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Dans la tête du Caravage, à Milan

Par Monica La Rivière | Publié le 05/10/2017 à 00:30 | Mis à jour le 06/10/2017 à 16:59
Photo : Caravage, La Bonne aventure, 1597 ©Musei Capitolini, Rome
07. CARAVAGGIO La Buona   Ventura

Nombre de légendes entourent la façon de peindre de Michelangelo Merisi, dit Le Caravage, né à Milan en 1571.  Le mystère est résolu depuis que 20 de ses œuvres les plus significatives provenant du monde entier ont été passées sous rayons-X . Découvrons les secrets de ce génie tourmenté qui a ouvert la voie à l’art moderne au Palazzo Reale,  jusqu’au 28 janvier 2018.

 

La ville de Milan se surpasse présentement. Un article récent du Figaro évoque sa « fulgurante ascension », la plaçant parmi les quatre destinations préférées d’Italie.  Elle doit en partie ce succès à la collaboration entre les secteurs public et privé pour de grands projets communs. L’exposition Dentro Caravaggio en est un exemple concret. Ici Le Ministère des Biens culturels et du tourisme, La Ville de Milan et le musée du Palazzo Reale unissent leurs forces avec la banque Intesa Sanpaolo, le groupe pharmaceutique et diagnostique par images Bracco-imaging et la maison d’édition sur l’art Skira.

 

Art et sciences : l’envers du tableau

« Ce qui commence dans l'œuvre de Caravage est tout simplement de la peinture moderne » écrit dans les années 50 le critique français André Berne-Joffroy,  qui est l’un des grands protagonistes avec Roberto Longhi  de la redécouverte de Caravaggio, passé aux oubliettes après sa mort en 1610, à 39 ans.  On doit à l’artiste le passage direct du modèle en pose à la toile. La légende dit que Caravaggio ne faisait jamais de tracé au fusain ou de sketches préparatoires sur cartons, comme c’était l’usage chez les humanistes qui retenaient utile d’idéaliser leurs modèles avec l’intellect et au moyen du dessin, d’où le résultat cependant moins vibrant. Peindre directement sur la toile pour Caravage, était un moyen pour lui de capter le mouvement, la lumière, les expressions des visages et leurs rides, l’unicité du moment avec plus de naturel et de véracité. Un naturalisme accentué par les personnages plutôt colorés qu’il choisissait comme modèles, parmi les gens de la rue, ses compagnons de taverne et ses amies prostituées.  Plus humain qu’humaniste !

Or les rayons-X qui ont été pratiqués sur les œuvres ont démontré que Caravaggio se servait toutefois de quelques points de repère qu’il traçait sur ses toiles d’un trait léger ou d’une incision, imperceptibles à l’œil nu, pour le guider dans la construction du tableau. Les techniques mises en œuvre par la Bracco-imaging ont aussi révélé des modifications au long de sa conception ou des surprises : si on regarde « à l’intérieur » du tableau Buona Ventura dépeignant un seigneur approché par une gitane qui veut lui lire la main, on découvre la silhouette d’une Madone à peine esquissée, signe que la toile a été recyclée. L’auréole de la Madone et le feutre du jeune homme ont été tracés au compas.

 

Caravage Milan Palazzo Reale
Esquisses relevées par rayons X sur la toile Buona Ventura du Caravaggio par Bracco-imaging

 

C’est ainsi, autre exemple, qu’en changeant la position de son ange musicien dans Repos durant la Fuite en Egypte, placé dans un premier jet en retrait de côté puis déplacé au premier plan en plein centre de l’œuvre, il nous offre une composition originale et moderne.

 

Caravage expo Milan palazzo Reale
Caravage, Repos durant la Fugue en Egypte (1597) ©Galleria Doria Pamphili, Roma

 

De la lumière à la pénombre

Jamais autant d’œuvres de Caravaggio n’ont été rassemblées dans un seul musée. La ville de Milan rend ainsi hommage à son peintre natif.  Vingt tableaux de grandes dimensions provenant des musées de Milan, Rome, Florence, Crémone, Naples, Hartford, Détroit, New York, Kansas City, Barcelone et Londres, parfaitement illuminés sont exposés dans les salles au piano nobile du Palazzo Reale. Rosella Vodret, conservatrice de l’exposition a voulu respecter l’ordre chronologique des œuvres pour illustrer l’évolution artistique du peintre en 15 ans de carrière.

Le parcours ne débute cependant qu’en 1597 avec les premières œuvres de la période romaine du Caravage. On sait qu’il a complété sa formation dans les ateliers de peintres en Lombardie et en Vénétie durant des années turbulentes, entre 1584 et 1596, date à laquelle il se réfugie à Rome après une année d’incarcération pour le meurtre d’un compagnon. La période romaine connaît deux phases, avant et après la réalisation des tableaux de l’église St Louis des Français en 1600, qui va consacrer sa réputation de peintre. La phase initiale de 1597 à 1599 utilise les couleurs de façon traditionnelle privilégiant la lumière, tandis que la seconde va introduire le clair-obscur.

En effet, quand on lui demande de réaliser en peu de temps les œuvres de la chapelle Contarelli à St Louis des Français, Caravaggio utilise le principe « a risparmio », en économie, qui consiste à ne peindre que les parties des corps illuminées. Le reste disparaît dans l’ombre où a été préparée une base de tons marrons.  Cela fait gagner du temps et du labeur mais l’effet du clair obscur résulte encore plus dramatique. Une technique que Caravage va exploiter jusqu’à la fin, même au cours de sa troisième période loin de Rome.

Caravage palazzo Reale expo Milan
Judith coupant la tête d’Oloferne (1602) ©Galleria Barberini, Roma (à Milan jusqu’au  10 décembre) .

 

Hâtez-vous de réserver ! Info : www.caravaggiomilano.it

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