Édition internationale

Après son intervention au Venezuela, Donald Trump viole-t-il le droit international ?

Le Venezuela a été attaqué par des frappes aériennes américaines dans la nuit du vendredi 2 au samedi 3 janvier 2026. Le président Nicolas Maduro a été exfiltré du pays pour être jugé sur le sol américain. Depuis cette intervention américaine, le monde diplomatique s’insurge et une question prédomine : celle-ci est-elle légale du point de vue du droit international ? 

Donald Trump président des États-Unis unsplashDonald Trump président des États-Unis unsplash
Crédit : Markus Spiske / Unsplash
Écrit par Flora Lacroix
Publié le 5 janvier 2026, mis à jour le 7 janvier 2026

 

Depuis samedi 3 janvier 2026, la légalité de l’intervention des États-Unis au Venezuela est au cœur de tous les débats. L’administration de Donald Trump a attaqué le Venezuela à travers des frappes aériennes visant des sites militaires de la capitale Caracas. Le président du pays, Nicolas Maduro, ainsi que sa femme Cilia Flores, ancienne présidente de l’Assemblée nationale vénézuélienne, ont été exfiltrés du pays d’Amérique du Sud et remis à la justice américaine à New York. Les États-Unis accusent le président Maduro de participer au trafic de drogue et au narcoterrorisme dans la région. 

 

Cette intervention dite “militaire et policière” par les États-Unis scandalise de nombreux dirigeants et chefs d’État à travers le monde. Le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot, estime que cette intervention militaire de la part des États-Unis au Venezuela « contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international ». Le Premier ministre polonais Donald Tusk a déclaré qu’ « un événement comme l’attaque américaine d’aujourd’hui contre le Venezuela affecte le monde entier ; nous réagirons et nous préparerons à cette nouvelle situation ».

Moscou évoque un «acte d’agression armée contre Caracas». Le ministère russe des Affaires étrangères a ajouté : « les prétextes utilisés pour justifier de telles actions sont intenables. ». Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva condamne fermement l’intervention au Venezuela sur le réseau social X, « Les bombardements sur le territoire vénézuélien et la capture de son président dépassent les limites de l’acceptable ». 


 

Les États-Unis ont-ils violé le droit international avec cette action au Venezuela ? 

 

Les États-Unis ont-ils le droit d’intervenir au sein d’un autre pays pour enlever un autre dirigeant ? Pour cela, le Congrès américain doit donner son accord, ce qui n’est pas le cas pour l’attaque du 3 janvier. 

Clara Gérard-Rodriguez avocate spécialiste du droit international, a déclaré dans une tribune au sein du journal Le Monde « qu’il s’agisse d’une opération militaire ou de police, cette intervention viole les principes fondateurs de l’ordre légal international contemporain.»

La Charte des Nations Unies stipule à l’article 2 (4), « Les Membres de l'Organisation s'abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l'emploi de la force, soit contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de tout État, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.» 

À travers cette intervention au Venezuela, Donald Trump semble totalement ignorer le droit international. Le journaliste et président de Reporter sans Frontières, Pierre Haski, a déclaré sur France inter, « Trump mène une politique impériale qui s’appuie sur la seule puissance américaine.» Il dénonce « la loi du plus fort » que prône le président américain.
 

Un avocat fondateur du cabinet Doughty Street Chambers et ancien président du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie en Sierra Leone, Geoffrey Robertson KC a déclaré dans The Guardian que l’attaque américaine ne respectait pas l’article 2 de la Charte des Nations Unies, « La réalité est que les États-Unis violent la Charte des Nations Unies ». 

 

Les États-Unis peuvent-ils être sanctionnés ou poursuivis par la justice internationale ? 

 

La Cour pénale internationale traitant des crimes contre l’humanité, des crimes d’agression, des crimes de guerre et de génocide, pourrait être inéfficace dans ce dossier. Cette juridiction n’est pas reconnue par les États-Unis qui se sont retirés du Statut de Rome. 

Concernant l’ONU, le Conseil de sécurité a la possibilité de sanctionner un État, à travers des restrictions commerciales ou des embargos sur les armes, afin de faire régner la paix. Cependant, les États-Unis font partie du Conseil de sécurité et détiennent un droit de veto. Des sanctions de la part de l’ONU sont donc très improbables. Le seul organe international susceptible de sanctionner l’attaque américaine serait alors incapable d’agir face au droit de veto des États-Unis. 

Après ces attaques, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, a appelé à respecter le principe de souveraineté des États, ce lundi 5 janvier 2026. « Dans des situations aussi confuses et complexes que celle à laquelle nous faisons face, il est important de respecter les principes », notamment « le respect des principes de souveraineté, d'indépendance politique et d'intégrité territoriale des États », déclare-t-il dans un discours lu par Rosemary DiCarlo, la sous-secrétaire générale, lors d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité.

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En l’absence de sanction envers les États-Unis, d’autres pays pourraient être incités à réaliser des opérations similaires et ainsi enfreindre le droit international à leur tour. Un cas possible serait l’invasion par la Chine de Taïwan, territoire revendiqué par Xi Jinping. 

 

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