Le pacte PP-VOX en Castille et León inaugure une nouvelle ère politique en Espagne

Par Armelle Pape Van Dyck | Publié le 11/03/2022 à 14:00 | Mis à jour le 14/03/2022 à 16:51
Photo : Gouvernement de Castille et León
résultat des élections en Castille et león, le 13 février 2022 en Espagne

Le PP a définitivement ouvert la boîte de Pandore suite aux élections anticipées en Castille et León le 13 février dernier. D’abord la chute de son leader Pablo Casado et aujourd’hui l’accord d’investiture avec VOX. L'onde de choc de cet accord s’est ressentie dans toute l’Espagne et en Europe. Mais quelles en sont les implications ?

 

L'accord d’investiture entre le PP et VOX a été conclu in extremis, à peine 15 minutes avant la constitution des Cortes, le parlement régional. Le PP passe ainsi de gouverner en Castille et León avec le parti du centre Ciudadanos à le faire avec VOX, parti situé à droite de l’échiquier politique.

Alberto Núñez Feijóo, qui sera dans moins d’un mois le nouveau leader du PP, a pris sa première décision importante en laissant les mains libres au président régional, Alfonso Fernández Mañueco, le président du PP en Castille et León. Feijóo, qui s’était jusqu’alors montré fier d'avoir stoppé VOX en Galice, a fait allusion à une plus grande "décentralisation du PP", avec "une Espagne autonome" où "chaque réalité sociologique marque les accords qu'ils veulent adopter dans leurs parlements légitimes".

C’est une posture totalement contraire à celle de Pablo Casado, qui avait toujours fait valoir le veto d’un pacte avec VOX, même au risque de perdre le gouvernement régional. 

En ligne de mire les élections générales

Il était également urgent pour Feijóo de former un nouveau gouvernement le plus rapidement possible, afin de véhiculer une image de stabilité, avec, bien sûr, en ligne de mire les élections générales de l'année prochaine. C’était aussi une façon de régler cette question épineuse, héritée de la période de Pablo Casado, avant qu'il ne prenne officiellement la tête du parti et de l'opposition.

Un test pour le PP

C’est en effet une première. Le PP a finalement accepté l’entrée du parti "tabou" de la politique espagnole, VOX, dans son gouvernement régional en Castille et León. Pour la nouvelle équipe qui tirera les ficelles du PP, cette décision est considérée comme un moindre mal car une nouvelle élection aurait été lourdement sanctionnée dans les urnes

Agir sans aprioris et en tenant compte du fait que les limites de tous les pactes se trouvent dans les questions programmatiques

Désormais, le discours a changé et pour le PP, "l'intelligence politique exige d'écouter ses électeurs, et d'agir sans aprioris et en tenant compte du fait que les limites de tous les pactes se trouvent dans les questions programmatiques et ne peuvent être définies par la Gauche qui gouverne avec des partis indépendantistes et pro-terroristes".

En outre, cet accord pourrait servir de test de résistance pour l’année 2023, avec des élections municipales et régionales dans plus de la moitié des régions, pour voir comment cette cohabitation fonctionne. Pour certains élus du PP, c’est surtout l’espoir de faire couler VOX : "Nous avons réussi à faire disparaître pratiquement Ciudadanos après avoir partagé des gouvernements avec eux".

Une première pour VOX aussi

Pour la première fois depuis son irruption sur la scène politique, en 2019, VOX entrera dans un gouvernement autonome, ouvrant en plus la voie à de nouveaux pactes à l'avenir.

VOX n'avait jamais fait partie d'un gouvernement régional, bien qu'il ait conclu des accords pour soutenir ou, du moins, ne pas entraver l'investiture des présidents régionaux du PP, comme ce fut le cas du président andalou, Juanma Moreno, en janvier 2019. Cette position plus ou moins confortable lui avait permis de rester à l'écart des gouvernements et d’éviter de s'épuiser dans la gestion quotidienne.

Il s’agira par conséquent d’un véritable test pour le parti de Santiago Abascal, en particulier face aux futures élections, dans lesquelles VOX pourra être évalué par ce qu'il fait, et plus seulement par ce qu'il dit ou promet.

Ce sera également le moyen pour ses représentants de prouver dans les faits ce qu’ils affirment, c’est à dire, qu’ils ne sont pas un parti d’extrême droite, mais un parti conservateur. L’avenir le dira. A l’époque ou Aznar avait repris au début des années 90 le flambeau de l’ancienne Alliance Populaire pour en faire le PP, Felipe Gonzalez, le président socialiste du gouvernement espagnol, le traitait d’extrême droite. Le pacte entre le PP et Vox sera maintenant jugé sur ses faits.

Une répétition générale

Comme Pablo Casado l’a constaté à ses dépens, le triomphe d'Isabel Díaz Ayuso en mai 2021 lors des élections anticipées dans la Communauté de Madrid va difficilement se reproduire dans d'autres territoires. La nouvelle équipe du PP reconnaît à présent que ce qui s'est passé en Castille et León est désormais une situation avec laquelle il faudra composer, étant donné l'absence de majorités solides dans presque tous les territoires et la quasi-disparition de Ciudadanos, partenaire habituel ces dernières années, tant en Castille et León qu'à Madrid, à Murcie et en Andalousie.  

Fini, les majorités absolues

Autant le PSOE que le PP ont besoin que leurs "frères ennemis" soient assez forts, en termes de calculs électoraux. De même qu’il est bon pour le PP que le parti à sa droite continue de grandir, il en va de même à gauche. Il est dans l'intérêt du PSOE qu’Unidas Podemos conserve un pourcentage élevé de voix, ou du moins juste nécessaire pour parvenir à une majorité suffisante. Le temps des majorités absolues est révolu. 

Et si Vox obtient plus de voix que le PP ?

Il y a quelques années, la question se posait avec le PSOE, en chute libre et Podemos, qui était le parti en pleine progression. Cette fois-ci, le débat se pose à droite. Et si l'entrée de Vox au gouvernement lui permettait de poursuivre sa croissance et de finir par dépasser le PP ? Les sondages montrent que cette possibilité est réelle, le PP stagnant et Vox progressant de manière régulière. Or, Vox n’a pas caché que les gouvernements régionaux lui serviraient de tremplin pour son assaut contre La Moncloa lors des élections générales. La balle est dans le camp du PP qui devra changer de stratégie.

Armelle pvd

Armelle Pape Van Dyck

Après 15 ans à la direction de la communication de la 1ère banque espagnole, elle a décidé de concilier vie pro & perso, comme journaliste freelance en français ou espagnol. Elle est vice-présidente de l’Association des Correspondants de Presse Étrangère.
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