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Ultra-riches en Espagne : pourquoi leur fortune bat tous les records

L’Espagne n’a jamais compté autant de milliardaires. Et ils n’ont jamais été aussi riches. Pendant que des millions d’habitants peinent à payer leur logement ou voient leur pouvoir d’achat s’éroder, la fortune des ultra-riches installés en Espagne atteint des sommets historiques. Décryptage.

Vue panoramique d’un rooftop de luxe à Madrid au coucher du soleil, avec plusieurs personnes élégamment habillées face à la skyline de la capitale espagnole et aux tours modernes en arrière-plan, illustrant l’essor des grandes fortunes en Espagne.Vue panoramique d’un rooftop de luxe à Madrid au coucher du soleil, avec plusieurs personnes élégamment habillées face à la skyline de la capitale espagnole et aux tours modernes en arrière-plan, illustrant l’essor des grandes fortunes en Espagne.
@Image générée par IA via DALL·E – OpenAI
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 26 mai 2026

Les ghettos du gotha gagnent du terrain en Espagne. Derrière les rooftops de Madrid, les villas de Marbella et les immeubles de luxe qui poussent dans les grandes métropoles, le pays voit émerger une concentration de richesse de plus en plus spectaculaire. 

Selon plusieurs études publiées ces derniers mois par Oxfam Intermón, le World Inequality Database et UBS, l’Espagne est désormais l’un des pays européens où les ultra-riches s’enrichissent le plus vite. Une transformation silencieuse, qui redessine peu à peu le visage économique et social du pays.

 

En Espagne, les ultra-riches gagnent 77 millions d’euros par jour

En Espagne, les ultra-riches tutoient désormais la stratosphère. En 2025, la fortune cumulée des 33 milliardaires installés dans le pays a grimpé à 197,5 milliards d’euros, soit une envolée de 13,6 % en un an. Cinq nouveaux noms ont rejoint ce club ultra-select en seulement douze mois.

Le rythme donne le vertige : selon Oxfam, ces grandes fortunes auraient engrangé plus de 77 millions d’euros supplémentaires… par jour en moyenne tout au long de l’année 2025.

Le contraste, lui, devient de plus en plus saisissant. À eux seuls, ces 33 milliardaires détiendraient désormais davantage de richesse que près de 18,7 millions de personnes en Espagne, soit environ 39 % de la population.

Et l’Espagne est loin d’être un cas isolé. À l’échelle mondiale, la fortune des quelque 3.000 milliardaires de la planète aurait bondi de plus de 16 % en 2025, atteignant un niveau inédit : 18.300 milliards de dollars.

 

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Madrid, nouveau refuge des grandes fortunes

Longtemps, les regards se tournaient vers Londres, Genève ou Monaco. C’est désormais Madrid qui s’impose comme l’un des nouveaux centres de gravité européens des grandes fortunes.

La capitale espagnole concentre aujourd’hui le plus grand nombre de grandes fortunes du pays. La recette madrilène est connue : fiscalité régionale avantageuse, quasi-disparition des droits de succession dans certains cas, climat pro-business, sécurité, qualité de vie et immobilier de luxe encore jugé « accessible » face aux prix de Paris, Londres ou Genève. Résultat : investisseurs, entrepreneurs et familles fortunées affluent discrètement vers la capitale. Le mouvement touche aussi les grandes fortunes nationales. Plusieurs familles catalanes ont déplacé leurs holdings vers Madrid ces dernières années.

Et tout cela, en catimini. Car contrairement à d’autres pays européens qui assument ouvertement leur stratégie d’attraction des riches, l’Espagne continue d’afficher un discours politique critique envers les grandes fortunes. Le gouvernement de Pedro Sánchez a même supprimé les « golden visas », ces permis de résidence accordés en échange d’investissements immobiliers importants. Reste que, dans les faits, l’Espagne apparaît de plus en plus comme un territoire accueillant pour les très hauts patrimoines.


 

Bourse, tourisme, immobilier : les machines à cash des milliardaires

Si les grandes fortunes espagnoles grossissent aussi vite, c’est d’abord parce que les marchés tournent à plein régime. Porté par la flambée de la Bourse ces dernières années, l’Ibex 35 a offert un formidable accélérateur de richesse aux propriétaires des grands groupes cotés.

En tête, une silhouette surplombe toujours le paysage : Amancio Ortega. Le fondateur de Zara reste, de loin, l’homme le plus riche d’Espagne. Mais derrière lui, toute une galaxie de fortunes familiales a vu ses actifs exploser grâce aux dividendes, aux placements financiers, à l’immobilier ou au tourisme.

Le secteur hôtelier, notamment, continue de fabriquer des milliardaires à tire-larigot. Les familles Barceló, Riu, Escarrer ou Fluxá surfent sur le boom touristique espagnol, pendant que d’autres grandes fortunes rachètent hôtels de luxe, immeubles premium et actifs touristiques à Madrid, Barcelone, Marbella ou dans les Baléares.

L’immobilier constitue l’un des grands moteurs de cet enrichissement accéléré. Beaucoup de grandes fortunes espagnoles investissent d’ailleurs bien au-delà des frontières du pays, via des structures installées au Luxembourg, aux Pays-Bas ou en Suisse. Une mondialisation du capital espagnol, loin de l’image traditionnelle de l’entrepreneur local enraciné dans son territoire.

 

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Toujours plus d’inégalités

C’est ici que le récit du « miracle espagnol » commence à se fissurer. Pendant que les patrimoines des ultra-riches s’envolent, une grande partie de la population voit surtout grimper les loyers, les factures et le coût de la vie. Dans les grandes villes, beaucoup ont désormais le sentiment de courir derrière une prospérité hors de portée.

Un autre chiffre pour éclairer cette réalité. Selon Oxfam Intermón, le 1 % le plus riche concentrerait près de 24 % de toute la richesse du pays. À l’inverse, la moitié la plus pauvre des Espagnols ne détiendrait que 6,7 % du patrimoine national.

 

Inégalités sociales, un défi majeur aux multiples visages

 

Le décalage saute surtout aux yeux à Madrid, Barcelone, Malaga ou Valence. Dans ces villes attractives pour les investisseurs internationaux, les prix immobiliers flambent à une vitesse qui dépasse largement l’évolution des salaires. Conséquence : une partie des classes moyennes et des jeunes actifs glisse vers un sentiment de déclassement.

Et le plus surprenant, peut-être, tient au fait que l’Espagne ne ressemble pas vraiment à un paradis pour ultra-riches. Pas de marketing tapageur à la Dubaï, pas d’image offshore façon Monaco ou îles Caïmans… Officiellement, le pays exprime un discours politique plutôt critique envers les grandes fortunes. Et pourtant, les chiffres racontent une autre histoire.

Selon les données du World Inequality Database, l’Espagne serait aujourd’hui la grande économie européenne où les ultra-riches captent la plus grande part de la richesse nationale. Les revenus du 0,1 % le plus riche représenteraient environ 5 % du PIB espagnol, davantage qu’en Allemagne, en France, au Royaume-Uni ou même en Suisse.

 

Taxer davantage les super-riches ?

Face à cette concentration inédite des richesses, la question fiscale revient au centre du débat. Plusieurs organisations et économistes plaident pour un tour de vis visant les très hauts patrimoines.

Parmi les propositions les plus commentées figure celle de l’économiste français Gabriel Zucman : instaurer une taxation minimale de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. Selon certaines estimations, une telle mesure pourrait rapporter plusieurs milliards d’euros supplémentaires par an à l’Espagne.

Le sujet reste hautement inflammable. Les défenseurs des grandes fortunes rappellent que ces patrimoines alimentent investissements, entreprises, innovation et emplois. Au contraire, les partisans d’une fiscalité plus agressive estiment que le niveau actuel de concentration de richesse fragilise l’équilibre démocratique lui-même.

Dans son dernier rapport, Oxfam Intermón pousse même l’alerte plus loin. L’ONG estime que les milliardaires ne se contentent plus d’accumuler du capital : ils renforcent aussi leur capacité d’influence sur les médias, les réseaux sociaux et le débat public. À mesure que les fortunes prennent de la hauteur, se dessinent les contours d’une oligarchie feutrée, installée au sommet d’une prospérité devenue de plus en plus verticale.

 

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