C’est l’institution majeure de la scène symphonique internationale, le London Philharmonic Orchestra fait rayonner depuis bientôt un siècle la musique classique, bien au-delà des salles de concert traditionnelles. Entre héritage artistique, innovation thématique et engagement sociétal, nous avons rencontré l’orchestre londonien, qui redéfinit chaque jour sa place dans le monde contemporain, en touchant des publics toujours plus larges : “Une question qui m’occupe souvent est de savoir quelle est la place d’un orchestre dans la société”, souligne le directeur du groupe : David Burke.


Si l’on évoque un orchestre au Royaume-Uni, il est fort probable que le London Philharmonic Orchestra vienne à l’esprit. Fondé en 1932, il est aujourd’hui l’un des orchestres les plus influents au monde et s’est imposé comme une référence sur la scène internationale.
Résident du Royal Festival Hall à Londres, l’orchestre se produit chaque saison devant des centaines de milliers de spectateurs et effectue de nombreuses tournées à travers le monde. Sous la direction de son directeur général, David Burke, l’institution développe également des programmes éducatifs et sociaux ambitieux. Récemment, elle a reçu le prix People & Community Engagement de la Chambre de commerce franco-britannique, l’occasion de s’entretenir avec David, pour en savoir un peu plus sur l’orchestre.

Pouvez-vous vous présenter, pour ceux qui ne vous connaissent pas ?
Je suis David Burke, directeur général du London Philharmonic Orchestra. L’orchestre est l’un des plus importants au monde et j’en fais partie depuis 2009. J’ai pris mes fonctions de directeur général en 2020.
Qu'est-ce qu’un orchestre philharmonique, en quelques mots ?
Un orchestre philharmonique est un grand groupe de musiciens classiques. Nous avons généralement un noyau de 80 musiciens. Nous nous produisons dans les grandes salles du monde entier devant environ 250.000 personnes chaque année. Nous avons aussi une forte présence en ligne, une discographie importante comprenant des bandes originales de films, ainsi qu’une présence active sur les réseaux sociaux pour partager la musique orchestrale.

Nous avons été fondés en 1932, donc nous avons une longue histoire. Il y a une responsabilité vis-à-vis de cet héritage. Nous travaillons avec de grands chefs d’orchestre et cherchons des opportunités pour toucher de nouveaux publics.
Vous travailliez chaque saison avec des thèmes particuliers, cette année c’est Harmony with Nature. Qu’espérez-vous que le public retienne de ces thématiques ?
Une question qui m’occupe souvent est la place de l’orchestre dans la société. Pour cette raison, il est important que chaque saison, nous choisissions un thème pour créer une narration cohérente, en plus de la musique.
Avec Harmony with Nature, certaines œuvres répondent à des événements comme les incendies en Californie ou les éruptions volcaniques. Mais il y a aussi d’autres éléments, comme la Pastorale de Beethoven qui évoque la beauté de la nature. Ce n’est pas tout, nous organisons également des conférences avec des universitaires et des environnementalistes autour de ces sujets. Cela permet de toucher un public qui ne fréquenterait pas nécessairement ces discussions autrement.
Notre rôle est de construire une narration qui emmène le plus de monde possible avec nous.
Comment parvenir à gérer autant de musiciens talentueux ?
Il faut savoir que le London Philharmonic Orchestra est une organisation caritative détenue par ses musiciens. En réalité, ce sont plutôt eux, mes employeurs. Il existe un comité de sept musiciens avec qui j’échange régulièrement. C’est un modèle coopératif. Même si je suis directeur général, nous travaillons tous ensemble vers un objectif commun.
Sur une saison, nous proposons une grande variété de programmes. Certains spectateurs viennent à tout, d’autres à un seul concert. En mai, nous jouerons Le Seigneur des Anneaux, dont nous avons interprété la bande originale au Royal Albert Hall devant près de 50.000 personnes. C’est très différent d’un concert Beethoven 7 par exemple, mais dans les deux cas, le public est touché par la puissance de 100 musiciens sur scène. Notre rôle est de construire une narration qui emmène le plus de monde possible avec nous.

Comment cela influence-t-il la visibilité de l’orchestre ?
Nous faisons très souvent des tournées mondiales. La semaine prochaine, nous serons à Vienne et Hambourg. L’an dernier nous étions au Carnegie Hall de New York et au Suntory Hall à Tokyo. Je pense que tous ces concerts continuent de renforcer notre position parmi les grands orchestres internationaux. Malgré cela, notre résidence londonienne est le Royal Festival Hall, où nous jouons 30 à 40 fois par saison.
Vous dirigez aussi des programmes éducatifs et communautaires. Pouvez-vous nous en parler ?
Avec le London Philharmonic Orchestra, il y a quatre axes principaux de travail :
- Le développement des jeunes talents entre 12 et 25-30 ans.
- Des programmes de “premier accès” permettant à environ 15.000 personnes de vivre leur première expérience orchestrale.
- Un travail spécialisé avec des personnes en situation de handicap, utilisant par exemple des iPads ou des harpes numériques.
- Des projets communautaires sur la South Coast (Brighton, Eastbourne, Worthing, Bognor Regis), portés par les habitants eux-mêmes.
Ce travail est profondément marquant, car il aide les gens à créer leur propre parcours musical. Ce processus est par ailleurs tout autant enrichissant pour les musiciens.

Vous avez reçu un prix de la Chambre de Commerce Franco-Britannique pour votre engagement communautaire, qu’est-ce que cela représente pour vous ?
C’est une vraie récompense de notre travail, puisque nous essayons d’être un maximum engagés sur beaucoup de plans, notamment sur celui de la communauté. À ce titre, le travail sur la côte sud est relativement récent, donc être reconnus aussitôt est très encourageant.
Tout cela est d’autant plus gratifiant que nous sommes un orchestre international avec 18 ou 19 nationalités représentées, dont des musiciens français. Nous collaborons aussi avec des chefs et solistes internationaux. Dans deux semaines, nous jouerons avec le pianiste français Alexandre Kantorow, un artiste exceptionnel. Finalement, nous cherchons toujours à soutenir les talents émergents aux côtés des artistes confirmés et il s’agit-là de ce que le trophée met en avant, avec la collaboration outre-Manche.
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