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INTERVIEW - Aicha Gorgi et la révolution

Par Lepetitjournal Tunis | Publié le 10/01/2012 à 00:00 | Mis à jour le 05/01/2018 à 08:30

Aicha Gorgi est Directrice de la Galerie d'art Ammar Farhat qui est installée depuis une vingtaine d'années et dont le nom a été choisi pour rendre hommage à l'un des pionniers de l'art en Tunisie. Orientée vers l'art contemporain, elle est également un tremplin pour les jeunes artistes tunisiens ou étrangers

Lepetitjournal.com - Comment avez vous vécu les 29 jours de la révolution ?

Aicha Gorgi - J'ai vécu la révolution comme n'importe quel Tunisien qui est actif uniquement sur internet. On ne peut pas dire que je suis une activiste, mais j'ai participé derrière mon écran du mieux que j'ai pu, en relayant l'information via Facebook particulièrement.

Je n'ai pas vu passer ces 29 jours, tout s'est accéléré tellement vite, chaque jour apportait son lot de surprises et c'était comme une sorte d'adrénaline, c'était très intéressant et ça bougeait à une vitesse incroyable.

Quand avez-vous compris que la révolution était inéluctable ?

On a vu bien avant le 14 janvier comment les événements allaient tourner, même en décembre. Je n'ai d'ailleurs pas réveillonné l'année dernière, je n'avais ni l'envie ni le coeur de le faire. Je me souviens aussi d'une soirée chez des amis fin décembre, où se trouvaient des journalistes français, je leur avais fait part de mon étonnement devant le black out des médias à ce sujet.

Et pourtant les choses s'accéléraient sans cesse nous étions pris dans cet engrenage, nous prenions beaucoup de risques, entraînés dans ce mouvement de masse, sans mesurer l'impact personnel que cela aurait pu avoir, mais il fallait qu'on participe car c'était la première fois que l'occasion nous était donnée de nous exprimer réellement, de parler, de critiquer, d'informer, de réagir !

Comment avez-vous appris la fuite de Ben Ali, et quelle a été votre réaction ?


Je n'ai pas appris sur l'instant la fuite de Ben Ali. A ce moment là j'étais en pleine foule, avenue Bourguiba, au milieu des mouvements de panique, des bombes lacrymogènes, entre la milice, les manifestants et les BOB, et comme tous les Tunisiens ce jour là sur l'avenue, j'étais prise au piège et je ne pensais qu'à sauver ma peau et rentrer chez moi le plus vite possible pour retrouver ma fille et me réfugier auprès de ma famille, d'autant plus qu'il fallait rentrer avant le couvre feu.

A mon arrivée j'ai appris la nouvelle sans étonnement, cette lâcheté correspondait bien au personnage, et ce fut un grand soulagement : bon débarras !

Quel a été l'impact des changements post-révolution sur votre vie quotidienne ou professionnelle ?


Comme tout Tunisien qui a vécu la dictature pendant 23 ans, j'ai découvert l'euphorie de ce moment extraordinaire, angoissant aussi, cette période pleine d'émotion, d'énergie ! Pour une fois nous avions l'impression et pas uniquement l'impression de participer à quelque chose dans notre pays, nous avions toujours été spectateurs et non acteurs, et cette fois ci nous étions acteurs pour gagner ce bras de fer.

Je me suis rendue compte aussi que la Tunisie était un pays moderne, structuré, avec des bases ; le lundi ou mardi d'après le 14 janvier, nos enfants retournaient à l'école, les institutions étaient ouvertes. Dans les jours suivants on sentait une solidarité incroyable entre les Tunisiens, on avait plus peur les uns des autres ; le régime faisait en sorte que les gens ne communiquent pas, et là nous avons pu nous découvrir ou nous redécouvrir, ne plus se surveiller mais communiquer. On ne savait plus le faire et ce fut comme une naissance.

Comment voyez vous l'avenir ?

J'ai découvert un pays uni, structuré dont les institutions sont là, solides, et ça m'a donné beaucoup d'optimisme et d'énergie.

Maintenant nous avons l'avenir devant nous. L'avenir de la Tunisie est certainement compliqué, mais tellement plus intéressant. Je dis souvent aux personnes qui se plaignent : "mettez des rétroviseurs". Avant nous étions des morts vivants, des zombies. Aujourd'hui on est peut-être fragiles, on est angoissés et c'est normal parce qu'on ne sait pas trop où on va, mais je pense que la bonne direction a été prise et ça ne peut aller que dans le bon sens.

Je fais partie des optimistes qui croient à l'exception tunisienne malgré la manie de certains médias étrangers de vouloir nous fondre dans le monde arabo-musulman. La Tunisie a une culture arabo-musulmane certes, mais pas seulement. Nous possédons un brassage de cultures, de civilisations, de personnes et d'origine et ça j'y crois beaucoup. Ce ne sont pas des paroles en l'air, car nous allons démontrer que ce n'est pas une fatalité pour un pays arabe de vivre sous la dictature.


Propos recueillis par Isabelle Enault (www.lepetitjournal.com/tunis.html) mardi 10 janvier 2012




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