Samedi 4 décembre 2021
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La philosophie de Little Agnes Nursery illustrée : la journée de votre enfant

Par Marie Benhalassa-Bury | Publié le 11/10/2021 à 10:16 | Mis à jour le 12/10/2021 à 11:10
Photo : Bbc Creative - Unsplash
Des enfants jouent dans une nursery

Little Agnes Nursery développe une pratique pédagogique qui se fonde sur le bien-être, physique et psychologique, des enfants, et un apprentissage ludique et bilingue, en adaptation constante aux besoins et aux progrès de chaque enfant. C’est avec ce même souci de la transmission que l’équipe lève le voile sur leur conception de l’accompagnement des tout petits.

 

Comment se divisent les catégories d’âge au sein de la Nursery ?

Nous distinguons les bébés (moins de 20 mois), les toddlers (âgés en moyenne de 20 à 30 mois) et la preschool, pour tous les enfants entre 3 et 5 ans. Tous les temps avec les enfants sont à la fois des temps d’accompagnement de leur évolution naturelle mais aussi d’apprentissage. Cela vaut aussi pour les bébés, qui apprennent et assimilent énormément (par exemple à reconnaître lorsque vous leur parlez). Il faut faciliter ces apprentissages en tenant compte le plus possible des individualités : nous restons donc flexibles sur ces « tranches d’âges » et les enfants qui les composent.

 

Existe-t-il des signes indicateurs qui permettent de déceler un début d’assimilation de l’enfant ?

Oui, et c’est le rôle de la « keyperson », à savoir la personne référente pour un groupe restreint d’enfant (dont le nombre varie en fonction de l’âge), que de les observer. Chez les toddlers, un adulte se voit confier la charge d’observation particulière de 4 enfants. Ce qui ne signifie bien évidemment pas que le reste du personnel ne se préoccupe pas de leur bien-être et des apprentissages. C’est cette même keyperson qui va suivre les progrès de chaque enfant, selon un suivi très individualisé. Ce sont ses « protégés » en quelque sorte. Elle constitue ainsi le contact privilégié des parents. Cette démarche de suivi plus poussé permet de faire état de tous les changements détectés chez l’enfant et de l’accompagner avec l’ensemble de l’équipe.

 

Comment établir un programme d’apprentissage personnalisé ?

Il n’y a pas de programme scolaire à proprement parler, nous sommes sur une approche beaucoup plus organique. On observe les progrès de l’enfant avant d’augmenter le niveau de difficulté des activités, au fur et à mesure. On apporte bien entendu des éléments nouveaux lors des activités communes, et l’on développe des compétences : c’est de l’apprentissage plus que de l’enseignement. L’enfant ne se trouve ainsi jamais placé en situation d’échec ! Il s’agit au contraire de valoriser ses succès, peu importe le rythme auquel ils se font, et sans jamais donner l’impression d’une évaluation. L’enfant comprend beaucoup plus de choses qu’on ne peut l’imaginer. Il est donc important de célébrer ses succès afin qu’il se rende compte par lui-même des progrès effectués. Le jeu prend une part importante dans ce processus.

Pour les 3-5 ans seulement, on commencera à préparer l’entrée au primaire. On passera par des phases de plus grande formalisation avec des objectifs liés à l’apprentissage des chiffres, des lettres, de la graphie et de la motricité fine en général. Mais encore une fois, les activités amusantes et ludiques sont la clef… Ainsi, le dessin et le coloriage deviennent petit à petit des moments de choix pour exercer cette motricité fine. Il doit exister une très grande complémentarité, voire une continuité, entre ce que l’enfant pratique à la maison et à la nursery. C’est la raison pour laquelle les parents sont pour nous de véritables partenaires.

 

Si vous constatiez une motricité en très bon progrès, cela témoignerait-il d’une précocité de l’enfant ? Pourra-t-on faire passer l’enfant dans la tranche d’âge au-dessus ?

Il existe plusieurs types d’intelligence : émotionnelle, mathématique, littéraire, en termes de motricité ou de logique … Nous ne sommes pas habilités à poser un quelconque diagnostic psychologique ou autre, y compris sur l’éventuelle précocité des enfants. On peut toutefois anticiper la transition d’un enfant qui comprend prématurément certaines choses dans la tranche d’âge au-dessus. Mais il faut en discuter avec les parents, en amont, et seulement ensuite réaliser un essai. Un tel passage demeure flexible, réversible : nous sommes toujours dans l’adaptation et dans le dialogue avec les parents ! Il n’est pas question de parler de saut de classe ou redoublement, par exemple…

 

Quel est la journée type d’un enfant ?

La « journée-type » ne se calibre qu’à partir du stade du « toddler », étape à partir de laquelle on pourra désormais instaurer un cadre réel. L’apprentissage doit alors se formaliser un peu plus. Encore une fois, on ne parle pas que d’apprentissage de connaissances !

Au fond, chaque temps de la journée est un moment d’apprentissage ! Il y a, bien sûr, tout de même des constantes dans une journée, par exemple le biberon ou le déjeuner, ainsi que le temps de sortie (on essaye d’instaurer une promenade deux fois par jour, pendant une petite heure à chaque fois). Ce moment en extérieur reste fixe dans le planning de l’enfant, d’autant plus qu’on a la chance de disposer d’un parc juste à côté. Une personne y veille en continu sur deux bébés à la fois, avec à sa disposition des poussettes à deux places, une couverture de pique-nique, et tout le matériel nécessaire.

Autrement, tôt dans la journée, les enfants prennent le déjeuner à table, selon l’âge, se lavent les mains après, aident à ranger un petit peu, et peuvent ensuite jouer en autonomie. Ces moments d’indépendance sont essentiels : ils y apprennent à se faire des amis, et à partager les jouets.

Plus généralement, il faut aussi prêter attention à la manière d’aider un enfant : ainsi, s’il fait tomber ou perd un objet… On ne va pas lui donner la solution à son problème mais l’accompagner pour la trouver, le guider, lui donner une piste de réflexion ! À titre d’exemple, un enfant qui adore faire des gâteaux avec son papa… Nous l’encourageons à nous expliquer sa recette, à formuler sa pratique avec ses mots… Dès lors, tous les enfants progressent en permanence y compris dans les temps dits « en autonomie ». Ces progrès se concrétisent sur beaucoup de domaines : le respect de son environnement par exemple, en apprenant aux petits à ranger leurs jouets, ou bien de l’hygiène de vie en favorisant la diversité alimentaire, la propreté (lavage des mains et brossage des dents).

On leur fait même réaliser avec nous des expériences scientifiques : on leur montre que poser un poids dans un récipient d’eau peut le faire déborder… En fait, l’activité est proposée à l’enfant, pour que nous puissions ensuite l’accompagner dans sa réalisation. Nous prévoyons par exemple de faire venir des cocons, pour que les enfants les voient éclore en papillon avant de les relâcher dans la nature… Cela leur apprend le concept de la liberté de l’animal. Autre exemple : nous sommes en contact avec un danseur japonais qui a créé une thérapie par la danse et dont les parents ont une nursery. Il va initier les enfants à l’expression corporelle, pour leur apprendre à réguler les émotions par le physique, à comprendre comment fonctionne leur corps, le concept d’être à l’aise dans ce même corps, sans honte ni jugement. Il y aura aussi des temps d’expression libre, de danse à deux ou seul (car on ne force jamais un enfant !).

 

Mais comment mettre en place ces activités en respectant la capacité d’attention et la potentielle déconcentration des enfants ?

Nous n’avons pas d’autre choix que de nous y adapter, et en général préparer des activités qui ne durent pas plus qu'une grosse demi-heure. On passe à autre chose plus ou moins rapidement selon la fatigue et l’inattention croissante des enfants, et les journées s’entrecoupent de temps de repas, d’hygiène, de rangement, et de sieste. Une fois que l’enfant verbalisera ses émotions, on pourra renforcer ce suivi puisqu’on le comprendra mieux !

 

Comment cette adaptation à l’enfant et ses besoins particuliers se matérialise-t-elle plus concrètement ?

La Baby Room, par exemple, se divise en deux : un coin plus tranquille et un autre conçu pour l’éveil et les activités. Ces espaces sont séparés matériellement par une porte vitrée pour favoriser le repos. La luminosité y est différente, il y a un tapis sensoriel moquetté qui favorise un traitement phonique. On peut y faire la sieste, s’y faire lire une histoire, ou être au calme tout simplement… Encore une fois, chaque temps se fait dans le consentement, dans l’apprentissage et dans la bienveillance.

Hormis, donc, les temps de déjeuner et de sortie, on s’adapte en fonction de l’évolution, de l’âge et surtout de la routine habituelle de l’enfant. Concernant la sieste, si celui-ci n’arrive pas à s’endormir, on le remet dans l’espace de jeu, tout en lui inculquant le respect du repos des autres et donc le silence. Certains bébés font la sieste le matin, d’autres l’après-midi, chacun a son rythme. Pour les plus grands, la sieste, ou le quiet time, devient un rituel de début d’après-midi, juste après le déjeuner.

Par exemple, on ne peut pas proposer n’importe quel type d’activité à un enfant de 3 mois, mais il reste tant de moyens pour le stimuler. On va vite constater quel est son animal préféré, par le jeu, par la lecture par exemple d’un livre sur les animaux plusieurs fois et en observant les émotions qu’il démontre ! L’éducation n’est pas que l’apprentissage de connaissances, mais aussi la transmission de compétences, et surtout toute l’éducation émotionnelle. Il faut apprendre l’aspect naturel des émotions, l’empathie pour reconnaître celles des autres, la gentillesse, et aussi le contrôle de ses propres réactions. On guide de façon à ce que l’enfant ne se mette pas dans une colère noire parce qu’il n’obtient pas ce qu’il veut, néanmoins on ne le punit jamais ! Apprendre à maîtriser ses émotions est une des dimensions capitales de l’éducation des jeunes enfants « As-tu accompli quelque chose en te mettant en colère ? Est-ce utile ? Cela t’a-t-il fait du bien ? » Nous aidons l’enfant à développer sa personnalité en parallèle, mais aussi un certain sens de l’éthique et de la justice. Les enfants y sont très sensibles.

 

Une journée à la nursery variera donc selon l’humeur des enfants ?

Complètement. L’humeur des enfants varie selon les jours, tout comme nous, mais aussi selon celle des parents… Nous avons des professionnels dévoués, qui adorent les enfants et être à leur contact, jouer avec eux… C’est capital, et cela permet cette modulation selon les émotions diverses. Et ce, toujours dans la bienveillance.

Marie Benhalassa - Journaliste Londres

Marie Benhalassa-Bury

Etudiante à Sciences Po Aix, curieuse de tout, ancienne expatriée à Brighton avant de rejoindre l'équipe de rédaction de Londres
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