Joy Crookes, la nouvelle reine de la soul anglaise

Par Judith Chouzenoux | Publié le 08/11/2021 à 19:11 | Mis à jour le 08/11/2021 à 19:21
Joy_Crookes_shooting'Don't_Let_Me_Down'

À 23 ans, Joy Crookes pourrait bien s’imposer comme la nouvelle icône de la soul britannique. Dans son premier album « Skin », sorti le 15 octobre dernier, la chanteuse nous plonge au cœur de sa vie dans la capitale anglaise, à travers des mélodies à inspiration jazz, trip-hop et soul.

 

Sa voix résonne dans les rues de Brixton, Joy Crookes est la nouvelle coqueluche de la scène musicale londonienne. De son timbre envoûtant à ses clips à l’esthétique léchée, la jeune chanteuse de 23 ans a tout pour séduire. Celle que l’on compare souvent à Amy Winehouse cultive un style musical reconnaissable à ses influences bangladaise et irlandaise. Après de nombreux EP, Joy Crookes a sorti son premier album « Skin », un projet où l’artiste se livre sur sa vie et ses aventures.

 

 

Une enfance bercée par la musique

Fille d’une immigrée bangladaise et d’un père irlandais, la chanteuse a reçu une éducation musicale punk et cosmopolite. Dans les colonnes du Monde, elle explique ne pas avoir grandi dans une famille de musiciens. Chez elle, personne ne joue d’instrument mais la musique y tourne en boucle. Au journal français, elle confie : « Ce que j’aime dans la musique bengali et irlandaise, c’est qu’elles sont toutes les deux des musiques contestataires où la poésie et la littérature tiennent une place importante. »

 

Grâce à la platine de son père, la jeune Joy s’initie aux grands classiques, qu’elle complète en regardant les clips de Massive Attack et Metronomy sur MTV. La chanteuse raconte avoir été bercée par les mélodies qui résonnaient dans son quartier du sud de Londres, entre mento jamaïcain et Champeta colombienne.

 

Inscrite dans une école privée catholique, la jeune femme confie retenir de mauvais souvenirs de ses premières expériences musicales. Dans son interview pour le Monde, elle se rappelle : « On chantait des chansons à la gloire de Jésus toute la journée. C’était tellement pénible. Au collège, c’était mieux, il y avait une petite section de musique, j’ai participé à un groupe de jazz et de soul. » À l’âge de 13 ans, celle que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Joy Crookes, commence à publier des reprises de la chanteuse de nu folk Laura Marling sur Youtube. Deux ans plus tard, elle emménage dans le quartier de Notting Hill et profite de sa vie nocturne. Pour Joy, c’est l’heure des premières expériences de scène. Elle participe « aux jams du dimanche au Mau Mau Bar » et aux Open Mic du club du saxophoniste jazz Ronnie Scott pour lesquels elle interprète des titres de Max Romeo, chanteur jamaïcain de reggae.

 

 

« Skin » un album qui nous plonge dans son intimité

Pendant 42 minutes, Joy Crookes se confie sur ce qu’il la construit en tant que femme, mais aussi en tant qu’artiste. Elle chante sa vie dans son quartier d’Elephant and Castle, ses relations intimes lorsqu’elle évoque son histoire d’amour, dans les rues de Brixton, avec son ancien petit-ami devenu gay. La mélancolie, le spleen, mais aussi l’amour et la fête sont autant de sujets qui résonnent chez les jeunes britanniques déjà fans de la jeune artiste.

 

Mais ces treize morceaux ne sont pas seulement une page arrachée au journal intime de Joy. Dans « Skin », la chanteuse affiche un engagement politique et des convictions aiguisées. La huitième piste, nommée Kingdom, porte un regard sévère sur la politique du gouvernement conservateur de Boris Johnson. Pour Le Monde, elle explique : « Je l’ai retravaillé au moins six fois. Le gouvernement anglais a tendance à faire n’importe quoi toutes les cinq minutes. Cependant les paroles doivent être intemporelles. La chanson ne rentre pas dans les détails, mais il fallait que le peu d’affaires que j’évoque soit juste, alors j’ai fait mes recherches sur la politique migratoire, le secrétaire d’Etat aux affaires étrangères, le Brexit, etc. »

 

 

Joy Crookes, la nouvelle Amy Winehouse ?

Si Amy appartient à Londres pour toujours, certains estiment que la capitale serait désormais le royaume de Joy. Mais bien qu’elle l’admire profondément, la nouvelle voix de la soul refuse qu’on la compare avec la chanteuse décédée en 2011. Dans son entrevue pour le Monde, elle assure qu’être comparée à Amy est « un très beau compliment », mais précise que sa « voix a plus été formée par celles de Billie Holiday ou de Nina Simone.» Des « chanteuses noires » qui auraient également influencé la chanteuse de Back to Black et Rehab avant elle.

 

Joy Crookes estime s'ouvrir à des sujets plus larges que sa prédécesseure. Quand on lui parle de l’amour dans ses textes, la chanteuse explique « C’est quelque chose que nous avons en commun [avec Amy Winehouse], sauf que pour elle, cela a été évidemment plus douloureux, car seulement tourné vers ses relations amoureuses. Je parle aussi de l’amour familial, de la couleur de ma peau, de la manière dont le monde me voit en tant que métisse, moi et mes semblables. On voudrait plus d’amour mais il n’y en a pas. »

 

Le premier album de Joy Crookes « Skin » est à retrouver et apprécier sur toutes les plateformes de streaming depuis le 15 octobre.

Judith Chouzenoux - Journaliste Londres

Judith Chouzenoux

Etudiante à Sciences Po Aix, spécialiste de pas grand chose, curieuse d’à-peu-près tout.
0 Commentaire (s) Réagir

Soutenez la rédaction Londres !

En contribuant, vous participez à garantir sa qualité et son indépendance.

Je soutiens !

Merci !

De la part de toutes les équipes de Lepetitjournal.com

À lire sur votre édition locale
À lire sur votre édition internationale