L’histoire du couple américain qui a fui et combattu l’esclavage jusqu’à Londres

Par Judith Chouzenoux | Publié le 06/10/2021 à 17:57 | Mis à jour le 10/12/2021 à 03:46
tableau esclave

Le mois d’octobre célèbre le Black History Month, une occasion de (re)découvrir la course vers la liberté d’Ellen et William Craft. Une blue plaque, plaque commémorative dans les pays anglo-saxons, va être placée sur la maison londonienne de ce duo de légende connu pour avoir échappé à l’esclavage, en fuyant la Géorgie pour le Royaume-Uni, ainsi que pour avoir plaidé en faveur de l’abolition. Leur incroyable voyage est retracé dans le livre Running a Thousand Miles for Freedom, écrit par Ellen en 1860.

 

Une évasion spectaculaire

L’histoire de l’évasion du couple Craft, réputée pour être l’une des plus documentées et ingénieuses de l’histoire de l’esclavage américain, est digne d’une série télé. Tout commence en décembre 1848. Ellen, jeune femme née de la relation abusive entre une esclave métisse et son propriétaire blanc, décide de fuir les Etats-Unis et la misère de l’esclavage avec son mari William.

Le couple met en place un plan méticuleux afin de quitter la Géorgie en train. Ellen se déguise alors en riche gentleman blanc handicapé, tandis que William se fera passer pour un esclave accompagnant son maître dans le nord pour un traitement médical.

 

Le stratagème fonctionne parfaitement. Le couple s’arrête dans un premier temps à Philadelphie, puis dans le Massachusetts. Finalement, les Crafts sont contraints de fuir le pays en 1850, suite à l’adoption de la loi sur les esclaves fugitifs. Cette dernière interdit aux habitants des "États libres" d'héberger des personnes anciennement asservies. Craignant pour leur vie, les amoureux embarquent sur un bateau faisant voyage jusqu'en Angleterre.

 

Une vie de militantisme pour l’abolition

Une fois arrivés au pays du thé, William et Ellen s’installent à Hammersmith et s’investissent au sein de la London Emancipation Society. Grâce à cette organisation, le couple va militer et plaider en faveur de la liberté des Noirs. Leur histoire va traverser les frontières de la capitale et leur discours, relatant leur évasion, enthousiasme les salles de conférences à travers tout le pays. Portés par ces retours, le couple publie son autobiographie en 1860, Running a Thousand Miles for Freedom.

 

Une plaque pour rendre hommage à leur combat

En l’honneur du destin incroyable de ce couple de militants, une plaque bleue a été apposée au 26 Cambridge Grove, dans l’ouest de Londres, là où ils se sont réfugiés et ont élevé leurs enfants. La proposition a été soumise par le Dr Hannah-Rose Murray, une historienne travaillant sur l'abolitionnisme transatlantique à l’université d’Edinburgh.

 

 

 

Émue, le Docteur Murray a déclaré « Ellen et William Craft étaient des combattants courageux et héroïques de la liberté. Leur audacieuse fuite de l'esclavage américain impliquait qu'Ellen traverse les lignes raciales, de genre et de classe pour se présenter comme un homme blanc du Sud (...) Je suis ravie que l’on reconnaisse l'incroyable bravoure des Crafts et leur impact sur la société transatlantique. »

 

Anna Eavis, directrice de la conservation à English Heritage, l’organisme à l’origine de la plaque, a salué "L'incroyable puissance de l’histoire d'Ellen et William Craft”, ajoutant qu’ils “représentent une part importante du mouvement anti-esclavagiste et nous sommes ravis de nous souvenir d'eux avec cette plaque ».

 

Militer pour des commémorations plus représentatives

Dans son dernier recensement, English Heritage, un organisme public indépendant chargé de la gestion du patrimoine historique d’Angleterre, a déclaré que seulement 4% des 975 plaques commémoratives de Londres étaient dédiées à des personnes noires ou asiatiques, mais qu’il travaillait pour pallier ce manque de représentation. Au cours des deux dernières années, un quart des plaques apposées par English Heritage ont été dédiées à des personnalités issues de minorités anglaises.

 

L’Histoire des Craft ne s’arrête pas là

Après la guerre civile, et l’émancipation légale des Noirs ayant été actée dans tout le pays, les Crafts ont décidé de revenir vivre à Boston avec leurs trois enfants en 1869 et ont poursuivi leurs activités militantes. En 1873, ils ont créé la Woodville Cooperative Farm School en Géorgie, afin d’aider les enfants des esclaves émancipés à s’insérer dans cette toute nouvelle société américaine.

 

Ellen est sûrement morte en Géorgie, à la fin de l'année 1891. William, lui, a été enterré en 1990, dans le cimetière de Charleston, en Caroline du Sud.

 

Judith Chouzenoux - Journaliste Londres

Judith Chouzenoux

Etudiante à Sciences Po Aix, spécialiste de pas grand chose, curieuse d’à-peu-près tout.
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