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L'ex président en exil, Zine el-Abidine Ben Ali, est décédé

Par Lepetitjournal Tunis | Publié le 20/09/2019 à 05:00 | Mis à jour le 20/09/2019 à 10:51
Photo : MORT DE BEN ALI EX PRESIDENT TUNISIEN EN EXIL
MORT DE BEN ALI EX PRESIDENT TUNISIEN EN EXIL

L’ex-président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali, qui vivait en exil depuis la révolution de 2011, est décédé le 19 septembre à l’âge de 83 ans.

La révolte populaire débutée en 2010, l'avait forcé à la fuite le 14 janvier 2011, début du "Printemps arabe". Il avait trouvé refuge à Jeddah, en Arabie Saoudite, avec une partie de sa famille. 

Après cinq mandats consécutifs de 1987 à 2011, toujours élu avec plus de 89 % des voix, faute d'opposition muselée par le pouvoir, le dictateur avait été condamné  par contumace en 2018, à l'issue de nombreux procès, à plus de 200 ans de prison. Parmi les charges : torture, viols, meurtre, pillage, corruption ...

Né le 3 septembre 1936 au sein d’une famille modeste de onze enfants à Hammam Sousse, Zine el-Abidine Ben Ali intègre le Parti nationaliste Néo-Destour. Il poursuit ensuite ses études en France où il sera diplômé de l'École spéciale militaire de Saint-Cyr et de l'École de l'artillerie de Châlons-sur-Marne, puis aux Etats-Unis, où il obtient un diplôme d’ingénieur en électronique. 

En 1984, il est rappelé à Tunis, après les émeutes de la faim, et prend la tête de la Sûreté nationale. Membre du bureau politique du Parti socialiste destourien (PSD), il  devient ministre de l'Intérieur en mai 1987, puis Premier ministre en octobre de la même année.

Le 7 novembre 1987, Habib Bourguiba, premier chef d'État de la République tunisienne et président à vie, est officiellement déposé pour sénilité, à la suite de l'expertise de 7 médecins, organisée par Ben Ali et Hedi Baccouche, alors ministre des affaires sociales, dans la nuit du 6 au 7 novembre à Monastir. Le président du Conseil de l’ordre des médecins et la ministre de la Santé.étaient également présents.

Zine el-Abidine Ben Ali prend alors le pouvoir grâce à l’article 57 de la Constitution, qui fait du Premier ministre le successeur du président si ce dernier est face à un « empêchement absolu » de gouverner. Le 7 novembre deviendra un jour symbolique et férié. Cet épisode est qualifié de "coup d'état médical".

Organisation des "élections"

Ben Ali transforme le PSD en Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) en 1988. 

Le 7 novembre 1988, un pacte national rassemblant les différentes formations politiques et sociales du pays à l'exception des islamistes, est signé  : il engage ses signataires au respect de l'égalité entre les citoyens des deux sexes, des acquis du Code du statut personnel, des principes républicains et du refus d'utiliser l'islam à des fins politiques.
Il supprime la présidence à vie et est élu président, avec 99,27 % des voix, en 1989. Cinq ans plus tard, il battra son propre score avec 99,91 % des suffrages. Lors de ces deux scrutins, il est l'unique candidat.

Aux élections législatives du 2 avril 1989, les candidats de l'opposition, notamment les islamistes, obtiennent environ 14 % des suffrages. Le 28 septembre 1991, les autorités annoncent la découverte d'un « plan islamiste visant à la prise du pouvoir » et organisent des procès. Elles sont alors accusées par des ONG de ne pas respecter tous les droits des condamnés.
Le gouvernement invoque la garantie de la paix et de la sécurité des personnes et de leurs biens, et la stabilité des institutions nécessaires à la bonne conduite de tout processus démocratique. Les opposants islamistes, indépendants ou non, tombent alors dans la clandestinité.

Le 24 octobre 1999, la première élection présidentielle pluraliste est organisée : deux concurrents, Mohamed Belhaj Amor et Abderrahmane Tlili, parviennent à se présenter. Ben Ali sera réélu avec 99,45 % des voix contre 0,31 % pour Belhaj Amor et 0,23 % pour Tlili.

En 2002, Ben Ali fait amender la Constitution par référendum pour supprimer la limitation des mandats et rallonger l’âge limite, afin de pouvoir déposer une candidature à la présidentielle de 2004. Il la remporte, avec 94,4 % des voix ... Il est à nouveau réélu en 2009, à 89,62 %.

ENFIN LIBRES REVOLUTION TUNISIENNE

Développement économique, pillage et répression

Considéré tout d'abord comme un chef d’État populaire, aussi bien en Tunisie qu'à l'étranger, Ben Ali fait du développement économique une priorité. Il mène une politique de privatisation, notamment dans les secteurs du tourisme et l'industrie qui connaissent une période de forte croissance, et favorise les investissements.

Face à la montée de l'intégrisme, il se lance dans un violent combat contre les islamistes, dans les années 2000. Alors que l'Algérie voisine est confrontée au terrorisme et à la guerre civile, la répression très dure du président tunisien est cautionnée (volontairement ou pas) par la plupart des démocrates tunisiens, ainsi que par les pays occidentaux. 

C'est à cette période que les organisations internationales de défense des droits de l'Homme commencent à qualifier le régime Ben Ali "d'autoritaire". Les accusations des leaders de l'opposition et des activistes sont enfin entendues : presse sous contrôle, atteintes à la liberté d'expression, emprisonnement d'opposants politiques, torture ...

Il est également accusé de pillage et de népotisme. En effet sa famille et ses proches sont nommés aux postes-clés, particulièrement sa seconde épouse, Leila Trabelsi, et ses frères. Cette dernière, spécialiste de la corruption, est considérée comme le sujet le plus puissant du pays, et accaparera secteurs et richesses avec ses proches. Elle sera lourdement condamnée par contumace.

Un dernier discours

Après avoir dénoncé lors d'un discours télévisé, le 10 janvier 2011, des actes terroristes visant à déstabiliser le pays, et promis la création de 300 000 emplois d'ici à 2012, Ben Ali prononcera son dernier discours le 13 janvier 2011, pour annoncer de nouvelles mesures : renoncement à sa candidature en 2014, liberté de la presse, liberté d'expression politique ... La réponse du peuple sera sans appel : "DEGAGE".  Acculé, il annonce, le 14 janvier, le limogeage de son gouvernement et promet l'organisation d'élections législatives dans les six mois. Quelques heures plus tard, il quitte le pays pour l'Arabie saoudite.

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