Édition internationale

VISIONE AL FEMMINILE – La valorisation de nos différences

Écrit par Lepetitjournal Milan
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 juin 2015

C'est un public enthousiaste qui est sorti jeudi dernier de la conférence Visione al Femminile, sur un thème innovant en matière de management : comment le genre féminin peut contribuer à l'identification de solutions alternatives et durables en entreprise, dans un monde toujours plus complexe ? Pour y réfléchir, experts scientifiques et femmes dirigeantes, français et italiens, ont apporté leurs témoignages, répondant aux questions de la journaliste du 24 ORE, Maria Cristina Origlia. La soirée avait été organisée par la Chambre Française de Commerce et d'Industrie en Italie, Milan Accueil, l'association des Français, francophones et francophiles de Milan et le journal en ligne qui leur est dédié, Lepetitjournal.com de Milan.


Italie : Les femmes ont un rôle de plus en plus déterminant

Monica Fabris, présidente Epistème présente l'étude commanditée par AXA. Crédit photo : TD pour lepetitjournal.com

Si l'on parle facilement de la mixité hommes femmes en entreprise au travers de l'approche numérique que sont les quotas, plus rares sont les approches relatives à la valeur ajoutée de la mixité, notamment en matière de gestion des risques (sécurisation, anticipation). Telle est la mission que l'assureur AXA en Italie a commandité à Épistème, Institut italien en recherche social. Pour Monica Fabris, présidente d'Épistème et par ailleurs sociologue : "Nous surveillons la situation des femmes depuis des années en Italie et nous observons des tendances variées". Certes, les styles de vie ont profondément évolué ces 30 dernières années, mais depuis 10 ans, l'Italie vit un profond changement comme le démontre l'étude intitulée Perception des femmes sur le risque, la protection, l'assurance et nouveaux modes de consommation et choix financiers en Italie.

A titre d'exemple, à l'affirmation "Beaucoup de choses s'amélioreront quand les femmes seront plus influentes que les hommes dans le monde du travail et de la politique", il en ressort que 68,5% des hommes répondent favorablement en 2014, contre 44,2% en 2004. Par ailleurs, pour les hommes comme pour les femmes, les centres d'intérêts se sont déplacés; les femmes sont aujourd'hui davantage portées sur la connaissance et démontrent un goût du risque toujours plus accru. Si en effet, elles n'étaient que 27% en 1994, comme en 2004, à se déclarer prêtes à l'aventure, elles sont 43,2% en 2014, contre 55,1% pour les hommes. Sur la même période, les deux sexes dénoncent se sentir toujours plus exposés aux risques et à l'incertitude avec en moyenne 20% de plus qu'il y a 10 ans. Toutefois, commente Monica Fabris "le risque et la sécurisation sont toujours plus pris en charge par les femmes". Pour elle, ce phénomène se justifie par une "capacité des femmes à décider et à avoir une vision à long terme". Des résultats qui, en, somme, lui laissent penser que "les femmes apporteront un nouveau modèle dans la gestion du risque au niveau social".
Ces changements sociétaux que connaît l'Italie viennent aussi du fait que "Les jeunes qui rentrent aujourd'hui sur le monde du travail ont un modèle différent, car ils ont vu les deux parents travailler. Ils savent que l'autre devra travailler" précise Anna Zattoni, directrice générale de Valore D, première association de grandes entreprises en Italie pour soutenir le leadership féminin en entreprise.


La place de la femme en entreprise est-elle différente en France et en Italie ?

Béatrice Derouvroy, Directeur général d'AXA MPS depuis septembre 2013 se souvient : "Il paraît que quand je suis arrivée, ça été un petit choc". Si pour cette haute dirigeante française, sa prise de poste en Italie a été pour ses collaborateurs masculins une révolution, elle a aussi été pour elle une révélation. Elle y voit en fait beaucoup de similarités avec la France quant

aux problématiques de la diversité dans l'entreprise, mais aussi une culture très différente, avec des organisations plus verticales et plutôt moins ouvertes au management collectif et participatif, caractéristique du management au féminin, d'où la nécessite d'accélérer encore plus la promotion des femmes compétentes dans les entreprises pour faire changer les choses grâce à la richesse de la mixité. "Pourtant, si au niveau des salariés en Italie, on ne se distingue pas dans l'assurance des autres secteurs, avec des organigrammes de moins en moins féminins plus on monte en responsabilité, nous avons chez AXA une vraie politique de méritocratie qui commence à porter ses fruits et qui se voit au travers de la proportion plus élevée qu'au niveau du pays de cadres dirigeants. Mais nous avons encore beaucoup à faire car le bénéfice de la diversité ne se fera sentir que lorsque les femmes ne se sentiront plus seules aux postes de responsabilité". Et tout en citant des exemples concrets d'actions mises en place par AXA  en Italie pour faciliter la vie des collaboratrices, par exemple dans le domaine de la garde des enfants, elle rappelle que "les changements doivent venir du top et encore plus ici car la culture y est encore plus individualiste qu'ailleurs".

Graziella Gavezotti, Anna Zattoni, Béatrice Derouvroy. Crédit photo : TD pour lepetitjournal.com

En Italie, c'est sa persévérance qui a permis à Graziella Gavezotti de faire carrière. Elle est aujourd'hui présidente d'Edenred Italia. "J'ai toujours cherché à faire ce que je voulais. Je ne me suis jamais sentie limitée. J'ai toujours cherché à être femme sans jamais faire de concession" confie-t-elle, souriante et pleine d'assurance. Pour elle, "seule la grande disponibilité et la grande distinction des femmes devraient créer une différence. Après, c'est une rapport normal de relation humaine". Appelée à siéger au Conseil d'administration du groupe français de construction Vinci, elle raconte  : "Je n'ai pas été recrutée par Vinci pour mon diplôme aux Ponts et Chaussés? Je n'ai rien à voir avec cela !". Une façon ironique de faire comprendre au public que la vraie compétence, c'est la capacité de s'adapter.

Certes, certaines caractéristiques féminines, comme la sensibilité, le sens de l'accueil, du partage peuvent faire la différence, mais "Le nombre de femmes est important dans le groupe car une femme seule ne peut pas faire changer le groupe" fait observer Béatrice Derouvroy. Et Graziella Gavezotti de conclure avec humour "Quand on aura le pouvoir, je créerai une association pour les hommes, car on ne peut pas se permettre de ne pas avoir de contre pouvoir".


Hommes, femmes : Questions de genre ?

Les résultats de l'enquête AXA-Epistème et les témoignages recueillis au cours de la soirée posent une fois de plus la question universelle des différences entre les hommes et les femmes. Une question à laquelle se sont intéressés des neuroscientifiques dans le milieu des années 50 (Maier en 1945, Sweeney en 1953, Berry en 1958, Milton en 1959 ou encore Raaheim en 1963) dont les études démontrent dans le temps, que les performances des femmes ne se distinguent pas tant de celles des hommes.

Oded Eldad et Milena Cerciello Crédit photo : TD pour lepetitjournal.com

Milena Cerciello, doctorante en Neurosciences Cognitives au département psychologie de l'Università degli Studi di Milano-Bicocca, a exposé quatre études réalisées dans les années 2000, mettant l'accent sur quelques tendances, parmi lesquelles 1) - le fait que les zones du cerveau qui s'activent lors d'exercices similaires ne sont pas forcément les mêmes chez les hommes que chez les femmes, sans qu'il ne puisse y avoir d'impact direct en termes de performance ; 2 ) ? le fait que les femmes démontrent davantage d'empathie que les hommes chez qui les zones cérébrales cognitives sont davantage sollicitées. Des comportements qui naturellement portent les femmes à occuper des fonctions dans le domaine social, mais aussi à démontrer plus de leadership dès lors que le groupe exige plus d'interaction sociale, ou encore à avoir plus facilement une vision à long terme dès lors qu'il s'agit d'atteindre des objectifs. Toutefois, si les différences sont évidentes, les neurosciences travaillent aussi sur la similitude des genres.

Une question de genre que Oded Eldad, Docteur en Anthropologie, et actuellement Maître de conférences en Exégèse Biblique à l'Université de Jérusalem, n'a pas souhaité trancher, invitant les participants à réfléchir sur eux-mêmes et sur leurs relations avec leur environnement, à travers des textes fondamentaux de la Bible. Qui parle d'homme et de femme dans un contexte biblique, arrive inéluctablement à Adam et Ève. Adam, homme de la terre. Ève, sortie de sa côte. Et Adam voyant cette femme, de se demander ce à quoi elle pouvait servir, avant de voir en elle la menace de devoir partager son territoire. Mais, Olded Eldad, rappelant la déclaration d'Adam : "Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair!" pointe l'hypothèse selon laquelle Ève ? qui veut dire la Vie - ne serait finalement pas la première femme. En effet, selon la Kabbale, une autre femme, la première, Lilith, ne serait jamais sortie d'Adam. Et c'est ainsi qu'il constate que les hommes portent en eux deux femmes : celle pour donner le plaisir et la mère. Et si Ève décida de croquer la pomme de l'arbre de la connaissance, c'était pour se détacher du reste du monde, affirmer son existence et prendre conscience d'elle même. Avec ce geste, elle créa une rupture avec la nature pour nous mettre devant notre responsabilité. Le Bien et la Mal coexistent. A chacun de choisir?

Voilà peut-être pourquoi si la femme est porteuse de vie, elle est aussi concurrente de l'homme dans le monde de l'entreprise. Mais attention à ne pas s'y méprendre. L'évolution dans les conseils d'administration français, italiens et européens n'est pas seulement question de genre. Il faudra bien aussi passer par la diversité culturelle?et générationnelle !

Sophie Her (www.lepetitjournal.com) - mardi 2 décembre 2014

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Publié le 2 décembre 2014, mis à jour le 14 juin 2015
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