À Londres, où il vient de signer une fresque destinée à rester à jamais sur la façade du lycée français Charles-de-Gaulle, Astro fait le choix de rester en retrait. Un parcours dans la continuité de ses débuts sur les murs de banlieue, qu’il résume en quelques mots : “Je peins depuis 25 ans et je réalise des fresques dans le monde entier, avec de l’illusion d’optique.”


Astro a un parcours tout à fait hors norme, mais lorsqu’il le décrit, tout paraît d’une évidence… presque tranquille : “À l’origine, je viens de Paris et je peins depuis 25 ans. Je fais des fresques dans le monde entier avec de l’illusion d’optique”. Un résumé clair et limpide, mais dans les faits, Astro s’est imposé comme une figure internationale du street art en développant un langage propre à lui.
Ses œuvres sont littéralement monumentales et transforment les façades urbaines en nouvelles surfaces où l’architecture joue un rôle primordial : s’ouvrir ou se prolonger au-delà de ses limites réelles.

Un artiste face à son mur
À l’origine, Astro se plonge dans le graffiti pur et dur, celui des débuts dans le nord de Paris, celui qui se joue de la légalité sur les wagons de trains. Une pratique instinctive qui va, peu à peu, s’éloigner du lettrage pour glisser vers quelque chose de plus abstrait : “À force, j’ai fait évoluer mon art et je suis devenu un artiste abstrait”.
Ce qui change tout, selon lui, est la rencontre avec une forme : l’illusion d’optique. “C’est mon art qui m’a amené là-dedans. Visuellement, ça fonctionnait, je m’y plaisais et je me suis attaché à ça. Aujourd’hui, il s’agit de la forme avec laquelle on me reconnaît”, ajoute-t-il, car ses œuvres sont une empreinte, à la manière d’un Banksy, reconnue du premier coup d'œil.
“J’ai pu voyager un peu partout dans le monde grâce à mon art”
De cette singularité naît une trajectoire insoupçonnée : “Grâce aux illusions d’optique, j’ai été invité à voyager un peu partout dans le monde”, raconte-t-il. New York, Strasbourg, la Polynésie française… Les lieux s’enchaînent, dessinant une cartographie artistique qui épouse les grandes métropoles comme les territoires plus cachés : “Depuis que je fais ces illusions d’optique, j’ai voyagé dans énormément de pays qui ne m’auraient pas été possibles si je ne peignais pas”, précise-t-il.
Cette approche est unique car elle s’adapte à chaque mur. Astro doit souvent changer d’échelle sans perdre son identité, notamment quand il passe d’un immense mur de 30 mètres en plein New York à un terrain de basket en Polynésie, de l’espace institutionnel à la surface brute d’un bâtiment scolaire. Lorsque nous lui demandons à quel point ce défi est relevé, il sourit : “Au contraire, pour moi, c’est intéressant et enrichissant de changer de support et de transposer mon art sur toutes sortes de projets”.

Le projet du lycée français Charles-de-Gaulle : une façade plutôt qu’un terrain
C’est dans cet esprit qu’il intervient récemment au lycée français Charles-de-Gaulle, sur une façade pensée comme “un point de rencontre entre intérieur et extérieur”, selon la proviseure, Catherine Bellus-Ferreira.
Pour ses 110 ans, le lycée français Charles-de-Gaulle s’offre une fresque monumentale
Le projet s’est d’ailleurs construit avec la directrice, une connexion pas tout à fait récente : “Nous avons déjà travaillé ensemble dans d’autres écoles, à Casablanca et Alicante”, confie-t-il.
À ce titre, l’idée initiale était la réalisation d’une œuvre sur le terrain de basket du lycée, comme celui qu’il avait déjà réalisé à Tahiti.
Mais les contraintes techniques du lieu ont redirigé le projet vers ce grand mur, devenu une évidence. “On a trouvé cette façade, en plein milieu de l’école, qui me convenait très bien”. Au-delà de l’objet artistique, c’est la dimension temporelle qui l’intéresse particulièrement. “Les jeunes vont grandir avec cette œuvre, sans s’en rendre compte” avoue-t-il avant d’ajouter, presque en miroir de sa propre expérience : “Personnellement, j’ai grandi avec une peinture dans mon école, et des années plus tard elle est ressortie dans ma tête.”
Une cinquantaine de façades à travers le monde plus tard…
Aujourd’hui, Astro estime avoir réalisé une cinquantaine de grandes façades à travers le monde, sans compter les projets plus ponctuels ou les interventions en atelier. Et quand nous lui évoquons la suite des pays encore à explorer, sa réponse reste fidèle à l’ensemble de son parcours : “J’ai envie d’aller dans chaque pays et de propager mon art”.
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