« Le momentum », un concept clé pour les entrepreneurs américains

Par Mathilde Guimard | Publié le 11/02/2022 à 16:34 | Mis à jour le 11/02/2022 à 16:45
Entrepreneur américain

À travers la plume et l’analyse de Mathilde Guimard, notre édition part, durant ce premier semestre 2022 à la rencontre d'entrepreneurs et d’ investisseurs entre Los Angeles et San Francisco. L’ objectif ? Décrire l'adn californien dans l'écosystème startup et tech en partenariat avec Inovexus, fonds d'accélération cross-border.

Le "momentum" est un concept essentiel pour les entrepreneurs early-stage en Californie. Détenir la meilleure idée du siècle, c'est bien, mais inutile si elle est lancée au mauvais moment.

 

Le momentum et les entrepreneurs américains 

Pour répondre à la question « Qu'est ce l'ADN californien dans l'écosystème startup ? », j'ai d'abord évoqué l’état d’esprit, puis la création d’une équipe de Project-Holders dans les startups californiennes. L’étape suivante, c’est la stratégie ! Cette 3e réponse se concentre sur le "momentum" : le processus de pénétration du marché lors du lancement d’un business. Dans mon analyse, je compare ce concept avec… le surf (LA vibes) ! En effet, à Santa Monica, il m’a semblé que c’était un hobby commun aux entrepreneurs. J'ai donc pensé que cette analogie doublerait mes chances d'attirer votre attention !

Supposons que l'entrepreneur ait déjà identifié son marché, comme le surfeur a identifié le spot parfait. Il y a désormais trois étapes. D’abord, identifier le bon moment : le "Time-to-Market" pour un entrepreneur. Pour le surfeur, il s'agit d'identifier LA vague à prendre, la merveilleuse opportunité. Comment ? En observant son environnement.
Ensuite, vient l’impulsion : le lancement du produit. Pour les surfeurs, c’est le moment de se lever sur la planche. Comment ? En ne laissant pas passer la vague.
Enfin, une fois le lancement réussi, il est temps de disrupter le marché. Le surfeur, debout sur sa planche, est désormais prêt à profiter d'une longue glisse. Comment ? En maintenant le flow.

Maintenant, plongeons plus profondément dans le sujet.

 

Observer son environnement

Lorsque vous surfez, vous voulez identifier le moment parfait pour donner l’impulsion qui vous permettra de vous lever sur la planche. Vous observez donc autour de vous pour identifier une forte vague et vous assurer que les conditions sont propices. Dans l'entrepreneuriat, ce moment est celui où les consommateurs sont réceptifs, où les gens sont prêts à investir et où la concurrence n'est pas encore menaçante.

Ici, à Los Angeles, à la fin de chaque rencontre, je suis surprise par la quantité de sources que les entrepreneurs me recommandent de lire : ce sont des bibliothèques ambulantes ! S’informer est une activité essentielle pour eux. Rester à l'écoute de l'écosystème peut sembler évident. Pourtant, beaucoup d'entrepreneurs que j'ai rencontrés n'ont pas eu le succès escompté en raison d'un mauvais momentum !

Jacques-Alexandre Gerber, un mentor d'Inovexus, lance actuellement sa startup B2C - après être devenu expert du B2B. Le produit qu’il développe étant nouveau, « Googler » tout ce qui lui vient à l'esprit est une tâche quotidienne de son rôle de CEO. Ce qui est intéressant, c’est que ses recherches ne sont pas exclusivement liées à son secteur d’activité, mais à l'ensemble de l'écosystème technologique. Ainsi, il est en mesure anticiper l’émergence de nouvelles trends tech et la manière dont celles-ci influenceront le comportement des consommateurs – ce qui, à terme, pourra avoir un impact sur sa propre activité. Cette « good practice » lui évitera le « je ne l’avais pas vu venir » !

Lorsque j'ai découvert l'existence d'Indie Hackers, je me suis demandé pourquoi il y avait tant de plateformes d'information ciblant les entrepreneurs. Comme si Linkedin, Medium, Twitter ou encore les podcasts (sans compter la presse) ne couvraient pas la totalité des sujets sur l'entrepreneuriat. Je comprends maintenant que cette quantité d'information, sans cesse mise à jour, n'est pas seulement précieuse mais vitale pour les entrepreneurs. D'ailleurs, parmi les médias les plus utilisés par les entrepreneurs californiens, on trouve : Crunchbase (de loin), The Verge, Business Insider ou encore Re/code.

Garder les yeux ouverts à 360° c'est s'assurer qu'il y a un « product-market fit », anticiper les futurs acteurs et analyser comment ils pourraient vous disrupter. Identifier une vague puissante, c'est donc la première étape, mais si vous nagez trop lentement ou trop vite dessus, vous risquez de manquer le moment opportun pour vous lever sur la planche !

 

Ne pas laisser passer la vague

Au pier de Santa Monica, à l’approche d’une grosse vague, beaucoup de surfeurs commençaient à nager dessus. Peu d'entre eux réussissaient à se lever sur leur planche. Certains prenaient leur impulsion trop tôt. Et parfois, les premiers à se lever sur leur planche étaient aussi les premiers à tomber. S'ils avaient attendu, la glissade aurait peut-être été plus longue !

Pour les entrepreneurs, après avoir évalué le bon "Time-to-Market" - et après s’être entouré d’une équipe solide de Project-Holders ! – la prochaine étape est le lancement du produit. Pour se faire, faut-il absolument être le premier à entrer sur le marché en question ?

La majorité de ceux avec qui j’ai échangé sur la notion de momentum dans la Bay Area ont avancé que « Les Big Tech n'étaient pas les inventeurs des technologies qui ont fait leur succès par la suite. » Un mythe qui s’effondre, donc ! Avant Netflix, Amazon, Uber ou Apple, une « génération 0 » a échoué. Jacques-Alexandre Gerber vit dans la Baie depuis 20 ans. Il a mis en évidence qu’avant Facebook, il y avait MySpace. Avant Google, il y avait AltaVista. Avant Apple, il y avait BlackBerry.

Bill Reichert, partner chez Pegasus Tech Ventures, a même avancé que le « first-mover advantage » est en réalité un gros désavantage. Bill a travaillé sur un projet similaire à celui de l'iPad dans les années 90. Le momentum n’était pas bon. En effet, le coût de production de son produit était si élevé que les investisseurs lui ont ri au nez. Ce qu'il aurait dû faire, c'est attendre que le prix des matières premières diminue pour réaliser des économies d'échelle. Et attendre une meilleure acculturation des clients.

C’est donc un principe commun dans la Silicon Valley : d'autres ont travaillé pendant des années sur les solutions que vous êtes en train de développer, alors utilisez leurs idées ! Cela vous fera économiser de l'énergie, du temps, de la motivation et de l'argent. Cela m'a fait penser au film "The Social Network" dans lequel Mark Zuckerberg est dépeint comme "ayant volé une idée". Et s'il était en fait un « fast-follower » ? Et s'il avait remarqué une idée révolutionnaire et en avait tiré profit, comme il semblerait que ce soit le jeu dans la Baie ?

Si le momentum ne signifie pas nécessairement être le premier, il signifie avant tout qu’il faut être un « fast-follower ».

 

Keep the flow !

Jusqu'à présent, notre champion de surf a identifié la bonne vague et a saisi le moment idéal pour se lever. Maintenant, il s'agit de garder le contrôle de la planche et de profiter d’une longue glisse ! Traduction dans l'entrepreneuriat ? Après avoir identifié le meilleur moment pour pénétrer sur le marché (non pas en premier, mais avec réussite), la dernière étape consiste à développer son produit le plus rapidement possible tout en s'adaptant aux évolutions du marché. C'est un flow : des vagues à contrôler.

Après l'échec de la génération 0, l'idée révolutionnaire se répand à présent dans les mains de nombreux entrepreneurs. Pour Angelika Blendstrup, mentor chez Inovexus : "Le secret du succès n'est pas toujours l'idée originale, mais l'exécution". C’est donc là que réside la valeur pour les entrepreneurs de la Silicon Valley : l'exécution.

"Ne pas être le premier vous permettra d'avoir plus de temps". Alex Deve, qui a fondé Whitetruffle il y a 12 ans et vit à San Francisco depuis 23 ans, considère que plus on passe de temps à résoudre un problème, plus on remarque de nouveaux problèmes, plus importants, et plus les solutions développées seront justes et efficaces. Néanmoins, développer un produit parfait n’est pas la priorité, comme me l'a précisé Angelika. Les priorités dans l’exécution sont ailleurs : mieux identifier sa cible, offrir sa solution à un prix moins élevé, tirer profit d’une adoption plus facile par les consommateurs, bénéficier de davantage de traction, mettre en place une meilleure stratégie go-to-market et pivoter plus facilement (ce dernier point sera développé dans mon prochain article).

L’illustration d’une exécution efficace, c’est souvent la capacité à scaler. Comme vous pouvez le deviner, je vais citer une entreprise de la Silicon Valley: Airbnb. Le scaling de leur marketplace suscite l'admiration de nombreux entrepreneurs ici. Ils ont excellé dans une tâche difficile : augmenter proportionnellement l'offre et la demande pour éviter un déséquilibre qui aurait fait de leur entreprise un flop. Ils ont trouvé le flow, non pas sur la planche de surf, mais dans le business !

Dans la Silicon Valley, Steve Jobs n'est pas considéré comme un visionnaire. Brillant, certes. Mais le jeu, c’est que « les idées sont volées » (pensez à l'histoire de Xerox). Et Jacques-Alexandre m'a rappelée que "l'histoire est écrite par les vainqueurs" : à la fin, celui dont on se souvient, c’est celui qui a craqué le code, pas du premier qui l'a inventé.

 

En résumé : le timing (et la chance)

Il n'y a pas de recette pour devenir un entrepreneur à succès. Néanmoins, le "Time-to-market" fait partie intégrante de la réussite d'une entreprise, si ce n'est toute la réussite ! Ici, beaucoup d'entrepreneurs attribuent à 99% le succès d'Apple ou d'Amazon à un bon timing : les premiers jours d'Internet. Ils considèrent qu’ils ont été chanceux. Cela conduit donc souvent à une question : le succès d'une startup est-il majoritairement dû au facteur exécution ? Ou au facteur chance ? Je vous laisse sur cette réflexion philosophique !

Et pour moi – enfin, pour Inovexus – c’est notre momentum : le moment idéal pour disrupter le financement early stage européen en lançant notre fonds d’investissement : Inovexus Ventures !

 

 

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Mathilde Guimard

Pendant 5 mois, je pars à la rencontre d'entrepreneurs et investisseurs entre LA et SF. Mon objectif ? Décrire l'ADN californien dans l'écosystème startup et tech.
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