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LOTUS FARM DE SAMATOA - Le renouveau de l'aventure textile

Par | Publié le 14/12/2013 à 23:00 | Mis à jour le 06/01/2018 à 00:15

Le lotus, plante dont la fleur symbolise la pureté dans la culture bouddhiste, voit son potentiel se déployer comme autant de pétales sous l'impulsion de la marque Samatoa. C'est un chemin de traverse qui se dessine dans l'industrie textile, une quête de tissus d'excellence avec pour leitmotiv la responsabilité sociale et environnementale.


Une fleur de lotus dans tout son éclat

C'est en 2003, avec l'arrivée au Cambodge d'Awen Delaval, que naît Samatoa, une entreprise textile basée sur le commerce équitable. L'idée de l'entrepreneur breton était de créer des ateliers de couture où des personnes en situation de handicap et des femmes en situation précaire pourraient être formées au travail de la soie, leur permettant ainsi de devenir autonome et d'accéder à une reconnaissance sociale. Une décennie plus tard, l'horizon s'est éclairci, l'entreprise s'est enracinée et les projets se multiplient.

Une idée va germer chez Samatoa, celle d'utiliser la fibre de lotus pour réaliser du tissu. C'est après de nombreuses expérimentations et autant de recherches dans des villages reculés, en quête d'un savoir-faire presque tombé dans l'oubli, que vont renaitre les vêtements tissés de fil de lotus. Le lotus va se révéler une plante au potentiel considérable, un concentré de possibilités.

Divers produits fabriqués à partir de lotus, des écharpes et des accessoires divers en passant par le thé et les graines de lotus (à planter chez soi).

Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme
La formule, chère au chimiste Lavoisier, s'accorde à merveille aux propriétés du Lotus : focalisons d'abord notre attention sur la fleur, celle-ci est composée de trois parties, les pétales, les pistils et le placenta. Chacune de ces parties peut être utilisée, un simple passage dans un four solaire et vous obtenez du thé avec les pétales séchés, de quoi aromatiser votre café avec les pistils déshydratés et une décoction de placenta qui soulagera vos maux d'estomac. Mais revenons à notre fil d'Ariane, celui fabriqué à partir des fibres contenues dans la tige du lotus.

La première étape est la récolte du lotus, les agriculteurs l'effectue par bateau, et ce 4 fois par jour car il faut choisir les plantes arrivées à maturité. La récolte est d'une tonne par semaine. Suivent les étapes du filage et du tissage. Une fileuse peut produire jusqu'à 250 mètres de fil par jour. C'est un processus long et répétitif mais il y a un avantage certain : la fibre de lotus n'est pas industrialisable car trop délicate, ce qui signifie une préservation des emplois pour les petites mains de cette confection de luxe. Il en va de même pour le tissage, une tisseuse expérimentée peut produire jusqu'à un mètre de tissu par jour. Le fil de lotus exige six mois d'apprentissage supplémentaire pour une tisseuse habituée aux fils de coton et de soie. Les métiers à tisser sont modifiés de façon à pouvoir travailler au mieux ce matériau fin et précieux qu'est le fil de Lotus. A titre d'exemple, une veste en lotus nécessite quatre mètres de tissu, soit 12000 mètres de fil de Lotus ; à raison de 250 mètres de fil de lotus produit chaque jour par un tisseur, cela représente environ deux mois de travail pour cette seule profession.

Une fileuse à l'oeuvre, "patience et longueur de temps font plus que force ni que rage".

La Lotus Farm de Siem Reap
Agé d'un peu plus d'un mois, ce projet pilote avait pour objectif la création d'une ferme bio-textile. Il s'agit d'y présenter l'ensemble des activités et le panel des métiers lié à l'utilisation du fil de lotus, de la confection de ce fil au produit fini. La ferme au lotus se trouve sur la route du Phnom Krom, le fleuve d'un côté et un champ de lotus de l'autre offrent un écrin à cette bâtisse perchée sur des pilotis, à quelques kilomètres de Siem Reap. la visite est gratuite et peut s'effectuer en français comme en anglais.

 

La boutique de Samatoa à Siem Reap

Les vêtements en lotus, un produit de luxe pour un marché de niche
Le travail nécessaire a sa confection et les vertus propres au vêtement en lotus font qu'il est très onéreux et n'alimente aujourd'hui qu'un marché restreint. La demande pour ce tissu exceptionnel et dont la fabrication ne produit pas de déchets, elle, ne fait qu'augmenter. La qualité des confections en tissu naturel est telle que Samatoa reçu en 2012 le prix d'excellence de l'Unesco pour l'Asie du sud-est.

En 2014, la collection de Samatoa va être réalisée par les mains expertes d'une styliste française renommée, Sakina M'sa, lauréate du "Grand Prix de la Création de la Ville de Paris" en 2008 et du prix de la Fondation PPR pour la dignité du droit des femmes en 2010.

 

Une tisseuse sur un métier à tisser spécialement modifié pour travailler le fil de lotus.

L'éclosion de nouvelles ambitions
Afin de diversifier la gamme des ses vêtements et accessoires, Samatoa développe, en plus du coton, de la soie et du lotus biologique, le tissage d'autres plantes comme le bananier et le kapok. D'autres fibres naturelles, uniques au monde, devraient également voir le jour au fil des années.

Aujourd'hui, Samatoa emploie une cinquantaine de salarié(e)s à temps plein, un chiffre qui va rapidement augmenter puisque l'objectif est de créer pas moins de cinq cent emplois en cinq ans ! Pour ce faire, l'entreprise va bâtir de nouveaux ateliers (dont un proche de Phnom Penh), au Cambodge et dans d'autres pays d'Asie du sud-est, qui s'ajouteront à ceux situés dans les environs de Siem Reap et Battambang. A terme, il y a la volonté affichée d'une production d'origine 100 % cambodgienne, libérée des importations, aujourd'hui toujours nécessaires, de produits thaïlandais et vietnamiens.

Si vous souhaitez en apprendre davantage sur Samatoa et la Lotus Farm, le site est consultable ici : http://www.samatoa.com/PrestaShop/ , vous pouvez également suivre les activités de la Lotus Farm et de Samatoa sur Facebook : http://on.fb.me/1gAGuo0 et http://on.fb.me/1fwVuju !

Quentin PANNIER (lepetitjournal.com/Cambodge) Dimanche 15 décembre 2013

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