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Nicolas Laporte, un astrophysicien à Cambridge, qui met des étoiles dans les yeux

Après avoir arpenté les télescopes du monde entier, Nicolas Laporte, astronome et astrophysicien, a décidé qu’il poserait finalement ses valises à Cambridge. Sa méthode pour revenir les pieds sur terre ? Enseigner tout ce qu’il a pu apprendre sur les toutes premières galaxies. Aujourd’hui, ses élèves ont la tête plongée dans leurs livres, mais demain, peut-être l’auront-ils dans les étoiles…

nicolas laportenicolas laporte
Écrit par Ewan Petris
Publié le 22 novembre 2023, mis à jour le 23 novembre 2023

Grand gagnant des premiers Trophées du Royaume-Uni, dans la catégorie Innovation, sponsorisée par ZappTax, Nicolas Laporte est un homme passionné d’astronomie, mais il est surtout dévoué à l’éducation des sciences. Entre ses initiatives pour ses élèves à Cambridge ou ses projets pour enfants malvoyants, cet homme de 37 ans a tout un tas de choses à enseigner de sa voie-lactée. 

 

convention Nicolas Laporte

 

 

Comment décririez-vous votre métier ?

Mon domaine de recherche consiste à aller étudier les toutes premières galaxies de l'univers. Pourquoi ? Parce qu'une des grandes questions que nous nous posons, est de savoir comment la lumière est apparue dans cet univers. La lumière provient des étoiles au sein des galaxies. Pour comprendre comment l'univers s'est illuminé, nous devons explorer ses étoiles et galaxies en remontant dans le temps, grâce aux télescopes. Si je veux voir les toutes premières galaxies, il faut regarder le plus loin possible, ce que nous faisons avec les télescopes européens notamment, au Chili ou encore à Hawaï.

Au-delà de ça : j'enseigne. Actuellement, je donne des cours sur la formation des galaxies aux étudiants de mon université, à Cambridge. Enfin je pratique une diffusion de connaissances où j’essaye d'expliquer au grand public quelles sont les découvertes que nous avons pu faire. La recherche, en astronomie, est financée par ce même public.

 

Finalement, retourner vers eux, pour leur expliquer ce que nous faisons, est un retour sur investissement. C’est ce public qui nous entourent et c'est le plus important à mon sens. 

 

Nicolas laporte citedelespace



 

Pouvez-vous nous évoquer votre cursus scolaire? En quoi ces expériences ont-elles impacté votre vision de la science et votre carrière ?

Ce n'est pas un parcours facile. Je suis parti à l'étranger  : Espagne, Chili et enfin je suis revenu au Royaume-Uni... À mon avis, les rencontres sont d’une grande importance car elles nous offrent un aperçu des processus scientifiques, en action. J'ai remarqué que la façon dont la science est pratiquée au Chili diffère de notre approche au Royaume-Uni, ou en France

 

niclas Laporte alma
Nicolas Laporte près du champ d'antennes : ALMA

 

Pourquoi suis-je parti au départ ? Je faisais ma thèse à Toulouse et je travaillais sur les premières galaxies au moment où le plus grand télescope optique du monde venait d'ouvrir aux Canaries (le Gran Télescopio). J’ai voulu réaliser un contrat, pour me faire un peu la main. J'y ai passé un an, mais il y a eu un souci sur l'instrument que je voulais utiliser. Je me suis dit qu'il fallait que je m’en aille. Direction le Chili où les Européens ont installé leur plus grand télescope : le Very Large Telescope (en plus d’Alma, un champ d'antennes). J'y ai rencontré Richard Ellis, un ponte de mon domaine, qui travaille à Londres, à l'University College London. Il m'a proposé de travailler avec lui et me voilà ainsi rentré en Europe, à l'UCL en 2016. J'y ai travaillé trois ans, puis j’ai candidaté à Cambridge et ai obtenu mon poste actuel. 

 

Pouvez-vous nous parler du projet qui vise à rendre l'astronomie accessible aux enfants malvoyants, avec l'utilisation d'une imprimante 3D ? 

Le projet a germé dans ma tête quand j'étais au Chili. À côté de l’université où j'étais, il y avait une école pour enfants malvoyants. Ce sont les superbes images venant des télescopes qui m’ont fait devenir astronome.

 

Je me suis dit, en passant dans ces écoles, que ces enfants ne peuvent pas savoir ce qu’est l'astronomie, n’y ayant pas accès. Nous nous sommes demandés : “comment rendre tout ceci accessible à des enfants malvoyants?”

 Ils ne voient pas, certes, mais ils ont un sens du toucher, qui est extrêmement bien développé. Alors peut-être pourrions-nous leur parler de satellites, de fusées, de galaxies en leurs faisant toucher des objets ? 

 

boules enfants malvoyants
Les boules, utilisées par les enfants malvoyants.

 

Nous possédons en quelque sorte “des boules”, différemment formées, aux couleurs flashy ; car tous les enfants ne sont pas atteints de la même déficience visuelle. De cette manière, ils peuvent ressentir les continents. Avec leurs doigts, ils peuvent ressentir les cratères sur la Lune et pas sur la Terre, par exemple, ce qui leur permet d’imaginer des choses. Nous avons aussi des maquettes de satellites. Nous sommes en train de mettre en place une galaxie mais il nous faut utiliser d'autres composants. En plus de cela, nous avons envisagé d'associer un son en accord avec le thème d'étude. Par exemple, lorsque nous abordons la Terre, nous diffusons un enregistrement sonore d'animaux dans une forêt, symbolisant la vie. En ce qui concerne la lune, nous écoutons l'enregistrement du décollage d'Apollo 11 et des premiers pas de l'homme sur la Lune.

 

Nous espérons donner à ces jeunes un vrai intérêt pour l'astronomie. Il faudra voir sur le long terme mais ils ressortent tous ravis de ce genre d'ateliers ! 

 

En plus de vos recherches, vous êtes également engagé dans des actions de diffusion des connaissances en France et à l'étranger. Pouvez-vous nous parler d'InfiniSciences?  

InfiniSciences est une association qui a été créée en 2015 à Clermont-Ferrand. Je suis originaire de cette ville, mais je n’ai jamais eu la chance d'assister à des conférences scientifiques car ils ne venaient pas. Je me suis dit qu’il était dommage qu'à Clermont-Ferrand, nous ne puissions pas avoir ces sommités scientifiques qui viennent partager leurs expériences avec le grand public. 

 

conférences nicolas laporte
Les conférences grand public menées par Nicolas Laporte.

 

Ainsi, dans notre charte Infini Sciences, un scientifique qui vient à Clermont pour donner une conférence grand public, s'engage aussi à aller à la rencontre d’enfants, dans une école, un collège ou un lycée. En 2015, Hubert Reeves, astrophysicien, à accepté d'être le parrain de notre association.

 

Depuis, nous avons deux, voire trois conférences à l'année, en plus d'un festival d'astronomie qui a lieu tous les étés en Auvergne. Nous voulons valoriser cette région de France, qui était à mon avis, un désert de médiation scientifique. 


 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui aspirent à suivre une carrière en astronomie et en astrophysique ?

Le meilleur conseil que je peux donner est de ne jamais baisser les bras. Le métier n’est pas facile, mais il en vaut la peine. Si vous avez la passion et la motivation, alors il faut s’en donner les moyens. Vous pourrez soit devenir astrophysicien si tout se passe bien, soit garder votre passion pour le ciel en cas de non-réussite. Le conseil est de ne jamais se laisser démotiver et surtout de ne jamais laisser quelqu'un vous dire que vous ne pouvez pas y arriver.


 

belles images piliers creation
Des belles images : "piliers de la creation" - Cdt : Nicolas Laporte

 

Vous avez remporté le Trophée Innovation lors de la première cérémonie des Trophées des Français du Royaume-Uni. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

Je trouve qu’il est sympathique d'avoir mis des scientifiques dans la liste des nominés. Je trouve que mettre l’innovation en avant est une idée intéressante. Même chose pour ce qui est de la recherche qui ne sont pas assez mis en avant.

 

Ma victoire n’est pas que personnelle, elle montre que l'excellence française peut briller à l’étranger et notamment ici, au Royaume-Uni.


 

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