Violence, crimes, jeunesse : qu’est-ce que la drill ? 

Par Natacha Marbot | Publié le 01/11/2022 à 18:00 | Mis à jour le 01/11/2022 à 18:00
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Vous qui habitez à Londres, vous avez forcément entendu parler de la drill, ce nouveau genre de musique qui fait fureur parmi les jeunes. Dérivé des Etats-Unis et réapproprié par une partie de la jeunesse britannique, ce genre de rap puissant et virulent fait couler de l’encre outre-Manche, notamment car on lui reproche la montée des violences. 

 

Comment classer musicalement la drill ? Sous genre du hip-hop et performée par de jeunes rappeurs, la drill est née dans la fin des années 2000 dans les quartiers du South Side de Chicago. Exportée durant la décennie 2010 à Londres (après être passée par Brixton), la drill s’étoffe du vocabulaire british des jeunes des quartiers populaires de la capitale du Royaume-Uni. Certains considèrent que la UK Drill est encore plus sombre que sa grande sœur américaine. 

D’où vient le nom ? En langage familier (street slang), drill signifie « répondre aux coups, riposter ». Vie quotidienne difficile, pauvreté, mort, suicide, meurtres, rivalités sont autant de thèmes récurrents dans la version UK de la drill. Néanmoins, tout le genre ne peut se résumer à cela. 

 

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Un genre de musique marqué par la violence, voire la criminalité 

S’il est indéniable qu’une certaine violence émane de la drill, et notamment de ses clips vidéos, où on voit de nombreux jeunes cagoulés et armés, l’instrumentalisation politique dont a fait l’objet ce genre de musique révèle une profonde incompréhension de la jeunesse défavorisée de Londres. Comme l’explique l’artiste Abra Cadabra, « c’est notre art qui s’inspire de notre vie, pas l’inverse ». La drill est selon lui une manière créative de s’échapper de leur réalité qui n’est pas très joyeuse, voire parfois même une forme de catharsis. Parmi les artistes de la drill à suivre; Karma, Headie One, Loski … mais aussi Ivorian Doll ou Miss Lafamilia.
 

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Les raisons de la violence (bien réelle) chez les jeunes à Londres ne sont pas liées à la musique qu’ils écoutent mais bien à leurs conditions de vie. Entre 2011 et 2021, 43 millions d’euros ont été supprimés du budget alloué à la jeunesse (-44%), 130 maisons de quartiers ont été fermées et 600 postes d’éducateurs supprimés. Plus de commissariats, plus de maisons de jeunes. Le taux de pauvreté défie toute concurrence. 17% des Londoniens vivent dans un état de « pauvreté persistante ». Quiconque chercherait à comprendre la jeunesse « violente » des quartiers défavorisés de Londres devrait écouter la drill et ses paroles, afin de saisir le quotidien de ces jeunes, parfois enrôlés contre leur gré dans la postcode war, la guerre des gangs londoniens. 

 

La drill est même arrivée en France 

La drill a vite traversé la Manche et s’est aussi, dans une moindre mesure, implantée en France. Les années 2019 et 2020 ont été de réels tremplins pour des artistes comme Freeze Corleone (qui a toutefois été taxé d’antisémitisme et complotisme), Ziak (dont on n’a jamais vu le visage) ou le rappeur Gazo (il est le premier artiste à signer sur le label Epic Records France de Sony Music).

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Natacha Marbot

Natacha Marbot, originaire de Rennes et diplômée d’un master de Relations internationale à l’Inalco en 2022. Russophone et spécialisée sur l’espace post-soviétique. Elle a rejoint l’équipe de rédaction internationale en avril 2022.
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