Mardi 24 novembre 2020

De Manchester à Gunchester, une ville gangrénée par les gangs

Par Ninon Sopocko | Publié le 17/04/2020 à 10:10 | Mis à jour le 17/04/2020 à 15:31
Photo : William McCue
Manchester gang guerre

Manchester est l’une des villes les plus touristiques et culturelles d’Angleterre. Mais ce n’a pas toujours été le cas. Durant plus d’un siècle, les gangs ont régné sur la ville. Voici son histoire.

Dans les années 1870, Manchester est en pleine révolution industrielle. La ville est surnommée Cottonopolis pour sa première place mondiale dans l’industrie du textile. Mais Manchester est séparée en deux : le centre avec ses quartiers riches et le reste, beaucoup plus précaire. C’est là que tout a commencé. Entre surpopulation et pauvreté, les batailles de rue se multiplient. Appelés Scuttlers en référence au bruit de leurs sabots, les premiers gangs se forment. Les membres sont généralement âgés de 14 à 19 ans et ont un style vestimentaire bien reconnaissable avec leur pantalon pattes d’eph', leurs foulards flashy et leurs coupes courtes sur les côtés et à l’arrière de la tête. L’un des clans les plus connus de l’époque, les ‘Bengal Tigers’, sème la terreur, équipé de couteaux, de bouteilles cassées ou encore de ceintures avec de grosses boucles qui permettent de facilement briser les os de leurs adversaires.

Après la Grande Dépression, le chômage règne sur la ville. En effet, l’industrie du textile s’est effondrée. En 1953, un nouveau mouvement prend place dans toute l’Angleterre : les Teddy Boys. Les gangs y appartenant troquent les pattes d’eph’ contre des vêtements inspirés de l’époque Édouardienne et les couteaux et ceintures contre les lames de rasoirs et chaînes de vélo. Cela vous rappelle-t-il un gang bien connu

L’héroïne s’installe à Manchester

Dans les années 60, c’est au tour du Quality Street Gang de s’emparer de Manchester. L’arrivée des Mods, qui prônent un mode de vie festif, amène la propagation des amphétamines dans les clubs de la ville. Le QSG se lance donc dans sa vente.

Quelques années plus tard, en 1979, la criminalité prend un autre tournant. Avec la montée de la drogue dans le pays, un nouveau business s’est prêté aux gangs. Très vite, les jeunes comprennent que la vente de stupéfiants rapporte de grosses sommes d’argent. Et plus particulièrement l’héroïne qui arrive en puissance. Un business dont s’empare le Cheetham Hill Gang ou Hillbillies. L’un des gangs britanniques les plus violents, qui mène une guerre de territoire avec les gangs du Moss Side pendant une dizaine d’années. En trois ans, le nombre de crimes par arme à feu quadruple à Manchester.

Comment parler des gangs de Manchester sans évoquer la famille Noonan ? Cette dernière, figure du crime organisé britannique, donne naissance à un documentaire, de Donal MacIntyre, A very British Gangster en 2006. Liée à la mafia irlandaise, la famille baigne dans la vente de drogue. En se faisant recruter comme videurs, le gang gère son business dans deux des clubs les plus importants de Manchester : le Konspiracy et l’Hacienda. Si un dealeur d’un autre gang est attrapé dans leurs clubs, il est kidnappé et se fait racler le visage au sol traîné par une voiture. Simple et efficace.

Gunchester, une nouvelle cité

En 1990, le quartier de Moss Side, qui gère la vente d’héroïne, subit une grande vague d’arrestations. Au lieu de diminuer le trafic, l’intervention policière a séparé le quartier en deux. S’en suit une guerre sanglante entre les gangs rivaux. Manchester passe de capitale de la danse à Gunchester. Un surnom qui en dit beaucoup sur la situation. MAC-10, AK, 9 mm… détonnent dans les rues de Moss Side. C’est seulement quatre ans plus tard, qu’une trêve est annoncée. Aujourd’hui, la ville est apaisée et les fusillades entre gangs ont diminuées de 82 %.

 

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Ninon Sopocko journaliste Londres

Ninon Sopocko

Étudiante en master à l’Institut Européen de Journalisme à Londres, je suis passionnée par l’humain et la culture.
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