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Décodeur : pourquoi Greta Thunberg a ciblé la France

Par Rachel Brunet | Publié le 01/10/2019 à 15:06 | Mis à jour le 01/10/2019 à 16:36
Greta thunberg cible la France

Greta Thunberg, invitée au Sommet Action Climat de l’ONU, a tenu un discours déterminé dans lequel elle a pris à partie certains pays, dont la France qu’elle a aussi ciblée auprès du Comité des droits de l'enfant des Nations Unies via une plainte. Nous vous expliquons pourquoi.

 

La France, cible de Greta Thunberg ?

L’Unicef a indiqué qu'un groupe de 16 jeunes, parmi lesquels Greta Thunberg, ont déposé plainte auprès du Comité des droits de l'enfant des Nations Unies, estimant que "l'échec des Etats membres à faire face à la crise climatique constitue une violation des droits de l'enfant". Cette plainte vise notamment l'Argentine, le Brésil, la Turquie mais aussi l'Allemagne et la France. Dans les rangs du gouvernement, l'action juridique lancée par la Suédoise et la quinzaine d'autres jeunes auprès des Nations Unies passe mal. Certains ministres ne se sont pas privés de sonner la charge dans les médias contre l’activiste. Jean-Michel Blanquer, Brune Poirson se sont exprimés, tout comme Agnès Buzyn, la ministre de la Santé qui s’est interrogée sur le fait que les plus gros pollueurs ne soient pas attaqués... Les gros pollueurs en question sont l'Inde, la Chine, ou les États-Unis, des États qui ne sont en effet pas concernés par la plainte du collectif de jeunes.

D’où la question : Greta Thunberg se trompe-t-elle de cible ? En réalité, l'activiste aurait volontiers visé les pays les plus pollueurs si elle en avait eu la possibilité. Dans les faits, et ce qui explique pourquoi l’activiste à visé la France, la capacité de déposer une plainte de cette nature par des enfants est rendue possible par un protocole optionnel de la Convention de l’ONU sur les droits de l’enfant. Pour viser un pays, il faut que celui-ci ait signé et ratifié le texte, ce qu'on fait 44 États, dont la France. 

Les cinq pays visés par la plainte font partie de ces 44. Et s’ils figurent parmi les grands pollueurs de la planète, ils sont aussi très influents au sein du club des pays riches du G20. Ce qui leur a valu d'être épinglés, tandis que les États-Unis, la Chine ou l'Inde ne l’ont pas été. 

 

La rumeur du monde

En 1982, le sociologue Edgar Morin publiait un ouvrage intitulé  « La Rumeur d’Orléans ». Dans ce dernier, est analysée une rumeur étrange, celle de la disparition de jeunes filles dans les salons d'essayage de commerçants juifs, rumeur répandue, sans qu'il y ait la moindre disparition, dans une ville dont le nom symbolise la mesure et l'équilibre. Edgar Morin et une équipe de chercheurs ont mené l'enquête sur place. Pourquoi Orléans ? Pourquoi des Juifs ? Pourquoi et comment se propage une rumeur ? 

Près de 40 ans plus tard, ce phénomène de rumeur semble même emplifié par les réseaux sociaux. Et sociologiquement, une rumeur peut viser tout et tout le monde, notamment quand quelque chose dérange. Aujourd’hui, la cible a 16 ans, vient d’Europe du Nord et s’appelle Greta Thunberg. La rumeur prend forme de croyances bien ancrées, et sont véhiculées via des commentaires assurés sur Facebook ou Twitter « Elle est manipulée par ses parents » « Elle est un produit marketing » « Elle roule pour le lobby écologiste »... Elle, Greta, 16 ans, celle que tout le monde connaît suffisamment bien pour savoir qu’elle est l’enfant de manipulateurs, elle Greta, celle que tout le monde connaît suffisamment bien pour savoir qu’elle est un produit marketing. Ou peut-être, objectivement, juste, Greta, celle qui ose ce qu’une large majorité d’adultes seraient tout simplement incapables de faire. Greta, la cible...

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Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après avoir travaillé de nombreuses années dans la presse économique et spécialisée, Rachel Brunet est la rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal
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