Lundi 29 novembre 2021
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Criss Cross Croissants, ou comment saccager le saint sacrement du croissant français

Par Judith Chouzenoux | Publié le 25/10/2021 à 17:16 | Mis à jour le 02/11/2021 à 02:00
croissants chez Criss Cross Croissants

Il est 14h au 49 Old Compton Street, petite ruelle paisible au cœur de Soho. Le Criss Cross Croissants sort sa dernière fournée, l’odeur des viennoiseries se glisse doucement dans vos narines et puis vous vomissez. Fourrés de guacamole, de poulet ou de meringue, sous leur esthétique quasi-parfaite, les croissants de ce petit café sont en réalité une véritable infamie.

 

La mondialisation a apporté énormément de bonnes choses, culinairement parlant, mais elle essuie également certains ratés. L’appropriation des recettes françaises par nos amis anglais est sûrement l’exemple parfait de ces abominations qui n’auraient jamais dû voir le jour. Ce n’est pas parce que la gastronomie traditionnelle britannique laisse à désirer qu’il faut tout plaquer pour ouvrir une enseigne dont l’unique but est de ruiner celle des autres. En m’attaquant aux croissants du Criss Cross Croissants, j’ai décidé de repousser mes limites.

 

Des croissants aussi beaux que blasphématoires

Le café se situe au cœur de Soho, jusque là un quartier charmant et animé. À l’intérieur, une décoration moderne fait le bonheur des blogueurs et influenceurs qui viennent poser avec leurs croissants aux couleurs atypiques. Près du comptoir, la vitrine de présentation me fait l’effet d’une vision d’horreur. Je deviens verte, comme les croissants aux légumes et guacamole que me présente l’employé, la nausée me monte. Les Anglais ne respectent rien et s’étonnent ensuite que le monde entier les déteste.

 

devanture du café

 

Sur son site, Criss Cross Croissant promet « une grande variété de croissants, chauds et froids, accompagnés de boissons fraîches et de café », mais n’en vend aucun suivant la recette originelle ! Le présentoir est divisé en deux sections : des croissants salés et d’autres sucrés. Et je dois bien avouer, à contre-coeur, que ces derniers ont une esthétique qui peut paraître très classe et raffinée. Mais ce semblant de chic ne pourrait duper un Français attaché à sa culture : certaines choses doivent rester simples et intouchables. Nos boulangers, qui n’ont jamais osé détourner cette recette sacrée, en seraient estomaqués.

 

 

 

« The croissant salade césar please »

Je préfèrerai prendre un pain au raisins plutôt que de devoir m’infliger ces viennoiseries, et Dieu sait que je déteste les pains au raisin. Mais bien que le crime commis à nos chers croissants m’attaque au plus profond de mon être, il est trop tard pour reculer et je suis obligée de passer commande. J’ai goûté, j’ai fait ça pour le monde, pour la science, pour nos ancêtres, mais surtout, pour vous, au cas où l’idée vous passerait un jour par la tête.

 

Face à la sélection qui m’était proposée, j’ai opté pour du sensationnel et de l’inconnu : un croissant salade césar. Ma conscience patriotique m’a défendu de me délecter d’un croissant « double-chocolat », me rappelant que c’était le concept même d’un pain au chocolat (ou chocolatine, peu importe, ce n’est pas le combat du jour). Présentée dans une petite boîte blanche, ma viennoiserie - salade - plat de résistance - déborde de laitue et me rappelle que certaines choses ne sont pas faites pour être mélangées. Je parle effectivement du blanc de poulet au parmesan et de la légèreté de la paille feuilletée. Le croissant français déjà violé, je viens l’achever avec un couteau et une fourchette. En bouche, le tout forme un mélange surprenant - pour rester correcte. Ma salade césar n’est, en réalité, habillée d’aucune sauce césar. J’ai donc mangé un minuscule croissant à la salade et au poulet pour la modique somme de £6.90. J’aimerai pouvoir m’attarder sur le Coca-Cola maison que la boutique propose pour accompagner ses viennoiseries fourrées, mais je pense avoir déjà assez nuit à l’image de la boutique.

 

croissant à la salade césar

En trois mot : c’était pas ouf

L’expérience fut aussi désagréable qu’elle ne fut courte. Des passants m’ont convaincu qu’il me restait encore de belles choses à vivre et à faire, et que ce n’était pas l’heure de mourir, ni la manière. Je me demande sincèrement comment les cuisiniers anglais parviennent à dormir la nuit, après cet attentat culinaire qui a failli m’ôter la vie. S’il est vrai qu’il faut « rendre à César ce qui est à César », je pense qu’il serait opportun de rendre les croissants aux Français, et d'arrêter d’essayer de les élever à un rang plus haut que celui où ils ne sont déjà, à savoir aux portes du paradis.

 

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Judith Chouzenoux - Journaliste Londres

Judith Chouzenoux

Etudiante à Sciences Po Aix, spécialiste de pas grand chose, curieuse d’à-peu-près tout.
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