  

 

Margaux, revenue de son Erasmus à Granada il y a quelques semaines, s’est confiée sur sa première semaine passée en Espagne. “J’ai passé la semaine dans mon lit. Je n’osais pas sortir, même pour aller faire les courses”, m’avoue-t-elle. Cette jeune Belge m’explique qu’avant son départ, elle était déjà envahie de craintes et que, lorsqu’elle est arrivée à Granada, la solitude a aggravé ses peurs. 

Louise a fait un Erasmus à Madrid, juste avant l’arrivée du Covid : “J’étais vraiment super heureuse de partir. J’en ai eu envie durant toutes mes études donc c’était vraiment un grand moment pour moi.” L’euphorie de l’aventure primait sur toutes les autres émotions. À l’inverse de Margaux, Louise voulait tout visiter et ne rêvait que de rencontrer des gens pour sortir et découvrir la ville.

panorama d'une ville avec des toits au crépuscule
Madrid est l'une des destinations préférées des étudiants Erasmus / Florian Wehde, Unsplash

 

Deux salles, mais pas vraiment deux ambiances

Pourtant, Louise ne s’en cache pas, elle aussi s’est sentie seule au début. Elle a commencé son Erasmus au premier quadrimestre et est arrivée deux semaines avant les cours, pour prendre le temps de s’installer. Durant cette période, elle ne rencontrait que très peu de monde. Mais heureusement, on ne se sent jamais seul très longtemps en Erasmus. Louise peut en témoigner : “J’avais échangé avec une fille avant mon départ. Elle partait aussi à Madrid et arrivait quelques jours après moi. Je l’ai contactée et nous sommes allés boire un verre.” Son aventure a réellement débuté après cette sortie entre copines. 

Quant aux inquiétudes de Margaux, elles se sont vite envolées : “Finalement, j’ai eu un déclic. Je me suis rendue compte que je n’étais là que pour cinq mois et que cela passerait très vite.” Entre les cours, les rencontres, les sorties et tout ce qu’il y a à découvrir dans une ville inconnue, les quelques mois d’Erasmus filent. On est de retour avant même de s’apercevoir qu’on est parti.

Débarquer dans un pays qu’on ne connait pas demande de se créer de nouveaux repères. Chacun s’adapte à son rythme. Margaux me raconte qu’au début, elle n’osait même pas aller manger à l'extérieur, seule. Elle s’est arrêtée devant plus de huit restaurants avant de se décider à y entrer. Personne ne pouvait vivre cette expérience à sa place, et c’est en le réalisant que Margaux a commencé à profiter de chaque instant.

des personnes en train de marcher à côté d'un pont
Beaucoup d'étudiants francophones choisissent Grenade comme destination Erasmus / wise fox, Unsplash

 

Jamais seul très longtemps 

La perspective de la solitude durant l’Erasmus est sans doute la plus terrifiante. Comment vivre et profiter si l’on n’a personne avec qui partager ces moments ?

En général, ces craintes ne durent pas. Les rencontres se font naturellement et le côté éphémère de l’Erasmus oblige à tisser des liens beaucoup plus vite. “Je suis quelqu’un de très timide alors j’ai dû me forcer à aller vers les gens à l’école. J’ai rencontré des filles, et quand je sortais avec elles, elles me présentaient aux gens qu’elles connaissaient déjà, et petit à petit, j’ai créé mon entourage”, me raconte Margaux.

Ces rencontres ne comblent parfois pas totalement le sentiment de solitude. Et pour cause, l’Erasmus n’est que temporaire, et c’est souvent plus facile de ne pas s’attacher pour éviter de souffrir en repartant. Lors d’un séjour à l’étranger, impossible de savoir si on reverra ses compagnons d’aventure après notre retour. Certains réagissent comme Margaux et préfèrent s’imposer une certaine distance : “Je ne réussissais pas à considérer les gens comme des amis proches. J'aimais vraiment beaucoup les filles que j'ai rencontrées, mais je savais très bien que notre amitié n’était pas pour la vie.” D’autres, comme Louise, appréhendent ces rencontres tout à fait différemment et saisissent l’occasion pour ne pas réfléchir et s’attacher sans se poser de question : “Il y a trois filles avec qui j'ai vraiment sympathisé, et même si je ne les connaissais pas depuis longtemps, quand quelque chose n'allait pas, on se le racontait. On se faisait confiance.”

Un homme et trois femmes en train de parler
Les rencontres se font naturellement et le côté éphémère de l’Erasmus oblige à tisser des liens beaucoup plus vite. /  Brooke Cagle, Unsplash

 

S’entourer pour mieux profiter 

Même si on ne part que six mois, il ne faut pas négliger le besoin humain d’être entouré. À la suite d’une rupture très difficile, Margaux a, à plusieurs reprises, pris l’avion pour retourner en Belgique. Elle m’explique qu’elle s’enfermait chez elle dans un état presque dépressif que rien ni personne en Espagne ne pouvait arranger : “Je me sentais tellement seule et je n’arrivais pas à en parler à qui que ce soit. Le téléphone ne me suffisait pas. Je voulais avoir mes proches autour de moi”, se désole-t-elle.
L'entourage que l’on se choisit joue un rôle majeur. Même si les rencontres ne sont que de passage, partager son Erasmus avec les bonnes personnes permet de rendre ce moment à l’étranger inoubliable : “Je ne peux pas dire que je côtoie encore toutes les personnes que j'ai rencontrées. En revanche, elles ont toutes contribué à la réussite de l'expérience”, raconte Louise.
 

Souvenirs d’une aventure incroyable 

“Que retenez-vous de votre Erasmus ?” Voilà une question inévitable quand on regagne ses pénates. Les réponses sont unanimement positives.

Louise et Margaux s’accordent sur l’indépendance qu’elles ont acquise au cours de leur séjour. Elles en sont ressorties grandies. Pendant six mois, elles ont été confrontées aux réalités d’adaptation lorsqu’on vit seul ou presque. Ces jeunes femmes ont appris à se débrouiller et à gérer des situations encore inconnues pour elles. “Avant de partir, j'avais parfois des comportements d'enfant parce que je vivais chez mes parents. Grâce à mon Erasmus, j'ai vraiment pris conscience que c'était important d'être indépendante et de pouvoir compter sur moi-même”, m’explique Louise.

Margaux s’était envolée pour Granada en ne supportant pas sa propre compagnie. En Espagne, elle a appris à vivre avec elle-même et s’est réconciliée avec son esprit et son corps : “J'ai appris à m'aimer, à prendre soin de moi et simplement à passer du temps avec moi-même.” Grâce à leur immersion linguistique en espagnol, elles sont aussi rentrées en Belgique totalement bilingues. Un atout non négligeable pour leurs études respectives.

Le mot que je choisis pour résumer mon Erasmus est grandir, car la maturité et l'indépendance que j’ai acquises sont ce que je retiens le plus.

Une adaptation parfois difficile

En creusant un peu, je déterre malgré tout quelques souvenirs aux saveurs amères. Louise m’avoue que, si elle avait quelque chose de négatif à retenir, ce serait justement cette immersion en espagnol, un peu violente au début quand on ne maîtrise pas bien la langue. Elle a entamé son quadrimestre avec énormément de difficultés à suivre ses cours en espagnol et, pour tout dire, a complètement décroché : “Je sortais beaucoup et délaissais un peu l'école. Au bout de plus ou moins trois mois, je me suis rappelée que j'étais là en partie pour mes études. Je me suis ressaisie et concentrée sur la réussite de mes examens.”

Louise aurait apprécié davantage de soutien de la part de l’université qu’elle fréquentait. Les étudiants Erasmus sont très souvent considérés au même titre que tous les autres. Une adaptation qui peut s’avérer complexe quand on étudie dans une langue qui n’est pas la nôtre.

Margaux relève surtout sa solitude déjà abordée plus haut, qu’elle considère comme la petite tâche sur un joli tableau : “J’ai aussi eu quelques soucis de santé. Je me suis retrouvée aux urgences et ils n'ont pas pris mes malaises au sérieux. Je suis donc rentrée en Belgique pour quelque chose que je ne savais pas gérer toute seule.”

 

L’Espagne, une évidence 

un bâtiment avec un drapeau espagnol
L’Espagne est une destination très prisée par les étudiants. / Daniel Prado, Unsplash

Une chose est sûre, l’Espagne est une destination très prisée par les étudiants. À ma question “Pourquoi ce pays ?” , je m’attendais donc à des réponses un peu plus exotiques. Mais à bien y regarder, les raisons de Louise paraissent logiques : “J'ai choisi l'Espagne car je faisais des études de traduction et d'interprétation en espagnol. Je voulais rester en Europe par facilité. En cas de problème, je préférais être en Espagne plutôt qu’au Costa Rica.” Cette évidence était la même pour Margaux : “J’étudie l'espagnol, et pour l'administration, c'était le plus facile. J’adore aussi la culture espagnole et j’avais déjà travaillé en Espagne durant un mois.”

Le mot de la fin leur appartient et c'est celui qu'elles ont choisi pour résumer leur Erasmus : “Le mot que je choisis pour résumer mon Erasmus est grandir, car la maturité et l'indépendance que j’ai acquises sont ce que je retiens le plus”, conclut Louise. Margaux a clôturé notre entretien avec beaucoup de sagesse : “Si je devais résumer cette expérience en un mot,  je choisirais reconnaissance. Je suis très reconnaissante d'avoir pu vivre ces moments même si cela n'a pas été facile tous les jours.”

 

Suivez nous sur
une femme avec un veste turquoise

Coralie Lambret

Étudiante passionnée et journaliste en devenir. J’ai la tête dure autant qu'en l'air. Je suis scorpion, c'est comme ça que je justifie mon caractère. J’ai quitté mon petit confort belge pour venir découvrir Valence et la vie, le temps d’un stage.
0 Commentaire (s) Réagir

Soutenez la rédaction Valence !

En contribuant, vous participez à garantir sa qualité et son indépendance.

Je soutiens !

Merci !

De la part de toutes les équipes de Lepetitjournal.com

À lire sur votre édition locale