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Covid : Des Français du Texas réagissent à la levée des restrictions

Par Rachel Brunet | Publié le 04/03/2021 à 19:35 | Mis à jour le 07/03/2021 à 11:39
Levée restrictions covid

Greg Abbott, le gouverneur du Texas, a décidé de lever les restrictions dans son État. « Trop de Texans ont été privés d’offres sur le marché de l’emploi. Trop de petits commerçants ont souffert pour payer leurs factures. Cela doit prendre fin. Il est temps de rouvrir le Texas à 100 % », a plaidé le leader républicain. Le port obligatoire du masque, en place depuis juillet, ne sera plus en vigueur, et tous les commerces pourront rouvrir entièrement à partir du 10 mars. Seuls 2 millions d’habitants ont, à date, reçu leurs deux doses sur un total de 29 millions, et le Texas déplore près de 43 000 décès des suites du coronavirus.

 

Une mesure « absolument imprudente »

Cette décision, à l’encontre des recommandations du CDC qui incite toujours à la plus grande vigilance pourrait se justifier par les ambitions politiques nationales de Greg Abbott. Les mesures de restrictions étant de moins en moins populaires auprès de l’électorat républicain, M. Abbott pourrait courir le risque d’être distancé par des gouverneurs ayant adopté un laisser-faire face à la pandémie.

Sa décision de lever les mesures de restriction l’a bien évidemment exposé aux critiques des démocrates, comme son homologue de Californie, Gavin Newsom, qui a qualifié la mesure « d’absolument imprudente ».

Le 1er mars, la directrice des Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), la principale agence fédérale de santé publique du pays, avait mis en garde contre tout relâchement, notamment sur le port du masque. « Je suis très inquiète des informations selon lesquelles de plus en plus d’États lèvent précisément les mesures que nous avons recommandées pour protéger les gens », avait déclaré Rochelle Walensky lors d’un point presse. Et de rajouter « ce n’est pas le moment d’assouplir les dispositifs cruciaux dont nous savons qu’ils peuvent stopper la diffusion du Covid-19. »

Caroline David, une Française installée au Texas depuis trois ans, explique « les bars et restaurants n’ont jamais vraiment été fermés, au Texas. Légalement, ce n’était pas une obligation. L’annonce de réouvrir ces commerces, sur le principe, ne dérange pas trop. Par contre, ne plus porter le masque est une aberration. Hier, j’ai entendu que le supermarché H-E-B soutenait l’annonce du gouverneur. Je n’irai plus y faire mes courses. Je vais devoir sélectionner les commerces où je vais pouvoir aller ». Et de rajouter « l’école de mes enfants et les activités extra scolaires ont fait passer le message qu’ils continuaient de suivre les recommandations du CDC ». Un vrai soulagement pour cette mère de famille. Selon elle, dans la ville de Houston, qui comme Austin avaient largement donné leur voix à Joe Biden, « les habitants respectent le port du masque à 80 ou 90 % ».

 

« Indigné et terrifié »

« Comme tout le monde à Austin, je suis indigné et terrifié, mais pas surpris. C'est un scénario habituel pour ce gouverneur. Quand une de ses politiques dégénère en catastrophe, comme la récente défaillance de la grille électrique, il fait une annonce pour humilier les Texans urbains et démocrates, et les administrations des grandes villes » explique de son côté Laurent Oget, installé à Austin depuis 2015. Et de rajouter « depuis le début de la pandémie, que ce soit à Austin, Dallas ou San Antonio, les autorités des villes et des comtés suivent les recommandations du CDC, mais le gouverneur fait tout pour leur mettre des bâtons dans les roues. C'est un désastre. »

Même son de cloche pour Renaud Farrugia, installé à Dallas depuis deux ans avec sa famille « mon sentiment est que rien ne justifie une telle disposition, dans la mesure où les commerces sont déjà ouverts à 50 % ou plus. C’est très prématuré et cela va à l’encontre des directives sanitaires... Donc difficile à interpréter autrement que comme étant une décision éminemment politique. La vaccination au Texas avance à un bon rythme mais, il est dangereux d’ignorer les conseils sanitaires ». Et de rajouter « autant, je pouvais comprendre en mai dernier quand le Texas ait ouvert, modérément, plus tôt, parce qu’il en allait de la survie des entreprises, autant, je ne comprends pas cette décision, encore une fois autrement que sous un angle purement politique pour satisfaire l’électorat républicain sceptique ».

On peut s’interroger sur la cohabitation sociale en période de pandémie entre une partie de la population qui souhaite suivre les directives du CDC et l’autre partie qui préfère ignorer la pandémie ou qui la réfûte. « Cela va donner lieu à de nombreux incidents. Certaines personnes ne portant pas de masques face à des commerçants soucieux de la santé de leur staff et de leurs clients » prévient Renaud Farrugia.

Pharoeuth Bonini-Sy, qui réside à Plano depuis juillet 2019, reste optimiste face à l’annonce du Gouverneur « personnellement, je crois au bon jugement de chacun » explique-t-elle. « Nous pratiquons beaucoup de sport à la salle CowboysFit Plano. Et étonnamment, tout le monde porte son masque. De même, chez mon dentiste, aujourd'hui, les mesures sont restées strictes. Au supermarché, tout le monde garde son masque. À suivre dans les prochains jours, je dirais... ».

Olivier Desplechin est arrivé à Houston à l’automne. Après avoir vécu le confinement de printemps à Paris, il s’est senti plutôt en sécurité au Texas « à Houston, on se déplace en voiture et non en transport en commun. Tout est développé autour du curbside pickup, ce qui nous apporte un sentiment de sécurité. En France, quand les restaurants avaient réouvert, les gens étaient collés les uns aux autres. Ici, les restaurants sont grands, les tables espacées et souvent des plaques de plexiglass séparent les clients. C’est assez désagréable d’être dans une cage de plexi, mais on se sent en sécurité ». Concernant la levée des mesures anti-Covid, il pense que « le gouverneur lève trop vite et trop fort » mais avec une nuance « la plupart des gens ne lèveront pas les restrictions, ni dans les écoles, ni dans les commerces ; même si je pense que les restaurants accueilleront davantage de clients. Dans ma société, la règle est de ne pas lever les règles ». Continuer à respecter les gestes barrières, garder le masque, faire attention...

Le Français nuance « en France, on ne laisse pas l’opportunité aux structures - comme les restaurants - de mettre en place leurs propres mesures de sécurité, aux États-Unis, oui ». Et de conclure «  le système social n’est pas le même, aux États-Unis, si on ne travaille pas, on n’a plus rien ».

Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après être passée par la presse économique et la presse spécialisée, Rachel Brunet est la directrice et la rédactrice en chef de l’édition New York du Petit Journal.
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