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Valérie Servissolle: "Le Lycée Molière fêtera ses 45 ans le 21 avril"

Par Vincent GARNIER | Publié le 22/11/2017 à 18:51 | Mis à jour le 22/11/2017 à 18:59
Photo : DR
valérie servissolle lycée molière madrid

En provenance du sud-ouest de la France, cette ancienne professeure de Lettres et d'Histoire, précédemment proviseure en Lycée des métiers de l'industrie et avec une grande partie de sa carrière passée dans des établissements professionnels français, a pris en compagnie d'Olivier Denis, nouveau directeur du Primaire, la relève de l'ancienne équipe dirigeante. Et la rentrée se déroule sous de bons auspices, puisque pour la première fois depuis plusieurs années, l'établissement dépasse à nouveau la barrière des 800 élèves, en nette progression par rapport à l'an dernier. La phase de découverte de l'établissement passée, et les constats de la "vitalité", de "l'ouverture" et de "la proximité" de l'établissement posés, Valérie Servissolle se tourne vers l'avenir, avec comme ligne de conduite l'ouverture : celle de l'établissement, mais aussi du champ des possibles des élèves. Pour la nouvelle proviseure, il est essentiel de former "des citoyens éclairés". Rencontre.


 
lepetitjournal.com : Nouvel établissement et nouveau pays : comment s'est déroulée votre rentrée ?


Valérie Servissolle : Le mieux possible. Je suis arrivée dans un établissement agréable à vivre au quotidien, à taille humaine, où existe une très grande proximité avec les enfants et les différents acteurs de l'école. J'ai été accueillie de façon chaleureuse, dans le Lycée, mais aussi par les différents services de la Mairie de Villanueva de la Cañada, qui m'ont rapidement fait valoir l'étroite collaboration qui existe avec l'établissement, et de façon générale par l'ensemble du réseau français. J'ai très rapidement pu prendre la mesure de la vitalité du Lycée Molière, du grand nombre de projets qui y sont menés, sur tous les degrés, dans des domaines extrêmement variés, et portés avec beaucoup d'énergie par les enfants et les adultes, avec un parti pris fort sur le développement durable. Dans un environnement très concurrentiel, ce qui est nouveau pour moi qui vient du Public en France, je découvre un établissement d'excellence, doté de nombreux points forts, qui jouit en outre en cette rentrée d'une hausse conséquente des effectifs, puisque nous accueillons cette année 820 élèves, soit 40 de plus que le cycle précédent. C'est une vraie réussite, qui concerne l'ensemble des niveaux, du 1er et du 2nd cycle, avec des enfants en provenance d'horizons et de systèmes éducatifs très variés. 


 
Quelle est la répartition de vos élèves, par nationalité et par niveau ?


Une des spécificités du Lycée Molière est justement liée à la forte proportion de Français qui sont scolarisés dans l'établissement, et qui, en incluant les enfants binationaux, issus de parents franco-espagnols, représentent 46% des effectifs. En outre, la moitié des élèves sont Espagnols et 4% issus de nationalités tierces. Autre particularité : nous constatons un équilibre entre premier et second cycle, ce qui n'est pas courant dans les établissements du réseau, qui sont généralement plus sollicités dans les sections les plus basses. Nous pouvons pour notre part nous réjouir d'une belle continuité de nos élèves, qui restent avec nous sur l'ensemble du cursus. De façon générale, je crois que nous bénéficions de toutes façons des efforts de communication faits par l'ensemble du réseau, sous la houlette de l'Ambassade, et d'une certaine appétence croissante pour le français et le système éducatif français, que l'on ressent sur l'ensemble du territoire, mais aussi en dehors de la seule péninsule Ibérique. 

 

Nous accueillons cette année 820 élèves, soit 40 de plus que le cycle précédent


 
La Semaine des Lycées français dans le Monde, organisée par l'AEFE, vient de se terminer, Comment le Lycée Molière a-t-il participé à cet événement ?


Nous avons pris part à la Semaine des Lycées français dans le Monde de façon particulièrement active, avec des actions dans chacune des thématiques proposées et des activités sur toute la semaine, qui s'est clôturée avec le Carrefour des métiers, une rencontre avec des professionnels sous forme de dating, pour les Premières et Terminales. Nous avons d'ailleurs avancé ce carrefour d'une journée afin de permettre à nos élèves d'assister dans la foulée, le samedi, au Forum des métiers, qui était organisé au sein du Lycée français à Conde de Orgaz et avec lequel nous travaillons dans la complémentarité. 


 
La question de l'orientation post Bac est particulièrement sensible à cette époque de l'année. Quel message passeriez-vous aux intéressés ?


Il s'agit en effet d'une question qui préoccupe beaucoup les familles et les enfants, qui sont soucieux d'obtenir des informations, avec à notre échelle un enjeu triple : les informer et les outiller au mieux sur le post Bac dans le système français, le système espagnol et les systèmes d'autres pays, à l'instar des destinations anglo-saxonnes, de plus en plus prisées. Sur nos deux filières ES et S, 52 bacheliers l'an dernier, 12 sont ainsi partis en France, 36 sont restés en Espagne et 4 ont continué leurs études en Amérique du nord. Mon message est en tous cas de surtout ne pas s'auto-censurer : il est trop important de faire ce que l'on aime et ce que l'on veut dans la vie, pour décider qu'on n'a pas le niveau pour telle ou telle voie. Beaucoup de formations ont été ouvertes en France, dans des établissements peut être moins prestigieux, mais qui proposent des parcours qui s'avèrent très qualitatifs et où le caractère humain et la proximité constituent souvent la clé de la réussite. Je conseille donc aux élèves de ne pas se limiter et de s'informer au maximum, de rester ouverts aux conversations, aux rencontres, aux découvertes.

 

A cette date, 25 de nos enfants sont ainsi à l'extérieur, sous différents formats et sous différentes latitudes


 
L'internationalisation de votre cursus constitue-t-elle une priorité de l'établissement ?


Oui, c'est d'ailleurs une demande croissante de la part des parents, mais, il faut le savoir aussi, un des axes de travail de l'AEFE, qui se concrétise d'ailleurs dès cet automne, avec la mise en place du programme ADN, un dispositif destiné aux élèves de Seconde des lycées français du monde et donnant la possibilité de changer d'établissement et de découvrir un nouveau pays pendant un trimestre. En restant dans le même système éducatif, décliné selon les valeurs locales et l'environnement linguistique qui les accompagne, ils peuvent donc découvrir de nouveaux horizons, sans perturber leur parcours. Mais de nombreuses expériences avec l'étranger cohabitent déjà dans notre établissement. A cette date, 25 de nos enfants sont ainsi à l'extérieur, sous différents formats et sous différentes latitudes, du CM1 à la Terminale. Notre tâche est d'accompagner au mieux les familles pour les aider à cibler les classes où ce type d'expérience est le plus porteur. Nous sommes convaincus que les expériences de mobilité sont fondamentales, mais elles doivent se faire dans un cadre bien précis, pour préserver au mieux la scolarité et les intérêts des enfants. Une de nos missions constitue donc de normer la demande mais aussi d'informer les familles sur les échanges conventionnés et les programmes existants.


 
Quelles sont les autres priorités que vous vous fixez à court et à moyen terme ?


Nous travaillons dès à présent sur plusieurs axes structurants. Notamment sur des questions d'organisation administrative, avec une harmonisation entre services, mais aussi vers les usagers, et l'idée d'uniformiser les documents de liaison et simplifier ainsi la communication. Un autre gros chantier que nous sommes sur le point de conclure, concerne l'usage du numérique et notamment l'implantation de tablettes pour les Sixièmes et les Cinquièmes. Nous disposons actuellement d'I-Pad dans le Primaire, qui sont très implantés, avec un professeur formateur. Un projet de généralisation de cet usage vers le collège est à l'étude. Les professeurs sont d'ailleurs très demandeurs de l'outil -les enfants aussi. Nous avons mené une étude sur les coûts et les usages pédagogiques, pour définir la meilleure façon de mener à bien cet investissement et son implantation dans les classes concernées. Le champ des applications est immense, reste cependant à le décliner par discipline et aussi de façon transversale. C'est ce qui est fait concernant la protection des données et de la vie privée notamment, qui est abordée de façon transversale et fait l'objet par exemple d'interventions de la Guardia Civil sur la question.
De façon générale, mon travail est de mettre encore plus en lien les différents degrés et faire en sorte que l'on devienne une véritable cité scolaire. Il faut que les projets conduits par les collègues du premier degré perdurent au-delà du CM2, qu'il y ait une véritable continuité entre cycles. Ce qui a été fait sur le développement durable constitue à cet égard le bon exemple à suivre. Les collaborations entre niveaux constituent à cet égard un vecteur intéressant : les actions intergénérationnelles permettent aux aînés de venir en soutien aux plus jeunes, cela les rend plus autonomes et plus responsables, tandis que les petits disposent à cette occasion de référents concrets. 

 

Notre établissement se développe, nous devons lui apporter divers conforts qui lui font défaut


 
Et à plus long terme ?


Nous avons actuellement l'horizon des 45 ans de l'établissement à l'esprit, qui tombent en 2018 et seront fêtés le 21 avril. Reste à construire l'ensemble du programme de ces célébrations, sur lequel nous allons travailler dès cet automne. Au-delà de cette date symbolique, j'aimerais que nous entreprenions des constructions immobilières sur 2018/2019. Notre établissement se développe, nous devons lui apporter divers conforts qui lui font défaut : il faut offrir un véritable service de vie scolaire par exemple, mais cela concerne aussi les contraintes de sécurité et de modernité, sur le module de l'entrée. 

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Ludo lun 27/11/2017 - 09:00

Pour ma part, je déplore le coût d'une année scolaire dans un Lycée Français. Je suis français, recensé sur les listes du Consulat madrilène, et j'ai fait une demande de bourse il y a 3 ans, au moment où ma première fille allait commencer l'école maternelle. L'aide proposée était vraiment très base (11%) et nos revenus ne nous permettent pas de financer cette scolarisation que nous souhaitons pourtant très fermement. Nous avons 2 filles: nous pourrions nous priver de plusieurs choses pour qu'une d'elles puissent intégrer le Lycée Molière, mais il est évidemment hors de question de donner à l'une ce que nous ne pourrons donner à l'autre. En résumé, nous sommes "trop riches" pour pouvoir prétendre à une aide boursière aceptable (que je situe à au moins 50% des frais), et trop pauvres pour pouvoir nous permettre ce luxe... Cela constituera un grand regret toute notre vie. Je trouve cela injuste et scandaleux de ne pas pouvoir faire bénéficier à mes enfants de cette grande opportunité de développer cette culture qui leur est due, uniquement pour une triste question financière...

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