Samedi 27 novembre 2021
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Comprendre la hausse des prix du carburant au Royaume-Uni

Par Judith Chouzenoux | Publié le 19/10/2021 à 13:39 | Mis à jour le 20/10/2021 à 12:19
Photo : Giorgio Trovato - Unsplash
Panneau de gaz

Depuis plusieurs mois, les Britanniques voient leurs factures d’énergie augmenter de manière drastique. Entre manque de main d’œuvre, penuries, et Brexit, la rédaction s’est penchée sur le sujet pour essayer de comprendre pourquoi le carburant est en train d’atteindre des prix records.

 

L’approvisionnement en gaz et en énergie est mis à mal au Royaume-Uni, mais également dans le monde entier. En France, les automobilistes sont sidérés face aux prix de l’essence avoisinant presque les 1,70€. Mais que s’est-il passé pour en arriver à un tel point critique ?

 

Des prix en hausse à cause d’un hiver très frais

L’an passé, l’Europe a connu un hiver particulièrement froid, poussant les ménages à consommer plus d’énergie afin de se chauffer. Cette hausse de la demande a mis la pression sur les chaînes d’approvisionnement, et par conséquent, les niveaux de gaz stockés sont actuellement beaucoup plus bas que la normale. La demande de gaz naturel a également explosé en Asie, notamment en Chine, contribuant à faire grimper le prix du gaz dans le monde entier. Selon les représentants du secteur, celui-ci aurait grimpé de 250% depuis janvier.

 

Le Royaume-Uni plus durement touché par la hausse des prix que ses voisins ?

Les prix de l’énergie augmentent à travers toute l’Europe, mais le Royaume-Uni cumule des facteurs le rendant plus sensible à la crise. Le pays est l’un des plus gros consommateurs de gaz naturel en Europe, puisque plus de 85% des foyers britanniques utilisent le chauffage central au gaz. Ce dernier produit également un tiers de l’électricité du pays. Aussi, les approvisionnements en énergies renouvelables sont en baisse à cause d’un été enregistré comme étant le moins venteux depuis 1961. A tout cela s'ajoute un incendie dans le Kent qui a entraîné la destruction partielle d’un câble assurant un approvisionnement en électricité provenant de France.

 

Une hausse des prix qui se répercute sur les factures de gaz des ménages britanniques

Cela ne vous a sûrement pas échappé si vous vivez au Royaume-Uni, cette crise se répercute en partie sur votre facture d’énergie. Au total, environ 15 millions de ménages auraient vu leur facture de gaz augmenter de 12% depuis le début du mois.

 

Cette hausse est directement liée à l’augmentation du plafond des prix de l’énergie, qui fixe le montant maximum que les fournisseurs anglais, gallois et écossais peuvent facturer à leurs clients particuliers. L’OFGEM, l’autorité de régulation de l’énergie, a annoncé que le plafond serait de nouveau augmenté en avril, date de sa prochaine révision.

 

En Irlande du Nord, où il existe un marché de l'énergie distinct où se concurrencent deux fournisseurs, les prix ont également augmenté ce mois-ci à hauteur de 21,8 % pour SSE Aircity et de 35 % pour le groupe Firmus.

 

Quels moyens pour parvenir à faire des économies ?

En temps normal, il est conseillé à un client mécontent de sa facture d’énergie de comparer les offres des différents fournisseurs. Mais pour le moment, c’est tout le secteur qui est sous pression et les meilleures offres, notamment les forfaits à tarif fixes, ne sont tout simplement plus disponibles. Il est conseillé à ceux qui en bénéficient déjà de ne pas changer de forfait.

 

S’ils ne peuvent pas trouver une offre moins chère, les ménages peuvent toutefois faire des économies sur leur factures, en améliorant l’efficacité énergétique de leur maison. Baisser le thermostat d’un degré (-£55), changer ses ampoules pour des LED (-£30), effectuer un cycle de lavage en moins par semaine (-£8) et mieux isoler son logement contre les courants d’air (-£25) pourrait permettre de faire plus de £188 d’économie par mois. Selon Energy Saving Trust, ces petits changements apportés à nos maisons et à nos habitudes pourraient compenser la hausse actuelle des prix.

 

Des prix en augmentation qui affectent aussi les entreprises

De nombreuses entreprises, au même titre que les particuliers, sont confrontées à une hausse considérable de leurs factures. Les plus dépendantes du gaz et de l’énergie pourraient être forcées à réduire ou interrompre leur production, voire même à cesser leurs activités. Ces difficultés pourraient entraîner des licenciements et une hausse de leurs prix, dont les répercussions seront perçues par les clients. Si les industries à forte consommation d'énergie sont sont les plus exposées, toutes les entreprises payant des factures d'énergie - ne serait-ce que pour chauffer un bureau ou un magasin - seront touchées.

 

De potentielles aides financières sont discutées par le gouvernement

Au gouvernement, le bruit court que des négociations seraient évoquées afin d’offrir une aide financière aux entreprises menacées par la flambée des prix de l’énergie. Les ménages, pour qui les factures de carburant ont elles aussi augmenté, attendent eux aussi des mesures de soulagement alors que de nouvelles augmentations « significatives » des prix sont attendues pour l’année prochaine.

 

Le secrétaire d'État aux affaires, Kwasi Kwarteng, a rencontré des représentants d'entreprises qui dépendent fortement de l'énergie, comme celles qui produisent de l'acier, de la céramique ou du papier, afin de cerner leurs besoins et leurs craintes. Londres et le Trésor seraient en train d’étudier plusieurs propositions, notamment la possibilité de leur accorder des prêts de plusieurs centaines de millions de livres. Sans une aide conséquente, les chefs d’entreprise ont prévenu que certaines entreprises pourraient fermer leurs portes. Dans une déclaration à la BBC, le Dr Richard Leese, président de l'Energy Intensive Users Group (EIUG), a assuré que les représentants du secteur avaient proposé des mesures « pratiques et sensées » qui ne feraient pas peser la charge sur les contribuables.

 

Judith Chouzenoux - Journaliste Londres

Judith Chouzenoux

Etudiante à Sciences Po Aix, spécialiste de pas grand chose, curieuse d’à-peu-près tout.
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