Dans une start-up, comment rendre ses collaborateurs investis ?

Par Mathilde Guimard | Publié le 27/01/2022 à 20:29 | Mis à jour le 27/01/2022 à 20:46
comment rendre ses collaborateurs investis

À travers la plume et l’analyse de Mathilde Guimard, notre édition part, durant ce premier semestre 2022 à la rencontre d'entrepreneurs et d’ investisseurs entre Los Angeles et San Francisco. L’ objectif ? Décrire l'adn californien dans l'écosystème startup et tech en partenariat avec Inovexus, fonds d'accélération cross-border.

 

Bâtir une équipe surinvestie dans un projet est une compétence que maitrisent bien les entrepreneurs en Californie ! À San Francisco, j'ai été surprise par le dévouement de certains employés dans les startups. Plusieurs fois, j'ai discuté quarante-cinq minutes avec quelqu'un avant de réaliser que mon interlocuteur n’était pas l'un des cofondateurs mais un Sales ou Marketing Manager. Le projet était incarné à la manière habituelle des founders ! Peut-être que cela était dû au fait que la startup était révolutionnaire, ou a un enthousiasme naturel. Mais après trois mois d’immersion dans l’écosystème Tech de la Côte Ouest, j’ai maintenant tendance à penser que les entrepreneurs californiens ont une capacité particulière à faire de leurs équipes des parties-prenantes convaincues et passionnées par la vision, 100% investies dans leur projet. En somme, des « Project-Holders ».

 

Une équipe de Vision-Holders !

Pour répondre à la question : « Qu'est ce l'ADN californien dans l'écosystème startup ? », j’ai d’abord évoqué l'état d'esprit californien dans la construction de son réseau. Une fois la mentalité du « Go-for-it » adoptée, s’entourer des bonnes personnes est une étape décisive pour monter une start-up qui marche - ce qui a toujours été la priorité de Christophe Cazes, mentor chez Inovexus ayant passé plus de vingt ans à construire des équipes internationales.

Vous avez probablement lu cent-trente articles sur les équipes en start-up early stage. Ici, je m’appuie sur mon expérience personnelle pour me concentrer sur trois aspects principaux que j'ai observés. Premièrement, la vision de la startup n'est pas simplement une tagline mais un projet auquel les employés adhèrent. Ensuite, les entrepreneurs ici capitalisent sur la jeunesse. Enfin, les employés sont impliqués dans l’entreprise, dans un sens financier. 

La motivation et l’investissement dans un projet diffèrent. La motivation est éphémère et peut durer une journée. Être investi, c'est sur le long-terme, d’où le fait qu’il s’agisse bien d’adhérer à une vision et non à des actions au jour le jour : en quoi ce projet va-t-il radicalement changer la vie quotidienne des gens ? Quel « people-problem » résout-il ?

En octobre dernier, j'ai rencontré Sasha lors d’un événement à Los Angeles. Elle illustre parfaitement mon propos. Au cours de notre échange, elle ne m'a pas parlé de sa vie personnelle, mais de la façon dont SnappToon, une application pour créer des mèmes, va contribuer à démocratiser ces derniers et donc les NFTs pour tout le monde, en particulier les débutants dans la création. Ce n'est qu'à la fin de notre conversation que j'ai réalisé qu'elle n'était pas CEO mais Marketing Manager. Elle m'a parlé de SnappToon comme si c'était quelque chose qu'elle avait bâtie. Elle croyait à 200% en la vision : celle-ci était pleine de sens et résonnait en elle.

La vision est en Californie une notion stratégique sur laquelle tous les employés sont à même d’agir, pas seulement les C-level executives. En terme de management, cela se traduit par une organisation fondée sur l’expertise : sur les compétences et les préférences de chacun. Ça aussi, c’est très californien. L'autonomie est une règle d'or : chacun gère l’entièreté du processus décisionnel d’une mission spécifique s’inscrivant dans la vision de la startup.

D'après mon expérience ici, nombreux sont ceux qui sont impatients d’investir leur temps et énergie dans les startups de la Bay Area. Pour les CEOs, il ne s’agit donc pas d’en faire des employés, mais des « Project-Holders ». Un conseil inspirant, n'est-ce pas ? La bonne nouvelle pour les CEOs, c'est qu’aller à des événements de networking perd de son sens lorsque les Project-Holders pitchent mieux la startup qu’eux !

S’investir dans sa mission n’est pas uniquement le fait d’un individu passionné et d’une vision brillante. Il s’agit aussi d’une dynamique interne à l’entreprise qui vise à concrétiser cette dernière. Quoi de mieux que la jeunesse pour y parvenir ?

 

La jeunesse : Un atout majeur pour les entrepreneurs californiens

Le fait de vivre en Californie a changé ma vision sur la jeunesse dans le monde du travail, que j'ai toujours considérée comme un désavantage. Pour moi, cela était synonyme de manque d’expérience, de charge pour l’entreprise et de manque de crédibilité auprès des managers. Une mentalité probablement dépassée depuis un moment, mais celui en laquelle je croyais. Ici, la jeunesse est considérée comme un atout dans l'écosystème entrepreneurial et technologique, notamment quand il s’agit d’être un « Project-Holder ». Et ce, pour trois raisons.

Premièrement, ce sont des « risk-lovers ». C’est ce que les entrepreneurs californiens comme Doug Erickson ou les investisseurs comme Jim Brandt considèrent. N’ayant généralement pas de famille à prendre en compte dans leurs décisions ni d'argent à perdre, ils n'ont que du temps à investir. Encore novices, ils se passionnent facilement pour construire un monde nouveau.

Cela conduit les jeunes à être davantage créatifs : ils voient leurs rêves avant les problèmes et prennent des décisions plus rapidement (pas besoin de dix jours pour se positionner) !

D’ailleurs, l'une des premières choses que notre mentor Angelika Blendstrup m'avait dites mes premiers jours ici était que "Les gens ne se soucient pas de l'âge" ! Elle avait raison : ce qui intéresse les gens, c'est l’ambition et la détermination (comme développé dans mon premier article).

Ensuite, le fait d’avoir grandi avec les réseaux sociaux est considéré comme un « unfair advantage » par rapport aux générations précédentes. Stéphane Giraudie, CEO de Walkie-Talkie, confie l’ensemble du management marketing de sa dernière startup à des jeunes de 20 ans. Il les considère bien mieux armés pour cibler la GenZ étant donné qu’ils connaissent TikTok mieux que personne, et comprennent plus vite les enjeux de certaines nouvelles Techs comme les NFTs. On m'a même souvent parlé des jeunes comme étant les meilleurs créateurs de marketplaces (le drop-shipping étant un bon exemple). Évidemment, la nécessité de séniorité et d’expérience n’est pas niée au niveau stratégique. A ce propos, nombreux sont les programmes de parrainages mis en place dès les premiers jours des startups ici.

Mon dernier point concernant la GenZ est qu’elle est… « La Resignation Generation ». « GenZ », un concept dont je n’avais d’ailleurs pas conscience de faire partie il y a encore quelques mois. Cela fait partie du langage courant des San Franciscains, totalement conscients de ses tendances, de ses mouvements et de son impact sur la société. Nous sommes donc appelés Resignation Generation car « si on n’aime pas, on ne fera pas » : aucun effort en cas de désaccord. Jon Orozco, Chief Diversity, Equity & Inclusion dans plusieurs start-ups de Los Angeles, me l'a confirmé : n’étant plus inquiets de la stabilité financière ou de la retraite, et posant des questions qui n'étaient auparavant pas posées, nous démissionnons facilement si une entreprise n'est pas mission-driven ou assez inclusive. L’alternative sera de se lancer en freelance, de travailler de manière « fractionnée » (pour de multiples employeurs), de créer sa propre startup ou d’investir dans les NFTs, à la manière d’Antonin Hartwood, fondateur du compte Instagram objectif_smartlife.

Bien, mais quel rapport avec le fait d'être investi en startup ? Eh bien, le contrepied de mon propos jusqu’ici consiste à dire que, si nous aimons, si ça fait sens pour nous, nous pouvons être surinvestis sans problème. Nous ne compterons pas les heures, partagerons avec enthousiasme la merveilleuse vision à laquelle nous prenons part et en serons très informés ! En somme, nous ferons une partie du job du CEO naturellement. Non pas par obligation, par argent, ou pour le CV, mais par passion.

En étant, dans une certaine mesure, plus créative, rapide et facilement passionnée, la jeunesse est en soi des « Project-Holders ». Il est maintenant temps d’en venir à la partie « Holder » de cette expression fraichement inventée.

 

Project-Holders !

Mon dernier motto californien pour faire de ses employés des « Project-Holders » est : « Equity is the new wage ». Ici, les startuppers ne sont ni actionnaires, ni employés. J’ai été surprise par le nombre d’entrepreneurs à San Francisco qui construisent leur équipe en donnant à leurs employés des stock-options. Il y a 50 ans, le moyen banal d’être rémunéré était de recevoir un salaire fixe. Ensuite, le bonus est devenu tendance. Aujourd’hui, ce sont les deux, plus une part du capital. Cela révèle quelque chose de notable : les startups qui réussissent sont le fruit d’un travail d’équipe et non uniquement du profil du CEO - souvent mis en avant. La logique suivie par les entrepreneurs est que, pour mettre toutes les chances de son côté, il faut recruter les meilleurs talents… qui coûtent cher. Or, une des caractéristiques des startups early-stage est… de ne pas avoir d’argent. Le capital étant souvent peu dilué à ce stade, l’équity est une bonne solution. Ainsi, plus le projet monte en puissance (et est valorisé), plus on est récompensé : plutôt convaincant pour devenir un « Project-Holder ». D'après mes conversations ici, les stock-options se situent généralement entre 0,05 et 1%.

 

Prochaines étapes

Le job d’un CEO, c’est souvent de gérer des relations (et d’avoir son Google Agenda rempli de calls) ! On pense souvent d’abord aux relations externes avec les partenaires commerciaux, les investisseurs, les clients. Pourtant, en interne, une équipe de « Project-Holders », alignée sur la vision, capitalisant sur la jeunesse et prenant part au capital, est un pari certain pour devenir  « successful ».

Rencontrer tous ces gens, la tête bouillonnant d’idées et d’optimisme sur l'avenir, est une expérience très inspirante pour moi, d’autant plus depuis mon point de vue de novice.

Après le mindset et les dynamiques internes aux startups, ma troisième observation sur l'entrepreneuriat californien portera sur la notion de momentum et arrive dans deux semaines.

Startup américaine

Mathilde Guimard

Pendant 5 mois, je pars à la rencontre d'entrepreneurs et investisseurs entre LA et SF. Mon objectif ? Décrire l'ADN californien dans l'écosystème startup et tech.
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