Venue au Parlement avec son bébé, la députée Stella Creasy rappelée à l’ordre

Par Lili Auriat | Publié le 25/11/2021 à 16:27 | Mis à jour le 25/11/2021 à 16:35
Photo : Wikimmedia Commons
Stella Creasy

La député travailliste Stella Creasy a été rappelée à l’ordre par les autorités de la Chambre des Communes après avoir assisté à une séance de débat avec son bébé en écharpe mardi dernier.

 

La députée de Walthamstow a emmené son fils de trois mois au Parlement mardi et a reçu par la suite un mail des autorités de la Chambre des Communes lui indiquant lui signifiant que sa venue était « contraire aux nouvelles règles de comportement et de courtoisie à la Chambre ». Indignée, la députée a posté cet échange sur les réseaux sociaux indiquant qu’elle ne comprenait pas le problème, et qu’elle avait déjà emmené ses deux enfants à la Chambre des Communes sans recevoir aucune plainte. « Les habitants de Walthamstow se verraient refuser une représentation si je ne continuais pas à travailler » a-t-elle ajouté pour The Guardian.

 

« Les règles doivent être vues dans leur contexte et changer avec le temps »

Publiée en septembre, cette nouvelle édition du « manuel des députés » leur interdit en effet de siéger à la Chambre des communes avec un enfant. Elles précisent que les députés peuvent emmener leurs bébés ou leurs bambins avec eux uniquement pour voter si cela est nécessaire, mais ajoute qu’ils ne devraient pas « prendre leur siège dans la chambre accompagné de leur enfant, ni se tenir à l'une ou l'autre des extrémités de la Chambre ».

Le président de la Chambre, Sir Lindsay Hoyle, qui n’a été averti des échanges de mails que dans la soirée de mardi, s’est rangé du côté de la députée. « Les règles doivent être vues dans leur contexte et changer avec le temps » a-t-il déclaré ». Il a ajouté qu’il acceptait « qu’il y ait des points de vue divergents sur cette question » mais qu’il était « extrêmement important que les parents de bébés et de jeunes enfants puissent participer pleinement aux travaux de l’Assemblée ».

Sir Lindsay a également demandé aux autorités, présidées par l'ancienne ministre conservatrice Karen Bradley, d’examiner la question, de revoir les règles et de présenter au Parlement de nouvelles recommandations.

 

Faire entrer la fonction de député “dans le monde moderne” ?

Stella Creasy a reçu de nombreux soutiens d’autres politiques suite à cette polémique. Le vice-Premier ministre, Dominic Raab, a affirmé que la fonction de député devait être « introduite dans le monde moderne », pour « permettre aux parents de jongler entre leur travail et le temps familial dont ils ont besoin ». L'ancienne cheffe du parti conservateur écossais, Ruth Davidson, a, elle, témoigné avoir reçu, après la naissance de son fils, une note du président du parlement écossais lui assurant que son bébé était le bienvenu à la Chambre.

En revanche, la députée a regretté de ne pas avoir senti un soutien suffisant du côté de son propre parti. Le porte-parole travailliste, Keir Starmer, ne s’est en effet pas exprimé sur le sujet, expliquant qu’il serait "inapproprié de (sa) part de commenter pendant que le comité de procédure réfléchit à ce qu'il souhaite faire". Il a néanmoins affirmé que son parti soutenait toutes mesures permettant aux députés « de jongler avec leur travail et leurs responsabilités familiales ».

 

Les députés ne peuvent pas bénéficier d’un remplaçant en cas d’absence prolongée

Stella Creasy est à l’origine de la campagne This Mum Votes, campagne qui réclame que les députés aient une couverture parentale plus adéquate que celle actuellement en vigueur. La loi empêche en effet aux députés en congé parental de bénéficier d’un remplaçant pouvant couvrir l’ensemble de leur travail. L'Autorité indépendante des normes parlementaires (Ipsa) explique que ces mesures sont ainsi faites dans la mesure où les pouvoirs d'un député « ne peuvent pas, en termes juridiques et constitutionnels, être détenus par quelqu'un d'autre ».

Mme Creasy lutte donc pour la modification de ce fonctionnement expliquant que, dans ce cas, « soit (ses) électeurs se retrouvent lésés, soit (son) bébé (la) perd pendant six mois ». Des changements qui se font attendre alors qu’en 2018, la Première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, est devenue le premier leader mondial à emmener son bébé à l'Assemblée générale des Nations Unies à New York. Mais pour l’instant, lorsque l’on demande au chef des Communes, Jacob Rees-Mogg, s'il envisage de revoir ces règles, il répond qu’elles sont « parfaitement raisonnables et entièrement conformes à la loi ».

 

Lili Auriat - Journaliste Londres

Lili Auriat

Lili Auriat, étudiante à Sciences Po Aix, parisienne et passionnée de sport et de voyage.
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