Mercredi 20 janvier 2021

Covid-19 : Boris Johnson aveuglé par le Brexit pour gérer la crise ?

Par Luther Beaumont | Publié le 27/03/2020 à 11:11 | Mis à jour le 27/03/2020 à 11:24
Photo : Chatham House London
Boris Johnson Royaume-Uni Europe Brexit coronavirus

Après avoir refusé de se joindre à l’UE dans le cadre d’un programme envisagé pour acheter plus de d’équipements médicaux essentiels, le Premier ministre britannique est accusé « d’avoir laissé les principes du Brexit dicter son approche face au Coronavirus ».

 

Certains pays européens avaient décidé de conjuguer leurs efforts afin d’organiser une commande en très grande quantité pour des respirateurs, ainsi que des équipements de protection anti contamination. La stratégie avancée était claire : « les commandes associées à un gros volume bénéficieront de délais de réalisation raccourcis ».

Le Royaume-Uni fut donc convié à prendre part au programme, ce qui lui permettait de s’appuyer sur la force de frappe du marché unique européen et des 500 millions de personnes qui le composent. Les principaux enjeux demeuraient de négocier les prix au plus bas et d’obtenir la mise à disposition des matériels et équipements dans les meilleurs délais. Ce qui, en considération de la conjoncture actuelle globale, aurait pu sembler judicieux.

Mais les officiels britanniques ont pourtant confirmé mercredi que la Grande-Bretagne n’intégrerait pas le programme. Cette confirmation est intervenue après que les officiels aient déclaré que c’était le gouvernement qui décidera de la marche à suivre.

Le Premier ministre fut interrogé en session parlementaire mercredi quant au délai lié à la mise à disposition de plus d’équipements. Il répondit que les mesures avaient été ordonnées pour répondre aux besoins des hôpitaux. Il précisa par ailleurs que le personnel soignant avait été averti de l’actuelle pénurie d’équipements disponibles.

Les professionnels de santé se font entendre

Le docteur Rinesh Parmar, représentant de l’association britannique des médecins (Doctors’ Association UK), décrivait la situation il y a de cela deux jours telle une « mascarade » et déclarait : « Le gouvernement n’a pas respecté sa part du marché en étant incapable de subvenir suffisamment aux besoins en équipements de protection fondamentaux pour protéger la santé de l’ensemble du personnel hospitalier ».

Les syndicats avaient aussi alerté mercredi qu’il y avait un sérieux besoin d’approvisionnements supplémentaires dans le secteur médical. Secteur dans lequel les professionnels doivent prendre soin des personnes âgées forcément plus vulnérables.

« Les professionnels de la santé ainsi que leurs employeurs sont particulièrement soucieux quant à la mise à disposition de plus de bras ainsi que d’équipements dont ils ont grand besoin », déclara l’assistante de la secrétaire générale du syndicat Unisson Christina McAnea.

« Le matériel dont le NHS a besoin avait pourtant fait l’objet de nombreux avertissements. Sachant que la moindre pénurie de supports médicaux peut s’avérer cruciale. Solutionner ce problème pourrait rassurer les milliers d’employés du secteur hospitalier. Ils n’auraient plus à se mettre en danger eux-mêmes, ainsi que leurs patients ».

La première commande organisée par l’UE, dans laquelle vont être impliquées 25 nations membres, sera composée de « Masques de type 2 et 3, de gants, de lunettes de protection, d’écrans faciaux, de masques chirurgicaux ainsi que de combinaisons ». Le Royaume-Uni en cruellement besoin de tous les équipements mentionnés. La Grande-Bretagne a été priée de participer, considérant que le Brexit ne demeurait à ce jour qu’en phase de transition et que par voie de fait, il fallait toujours la considérer comme une nation membre.

Ed Davey, l’actuel leader du parti “Liberal Democrats” a déclaré : « Les rapports faisant état qu’il ait été donné l’opportunité au Royaume-Uni de prendre part à ce programme, et qu’il ait préféré de ne pas y participer, sont plus que fâcheux ».

Le coronavirus n’a pas de frontières. Il est question d’une pandémie. La solidarité internationale est cruciale pour protéger le Royaume-Uni. Si travailler ensemble avec l’UE peut nous donner l’accès à plus d’équipements de protection, n’importe quel gouvernement sensé n’hésiterait pas à sauter sur l’occasion.

Le Premier ministre ne doit pas laisser l’idéologie propre au Brexit orienter son approche quant à la lutte contre le Coronavirus. Car ce sont des milliers de vie humaines qui sont en jeu.

La réponse qui fâche…

Lorsqu’il lui fut posé la question de si oui ou non le Royaume-Uni entendait se joindre au programme proposé par l’UE, le premier ministre répondit : “Je pense que la réponse la plus courte, c’est que non. Concernant les respirateurs, nous avons démultiplié les efforts, en récupérant les respirateurs se trouvant dans les cliniques privées, ainsi qu’en travaillant avec nos industries afin de parvenir à produire plus d’équipements ».

La présidente de la commission européenne Ursula Von Der Leyen déclara en guise de commentaire à cette première étape du programme lancé : « Partout dans le monde désormais, il y a d’énormes besoins en combinaisons et équipements de protection. C’est un véritable succès que cette initiative commune européenne (Joint European Procurement Initiative : JEPI) ait pu permettre d’acter et de sécuriser cette commande et le délai de livraison associé (…) C’est la solidarité de l’UE en action. Cela démontre l’intérêt de faire partie de l’Union. Ce matériel va très bientôt aider grandement en Italie, en Espagne, ainsi que dans les 23 autres états membres ».

 

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Luther Beaumont journaliste Londres

Luther Beaumont

Prendre la decision de devenir journaliste demeure la concrétisation de ce que certains pourraient décrire comme une passion. Dans mon cas je la décrirais comme l'essence de ma curiosité.
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