En Angleterre comme en France, les accents régionaux n’ont pas la cote

Par Colin Porhel | Publié le 13/06/2022 à 15:40 | Mis à jour le 13/06/2022 à 15:51
Photo : Mihail Macri - Unsplash
Les accents régionaux au Royaume-Uni et en France, une histoire de discrimination

Des deux côtés de la Manche, les altérités d’élocution en fonction des territoires restent, encore aujourd’hui, sujettes aux moqueries et aux critiques. Un dénigrement qui se veut souvent humoristique, mais qui révèle pourtant des discriminations bien réelles.

 

Voyager en « traing » pour polluer « moinS » dans le sud de la France, préférer prendre un « barth » à la place d’une douche à Bristol, compter jusqu’à « vinT » à Strasbourg. En Angleterre ou en France, les différences de prononciation entre les régions d’un même pays, fruits de l’Histoire et du mélange de plusieurs dialectes, subsistent encore aujourd’hui et ce, malgré l’instauration du français et de l’anglais comme langues officielles depuis plusieurs siècles déjà.

 

Une richesse culturelle pour les États, mais néanmoins douloureuse pour certains citoyens, victime de préjugés infondés. Un phénomène mis en lumière par plusieurs chercheurs, qui s’installeront la semaine prochaine au siège de la British Academy de Londres pour rendre compte des préjugés à l'encontre des accents du nord de l'archipel.

 

« Les gens pensent que les locuteurs du nord de l'Angleterre sont moins intelligents »

En Angleterre, les différences d’élocution se constatent surtout entre le nord et le sud du pays. À Newcastle, les habitants prononcent généralement les mots « bath », « grass » et « dance » avec une voyelle courte. À l’inverse, à Southampton, ces mots sont davantage utilisés avec une voyelle longue. Une nuance loin d’être anodine, selon Robert McKenzie, qui dirige le projet « Implicit and Explicit Language Attitudes and Accent Discrimination in England » de l’Université de Northumbria.

 

« Les gens pensent que les locuteurs du nord de l'Angleterre sont moins intelligents, moins ambitieux et moins éduqués (que leurs compatriotes du sud, ndlr) uniquement à cause de leur façon de parler (…). Nous ne sommes pas autorisés à avoir des préjugés sur le genre ou l’orientation sexuelle. Mais dénigrer les accents est toujours autorisé », a-t-il déclaré, circonspect.

 

En France, une loi pour lutter contre la glottophobie

De l’autre côté de la Manche, l’Assemblée nationale a voté, en novembre 2020, une loi visant à lutter contre la glottophobie. Le terme, popularisé et défini par le linguiste Philippe Blanchet, désigne « le processus qui consiste à exclure ou stigmatiser quelqu’un pour la pratique d’une langue peu valorisée (patois, dialecte, créole, langue régionale…), ou pour la pratique locale ou marquée socialement d’une langue commune, par les phénomènes d’accent, de prononciation, de prosodie ».

 

Désormais, la discrimination par l’accent est passible de trois ans de prison et de 45 000 euros d’amende. Une véritable avancée, puisqu’en janvier 2020, 16% des Français disaient avoir été victime de glottophobie au cours de leur vie. De l’accent breton, réputé comme paysan, à celui du midi, considéré comme chantant, en passant par celui du nord, rendu célèbre par le film Bienvenue chez les Chtis, toutes les régions semblent concernées. Avec toutefois des différences de perception, comme l’expliquait Philippe Blanchet au micro de France Culture.

 

« Les accents de type méridional, du Pays basque à la Provence en incluant la Corse sont les seuls accents qui ont à la fois une connotation positive et négative. Ils sont considérés comme sympathiques, 'chantants', 'jolis' et dans le même temps perçus comme 'pas sérieux', des accents de gens du Sud, qui ne font rien, des brigands… Les autres prononciations, en revanche, n'ont que des connotations négatives en étant considérées comme grossières ou grotesques. C'est le cas entre autres des accents franc-comtois, Ch'ti, berrichon… », affirmait-il alors.

 

L’uniformisation de la langue, un phénomène qui pose question

Cette discrimination liée à la voix, la journaliste Victoire Tuaillon l’a directement subie. Dans un documentaire, elle explique comment ses supérieurs la remplaçait par une consœur pour commenter des reportages du journal télévisé, jugeant son ton trop « scolaire, gamin ou sérieux ». L’objectif, pour elle, était alors de gommer tout éventuel accent et de « poser sa voix » afin qu’elle corresponde à celles, très bridées, des voix off télévisuelles.

 

Une uniformisation de la langue et de la voix qui ne concerne pas seulement le milieu journalistique, mais toutes les catégories socio-professionnelles. Un modèle qui date de la Révolution, lorsque le français de la bourgeoisie parisienne a été désigné comme le français standard. Une exception notable récente : l’ancien Premier ministre Jean Castex, qui a réussi à conserver son accent du Gers sans toutefois renoncer à une carrière politique nationale.

 

 

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