Un homme coupable de centaines de viols post-mortem dans des morgues en Angleterre

Par Judith Chouzenoux | Publié le 10/11/2021 à 14:40 | Mis à jour le 10/12/2021 à 01:46
Photo : SJ Objio - Unsplash
une femme dans un morgue

Un électricien employé dans des hôpitaux au Royaume-Uni est accusé d’avoir abusé de centaines de cadavres de femmes et de fillettes âgées de neuf à cent ans.

 

Lundi 8 novembre, Sajid Javid, le ministre britannique de la Santé, a ouvert une « enquête indépendante » au sujet d’une affaire qui secoue le Royaume-Uni. L’affaire a éclaté publiquement jeudi dernier quand David Fuller, un électricien hospitalier âgé de 67 ans, a reconnu avoir commis 44 infractions relatives à des agressions sexuelles post-mortem dans des morgues du Kent, et ce pendant plus de 12 ans. Selon le ministre de la santé, les enquêteurs estiment qu’il existe des preuves de l’activité sexuelle de Fuller avec au moins 100 cadavres de femmes, dont 81 auraient déjà été identifiées. L’homme a également plaidé coupable pour deux meurtres remontant à 1987 et qui étaient restés irrésolus jusqu’à aujourd’hui.

 

Une enquête interne lancée au sein du NHS

Selon Sajid Javid, l’enquête, qui sera dirigée par Sir Jonathan Michael, un membre du Royal College of Physicians, devrait notamment « aider [le service d’enquête du NHS] à comprendre comment ces infractions ont pu se produire sans être détectées dans le passé », et à « identifier où des mesures précoces, de la part des centres hospitaliers où les faits se sont produits, auraient dû être prises » afin d’en tirer des enseignements au niveau national. Le NHS a également appelé à revoir d'urgence la sécurité des morgues.

 

Lors d’une première audience le 8 octobre, Fuller a plaidé coupable de 51 chefs d'accusation, dont 44 liés à la nécrophilie. Suite à cela, plus de 150 agents de liaison avaient été déployés pour informer les familles des potentiels victimes de l’électricien.

 

Le gouvernement prévoit de créer un programme d’aide, à hauteur de 1,5 million de livres, financé par le ministère de l'Intérieur, le ministère de la Justice et le ministère de la Santé et des Affaires sociales, afin d’aider les familles qui auraient besoin d'un soutien psychologique. Une ligne téléphonique, s’adressant aux familles des victimes mais également aux collègues de David Fuller, a elle aussi été créée et a reçu plus de 80 appels dans l’heure suivant sa mise en place.

 

Libby Clark, du Crown Prosecution Service, l’organisme britannique chargé de décider si un dossier criminel doit passer ou non devant le tribunal, a affirmé dans les médias anglais « qu’aucun tribunal britannique n'a jamais vu d'abus de cette ampleur contre des morts auparavant », avant d’ajouter : « je n'ai aucun doute qu'il serait encore en train de commettre des infractions à ce jour s'il n'y avait pas eu cette enquête et ces poursuites minutieuses. »

 

Le porte-parole de Boris Johnson s’est également exprimé, qualifiant l'affaire de « vraiment choquante. » Selon ses mots, le Premier ministre « partage la révulsion et l'inquiétude ressenties par les gens à travers le pays. »

 

David Fuller encourt la peine maximale

Selon la loi de 2003 sur les infractions sexuelles au Royaume-Uni, la peine maximale encourue pour la pénétration d'un cadavre est de deux ans d’emprisonnement. Mais Fuller est susceptible de recevoir une peine beaucoup plus longue car il a plaidé coupable pour un double homicide.

 

L’électricien a admis avoir assassiné Wendy Knell et Caroline Pierce à Tunbridge Wells en 1987. Ces meurtres, qui ont été surnommés les « Bedsit Murders », sont devenus l'un des doubles homicides les plus longtemps restés non résolus du Royaume-Uni. David Fuller, qui est resté en liberté pendant plus de 30 ans après les meurtres, a finalement pu être identifié grâce à des traces ADN l'année dernière.

 

Il a admis le meurtre des deux jeunes femmes et le viol de leur cadavre au quatrième jour de son procès, devant la Maidstone Crown Court. L’homme plaide toutefois une « responsabilité diminuée », c’est-à-dire qu’il affirme que ses capacités mentales étaient « diminuées » ou dysfonctionnelles au moment du crime.

 

C’est cette enquête pour meurtre qui a permis de révéler la fascination pathologique de Fuller pour les cadavres. Lorsque les policiers ont perquisitionné son domicile, au moment de son arrestation, ils y ont découvert quatre disques durs contenant des millions d'images et de vidéos d’abus, commis dans les morgues du Kent. Il a enregistré les abus sur un petit appareil photo numérique et téléchargé les séquences sur son ordinateur personnel, les stockant dans des fichiers souvent intitulés au nom de la victime. La saisie de son matériel informatique a également permis de déterminer que l’électricien effectuait des recherches en ligne sur ses victimes, après avoir photographié leurs noms sur le registre de la morgue et leurs plaques d'identité à l'hôpital.

 

Kemal Nevres, travailleuse social du nord de Londres et mère d’une des victimes de Fuller, a jugé que les infractions impliquant la nécrophilie devraient être plus sévèrement punies et correspondre à celles des affaires de viol, où les défendeurs peuvent être confrontés à une peine de 4 à 19 ans par victime. Sur Sky News, la femme a appelé à une révision de la législation afin « que la peine appropriée soit prononcée » et que « plus jamais une situation pareille ne se reproduise. »

 

La douleur des proches se fait entendre

Nevres Kemal a perdu sa fille Azra lors d’un tragique accident dans le Kent. Le corps de sa fille, fortement abîmé suite à sa chute d’un pont, a par la suite été abusé à trois reprises par Fuller, alors qu’il se trouvait à la morgue de l'hôpital de Tunbridge Wells. Mme Kemal, complètement « bouleversée » ne « comprend pas » comment de telles choses ont pu se produire au sein d’un hôpital. Sur Sky News, elle a expliqué que « découvrir qu’un homme avait abusé du corps de sa fille était comme entendre qu'elle était morte une fois de plus. »

 

La première agression se serait produite quelques heures avant que Nevres ne se rende à la morgue pour dire au revoir à sa fille, et la deuxième agression aurait eu lieu peu après son départ. Dévastée, elle a confié à Jason Farrell, le rédacteur en chef de Sky New : « J'avais passé deux heures à la morgue à dormir avec elle. Et cela m'a donné une sorte de réconfort. J'étais loin de me douter que ma fille avait été violée avant ce jour-là et qu’elle allait l’être de nouveau le soir même. »

 

Nevres Kemal, qui défend « la voix » de sa fille mais également celle toutes « les autres victimes de Fuller », a rappelé que cette affaire n’était pas « la honte d’Azra », ni la sienne, mais bien celle de David Fuller.

Judith Chouzenoux - Journaliste Londres

Judith Chouzenoux

Etudiante à Sciences Po Aix, spécialiste de pas grand chose, curieuse d’à-peu-près tout.
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